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 Dernières mises en ligne

"Un baiser sous X" d'Eric Paradisi (Fayard)

image_paradisiEric Paradisi doit aimer les défis, les marges, les états-limites du corps. Il en fait la convaincante et troublante démonstration dans son dernier roman "Un baiser sous X". Pour autant, s'il prise les extrêmes, il  opère en douceur. Il explore mais par touches légères, sans appuyer, sans insister et sans prétendre à l'exhaustivité. Il s'immisce en catimini, mais avec une belle droiture, une belle intégrité, dans un corps interdit, un corps impensable. Impensable et incompensable. Corps fantasme de plénitude que la société stigmatise, dont elle fait une déficience, une solitude qui ne peut s'apparier. (suite)

"Le cimetière des pianos" de Jose Luis Peixoto (Folio Gallimard)

image-peixotoJose Luis Peixoto est un acrobate hors pair et aussi un écrivain d'une infinie sensibilité. Que les deux se trouvent rassemblés en un même être, la virtuosité et l'aptitude à restituer des émotions vibrantes, est une chose si rare qu'elle mérite d'être mentionnée. Si Jose Luis Peixoto brouille les pistes, s'il joue avec la chronologie et va jusqu'à confondre les identités, ce n'est pas seulement pour éprouver ses dons de créateur surdoué mais pour mieux faire jaillir l'émotion brute. (suite)

Exposition James Ensor au musée d'Orsay

image-ensorJames Ensor fut un drôle de personnage et un artiste tout à fait digne d'intérêt bien que méconnu. Se tenant à la croisée des influences et des lignes de force, perméable et impressionnable au possible, il fut un peintre largement mimétique, décalquant avec une facilité déconcertante le génie des autres, restituant l'esprit du temps mais il n'en fut pas moins, également, un artiste singulier. (suite)

"Exil intermédiaire" de Céline Curiol (Actes Sud)

image_curiolCéline Curiol nous entraîne dans un voyage sonore. A la rencontre de New-York, appréhendée à travers les voix et les rumeurs qui s'y déploient. Deux femmes, une ville. Deux femmes à l'aube du nouveau millénaire, à un tournant de leur vie personnnelle, amoureuse, une ville, New-York. Deux femmes sans connexions apparentes, inconnues l'une de l'autre et que seule rassemble la ville qu'elles investissent le temps d'un week-end, celui du 4 juillet, le temps nécessaire pour s'ausculter et déterminer l'orientation qu'elles vont imprimer à leur existence. (suite)

"Louise Expositions.html#ensorBourgeois : l'araignée, la maîtresse, la mandarineé" d'Amei Wallach et Marion Cajori

louise_bourgeoisLouise Bourgeois est une guerrière, une croisée. Elle l'affirme, le martèle d'emblée dans le remarquable documentaire que lui ont consacré Amei Wallach et Marion Cajori. Frappante est l'autorité naturelle qui se dégage de ce petit bout de femme. Elle déclare : "Pour être sculpteur, il faut être agressif." et aussi (en substance) : "Quand on n'arrive pas à se débarrasser du passé, on le sculpte". Le documentaire retrace classiquement le parcours de l'artiste mais il offre aussi une large part à sa parole tranchante, cinglante, sans concession, presque comminatoire par moments mais aussi à fleur de peau et d'émotion. (suite)

"Petit éloge de la rupture" de Brina Svit (Folio Gallimard)

image_svitBrina Svit s'est lancée dans une étrange entreprise dont elle explique la genèse complexe, semée de tribulations, agitée de moult convulsions morales. Il paraîtrait que (si toutefois nous sommes suffisamment centrés et équipés pour) nous allons toujours vers ce qui nous fait le plus peur. Question d'intensité mais aussi de sens à imprimer à notre terrestre trajectoire, rapport aussi au nécessaire dépassement. C'est donc parce qu'elle croyait redouter au-delà de tout la rupture que Brina Svit s'est attachée et attaquée à ce motif dont elle décline les différentes figures explorant les configurations qu'elle a revêtues dans sa propre vie. (suite)

"Lettres à la prison" de Marc Scialom

image_scialomC'est un film exhumé, un film surgi des décombres. Un film miraculé et miraculeux. Un mélange des genres insolite et très singulier. Une radioscopie sociétale des plus strictes, des plus sévères et précises traversée d'éblouissants, de coupants éclairs fantasmatiques, de fulgurances hallucinées d'une puissance et d'une acuité rares. Et la beauté n'est pas en reste. Le film a été tourné en 1969. On suit le parcours d'un tunisien fraîchement débarqué à Marseille. Il est en quête de son frère dont on apprend qu'il serait incarcéré à Paris pour avoir assassiné à une femme. (suite)

"La pornographie" de Witold Gombrowicz

imaage_gombrowiczGombrowicz est un prestidigitateur qui nous balade dans les bois sombres, dans la forêt touffue de ses fantastiques et fantasmagoriques divagations. Cette fois, il s'attaque au chapitre de l'érotisme qu'il s'attache à renouveler et il y réussit au-delà de toute espérance : il va si loin dans l'insolite, dans le dépaysement que la déroute est aussi totale qu'est complet l'enchantement. Car il invente des chemins et des cheminements qu'on ne savait pas pouvoir emprunter. Et il égare, avec une évidente délectation, les processus et les procédés ordinaires. (suite)

"Iceberg Memories" d'Ophélie Jaësan (Actes Sud)

image_jaesanOphélie Jaësan évolue sur un fil si ténu que c'est le souffle retenu et parfois coupé qu'on la suit, qu'on l'accompagne dans la crainte constante qu'elle ne se brise. Sa voix est murmurée, c'est un chuchotement frêle, une confidence sectionnée de partout et, en dépit de toute cette apparente fragilité, la violence amassée entre ces pages est extrême. (suite)

"La religieuse portugaise" d'Eugène Green

image_religieuseOn ne sait par quoi débuter tant le terreau est riche, tant sont nombreuses les entrées possibles dans ce film. En vrac, il y a : une mise en abyme, un film dans le film, une exploration minutieuse et si singulière de la ville de Lisbonne qu'elle s'égale à une transfiguration, une quête de l'amour sous toutes ses formes, le spectre allant de l'amour profane à l'amour mystique, de l'amour sexué entre amants à l'amour inconditionnel pour un enfant, de l'amour suspendu, inaccompli, à la rêverie d'un amour perdurant à travers les âges, réincarné et très fortement marqué symboliquement. (suite)

"Cahiers d'enfance" de Norah Lange (éd. Christian Bourgois)

image_enfancLes souvenirs d'enfance de Norah Lange sont des vitraux découpés à même le gel. Ils brillent, scintillent et se détachent avec une précision inouïe. Chaque détail est d'une netteté tranchante, un trait pur et sans repentir. Cela, qui émerge, se passe en Argentine au début du XX° siècle mais cela pourrait se produire à peu près n'importe quand et sous n'importe quelles latitudes tant ce qui importe ce n'est pas l'inscription dans le temps et dans l'espace mais l'essence même de l'enfance que Norah Lange ressuscite avec une éblouissante maestria doublée d'une économie de moyens impressionnante. (suite)

"L'hiver des Feltram" de Pierre Cassou-Noguès (éd. MF)

image_feltramPierre Cassou-Noguès est un roué et un vorace. Il ne peut se contenter de simplement écrire. Il faut qu'il nous manipule et nous égare et aussi qu'il se livre à de très sophistiquées démonstrations et expériences. Et tout cela, il le fait avec une évidente délectation et avec un non moins évident brio. Il nous balade dans le bassin d'Arcachon et sur la surface moirée, miroitante d'une mer redoutable. L'intrigue avouée, "visible", parait plus que rectiligne. Mais peu à peu, on découvre des strates, des ramifications, des sédiments enfouis qui lancinent l'esprit et le lancent sur d'innombrables pistes d'interprétation. (suite)

"Ressusciter" de Christian Bobin (Gallimard)

image_ressusciterCe qui advient, quand on ouvre un livre de Christian Bobin, c'est qu'on ferme tous les autres. Et on le fait avec un soulagement infini. On sort enfin de toute démonstration, qu'elle soit virtuose ou pas. On est dans le vif, le nu, le feu qui éclaire et réchauffe. Dès les premiers mots de Bobin, tous les autres livres semblent caducs, tous les autres livres tombent en désuétude et en poussière. On a subitement le sentiment, très rare avec un livre, de rentrer au pays, de revenir chez soi, d'être délivré de l'exil et de l'égarement dans lesquels tous les autres livres nous plongent. (suite)

"Dans la chambre de Vanda" de Pedro Costa

image_vandaPedro Costa est un magicien qui abuse de ses sortilèges. C'est qu'il est affligé d'un mal étrange, il souffre d'une surabondance de dons. Prince des nuées, alchimiste des bas-fonds, prince ailé qui vaque dans les cloaques qu'il éclaire, dont il révèle la beauté brute, il est aussi capable d'une rare empathie qui lui fait saisir les êtres au plus vif, au plus près, dans un rapport d'amour total. (suite)

"Si rien ne bouge" d'Hélène Gaudy (éd. du Rouergue)

image_gaudyHélène Gaudy est une marionnettiste, une manipulatrice de premier ordre. Elle se plait à détraquer insensiblement les atmosphères et elle excelle à ce petit jeu : elle opère l'air de rien, par petites touches, par petites phrases toutes de suggestion et d'ellipses, phrases d'apparence anodine mais de portée assassine, forces de frappe, recels de charges atomiques.Voici un trio familial bien policé, bien sanglé dans ses certitudes bourgeoises bien-pensantes. Il y a Samuel, le père, Lise la mère et Nina, l'unique fille adolescente âgée de 14 ans. (suite)

"Milo" de David Bosc (Allia)

image_miloDavid Bosc a inventé un genre. Ou il a écrit un récit inclassable. Mais la première hypothèse est plus excitante. On pourrait croire que ce singulier tissage qu'il a réalisé ressortit au récit poétique mais c'est bien plus complexe que cela. Il s'agit d'un texte situé en contrebas et à l'envers du récit normé et amarré. Un exode inversé. Un retour amont sur les lieux rustiques, élémentaires de l'enfance campagnarde. (suite)

"La danse" de Frederick Wiseman

image_wisemanC'est un film qui fait la part belle au corps. Un film qui célèbre le corps et le montre, dans le même temps, ployant sous le joug, en état de sujétion absolue, d'incarcération consentie. Le corps est royal, le corps est roi, soleil, flambant et il est humble serviteur, instrument interchangeable au service d'un dessein qui le dépasse. (suite)

"Winnipeg, mon amour" de Guy Maddin

image_WinnipegGuy Maddin est un fou à boussole et à bascule contrôlée, un déviant rigoureux et très orienté. Il n'a pas son pareil pour subvertir les tracés rectilignes, les formes fixes et les genres établis. Cette fois-ci, il s'attaque comme de coutmue, à l'exploration rétrospective, à la matière autobiographique qui est le ferment de son oeuvre mais il le fait sous un angle particulier : il revisite Winnipeg, sa ville natale, à sa manière oblique, décalée, doucement ivre et hallucinée. (suite)

"Daughters" de Margaret de Lange à la galerie Philippe Chaume

image_de_langeCe sont des instants rares que nous offre la photographe norvégienne Margaret de Lange dans sa série "Daughters". Elle nous invite à pénétrer au sein d'un territoire fabuleux. Celui de l'enfance et de l'adolescence. Enfance et adolescence de ses filles saisies nues en pleine nature. Enfance sauvage, fauve, sensible mise en scène dans un noir et blanc luxueux dont le grain rugueux, opaque, dégage un mystère envoûtant. Sous couvert de composition imagée et imaginaire, la mère a saisi une chose rare chez ses filles : leur animalité naturelle. (suite)

"Violent days" de Lucille Chaufour

image_violent_daysVoici un film qui mêle le plus naturellement du monde les eaux ennemies de la fiction et du documentaire, les mondes antagonistes du cru, du brut et de la stylisation extrême. Un film graphique et crasseux, un film à ras d'expérience humaine et plein d'envols, d'échappées dans le sublime. Un film âpre, trivial, les mains dans la tourbe et d'une esthétique fastueuse, travaillée et sophistiquée. ( suite)

"Petit éloge des petites filles" d'Eva Almassy (Folio Gallimard)

image_almassyEva Almassy parle des petites filles comme personne. Elles apparaissent, ciselées sous sa plume, plus vraies que nature. Les fictives et les réelles.Car être une petite fille, c'est toute une affaire et ensuite, c'est l'affaire d'une vie que de chercher à restituer, à ressusciter cet état au plus juste, que de restaurer le lien avec ce monde enfui (enfoui ?), tout de périlleux enchantements. (suite)

"Le prisonnier" d'Anne Plantagenet (Stock)

image_plantagenetAnne Plantagenent écrit à l'économie et sur le fil d'une fièvre continue. Elle resserre l'espace, raréfie l'air à mesure qu'elle dilate l'âme, ouvre les portes de l'esprit. Elle maintient tout du long une cadence haletée qui oblige à lire, à regarder à neuf . La tension qui jamais ne décroît nettoie et annule les scories. On est happé par une force centripète qui pulvérise le superflu. (suite)

Clémentine Henrion au Musée en herbe

image_henrionClémentine Henrion nous invite à un voyage plus que proustien. Le tour de force qu'elle a réussi, c'est de nous convier à une plongée toute sensitive, toute vive. Une immersion en adolescence. Elle a exhumé et rassemblé des reliques qui ressuscitent instantanément les années-collège. On parcourt l'exposition et, de panneau en panneau, tout revient, tout se réactive, tout est là qui saute au coeur, au corps, à la mémoire. (suite)

"Efina" de Noëlle Revaz (Gallimard)

image_efinaNoëlle Revaz est une joueuse. Elle a l'esprit; le verbe, l'approche, l'accent et la cadence ludiques.  Elle joue des mots et des codes et ses phrases ont l'oeil qui frise et les pointes qui pétillent.On a, au départ, les éléments suivants : une jeune femme, Efina, qui se rend au théâtre et T., un comédien d'âge mûr, brillant semble-t-il. Efina voit T. se produire et s'entiche de lui. Il y a un échange de lettres. T. répond aux emballements et embardées d'Efina avec complaisance et condescendance. (suite)

"Regarder le soleil" de Anne Provoost (Fayard)

image_provoostC'est une histoire d'étrangeté, une histoire voilée, un texte qui joue du clair-obscur jusque dans ses phrases filtrées et tamisées.Une dureté inouïe élimée, vaincue par le génie d'une petite fille. On se trouve dans un ranch isolé en Australie. Il y a Chloé, la narratrice, encore enfant, il y a sa mère, Linda, il y a son père très tôt soufflé, expulsé du récit, mort à la suite d'un accident équestre, alcoolisé et troublement familial. Il y a encore Ilana, demi-soeur adolescente de Chloé, née d'une première noce de Linda. Et puis il y a Rockie et Lorna, couple d'amis proches, débordants d'une sollicitude embarrassée. (suite)

"Cris et chuchotements" (Centre Wallonie-Bruxelles à Paris)

image_criL'exposition "Cris et chuchotements" (prolongée au Centre Wallonie-Bruxelles jusqu'à fin septembre 2009) qui rassemble les oeuvres de 23 artistes-femmes manifeste - si besoin était - combien être artiste et femme, combien être femme tout court, n'est pas une condition de tout repos. C'est une scrutation, une exploration sans complaisance de l'identité féminine, une plongée à cru dans les entrailles du féminin. (suite)

"Anna la nuit" de José Alvarez (Grasset)

image_alvarezC'est un récit colchique. Un texte fleur-vénéneuse qui prend racine en vous et diffuse loin dans le corps ses pousses et son magnétisme funestes. Il y a un parfum à la Huysmans, des raffinements corrompus, une jouissance perverse à étreindre la noirceur, un vif plaisir à se gorger de délices décadentes. Mais c'est aussi et d'abord un hymne éperdu à la femme aimée et perdue. Cantate et thrène. Cadence incantatoire et Cantique des cantiques ébouillanté, versé vif dans le chaudron des ténèbres. (suite)

"Par effraction" d'Hélène Frappat (Allia)

image_frappatHélène Frappat aime les jeux de miroir, les jeux d'écho, et c'est une orchestratrice virtuose de sortilèges. Elle nous emmène, nous tient, nous ferre avec de l'infime et du ténu. Son texte a quelque chose de nacré, de vaporeux, d'immatériel. Un texte comme une buée en suspension. La narration se déploie sur quatre fronts, il y a quatre entrées, quatre pistes qui s'entrelacent pour former ce tissage sybillin. (suite)

Claudine Doury à l'Agence Vu'

image_douryClaudine Doury aime les incursions en adolescence et les immersions en étrangeté. Une étrangeté, une exception qui mettent au jour des invariants. Les éternelles fragrances et fulgurances adolescentes qui fusent où qu'on aille et quel que soit l'apparent dépaysement, le vernis d'ailleurs qui déroute et égare d'abord. (suite)

"Liverpool" de Lisandro Alonso

image_liverpool"Liverpool" n'est pas un film. C'est une alternative. Une pause, une respiration, un repos. Une invitation à voir au-delà et autrement. C'est une page blanche, un grand afflux de vent salubre qui nettoie l'oeil engorgé d'images. Une douce exhortation à sortir du cumul et de la vaine trépidation. Un espace grand ouvert, un temps offert, octroyé, pour repartir autrement et différent. (suite)

"Trilogie sale de la Havane" de Pedro Juan Gutiérrez (10/18)

image_havanepVous qui entrez ici, abandonnez toute velléité de raffinement. Ici, c'est du cru, du pulsant, du pulsionnel absolu. Ici le corps est roi, d'une royauté déchue, il se commet avec l'ordure, l'abjection, il n'écoute que ses humeurs, ses appétits, il a de constants démêlés avec la peur, la faim, la violence, la souillure, il a sans cesse à en découdre pour sa survie. Nous sommes à Cuba au début des années 90 et le narrateur, Pedro Juan, tenant une sorte de journal erratique et ventral, orchestre une visite guidée du chaos, de la vie éclatée et nous offre une chronique magistrale de Cuba en ses bas-fonds. (suite)

"Pique-nique à Hanging Rock" de Peter Weir

image_picnicpC'est un film de fleurs et de flux. Un film d'ondes liquides et magnétiques. Un film qui ressemble et cependant surprend. On croit reconnaître, on croit pouvoir épingler, assigner et on est dérouté et débouté.Tous les poncifs du roman victorien sont présents mais le film avance par bonds, par sautillement primesautiers, il refuse de se laisser réduire, il excelle dans le pas de côté et c'est l'étrangeté qui l'emporte. (suite)

"Des roses rouge vif" d'Adriana Lisboa (Métailié)

image_rosesC'est un roman qui s'avance masqué. Un piège ensorceleur qui se referme sur le lecteur. Des cailloux de petite poucette sont semés en grand nombre le long du chemin, lovés au creux des phrases. On frémit parce qu'on sait avant de savoir, l'art consommé du subliminal, les indices distillés en filigrane, en transparence, agissent avec force et pourtant la révélation finale produit l'effet d'un choc tétanique. (suite)

"Irène" d'Alain Cavalier

irene_petotC'est un film de mémoire éclatée, de mémoire éclatante et sombre. Une mosaïque de petits vitraux doux et tranchants, colorés et décolorés, transparents et opaques et d'une inquiètante étrangeté. Comme à son habitude, Alain Cavalier récuse l'approche frontale. Il procède à coups de pas chassés timides et déterminés à la fois. Il alterne vives avancées et brusques coups de freins.  (suite)

"La reformation des imbéciles" de Nathalie Constans (éd du Chemin de fer)

image-constansNathalie Constans n'a pas froid aux yeux. Elle n'a pas peur des rapprochements insolites et incongrus, elle orchestre les collusions les plus inouïes, elle fait oeuvre surréaliste au sens plénier et original du terme. Ce sont deux voix des confins qui s'élèvent, d'abord distantes et distinctes puis qui s'entrelacent et se mêlent. Un homme, une femme. Elle, c'est Kimi, elle est la petite-fille du guerrier apache Géronimo, seule survivante d'une lignée décimée par les guerres successives. (suite)

"Brûlons tous ces punks pour l'amour des elfes" de Julien Campredon (Monsieur Toussaint Louverture)

image_campredonLes nouvelles de Julien Campredon sont de petites grenades dégoupillées, une poignée de crépitantes pépites, une décoction un peu sorcière, une combinaison de saveurs épicées qui éclatent sur les papilles. Nous voici en compagnie de personnages archétypaux, de figures qui ressortissent souvent de la fable, de la légende ou des poncifs littéraires  mais rien n'advient de ce qu'on pourrait attendre car Julien Campredon déroute les progressions formatées, il pulvérise les clichés et court-circuite les voies balisées. (suite)

"Haut fonctionnaire" de Bayon (Grasset)

image_bayonC'est une prose heurtée, chahutée, chavirée, carambolée, fatrasique, spasmodiquement cadencée, c'est un sabbat de possédé, un pharsé entransé qui provoque des extases addictives. L'écriture, ici, est déclenchée par la mort. Celle du père. Un père administrateur colonial en Afrique, ambassadeur au Gabon, abusivement nanti du titre de "haut fonctionnaire". (suite)

"Ne change rien" de Pedro Costa

image_ne_change_rienC'est une figure hantée qui semble émerger de limbes ténébreux voire magnétiquement méphitiques. C'est Jeanne Balibar telle qu'en elle-même, identifiable à la première et rauque et languissante et piquante inflexion de voix et pourtant c'est une Jeanne Balibar méconnaissable car filmée par le sombrissime et possédé et génial Pedro Costa.(suite)

"Liquide" de Philippe Annocque (Quidam)

image_liquideVoici un texte d'une frappante et flagrante originalité. Un texte qui emprunte, pour évoquer les sujets éternels (l'amour, l'origine, l'identité, la mort), des voies inusitées. Un texte  qui avance par capillarité thématique et compose, peu à peu, par versement de mots, cousinage, alliage et contagion de sens, une étrange et envoûtante mosaïque. (suite)

"Terre légère" de Claire Wolniewicz (Viviane Hamy)

image_terreC'est une succession de voix qui prennent du volume, de l'ampleur et aussi s'affûtent, s'aiguisent comme autant d'instruments de précision à mesure que le texte évolue. C'est un voyage qui déclenche le mouvement et le roulis des âmes qui s'auscultent.C'est une réunion de famille presque aléatoire, presque improvisée et qui se tient, suspendue dans l'espace, à l'autre bout du monde (suite)

"L'impureté d'Irène" de Philippe Mezescaze (Arléa)

image_mezescazeNous sommes à la Rochelle le temps d'un été aux contours indécis. L'horizon est délimité par la mer, le temps est scandé par le visage et le corps d'une femme. Le monde est vu à hauteur d'enfant. La femme, c'est Irène, l'enfant c'est Emile, son fils.

Emile observe, fasciné, les faits et gestes d'Irène. Mais si le charme opère, si on frôle l'envoûtement, Emile ne quitte pas sa position surplombante et critique d'observateur. C'est qu'il a une longue habitude de la vie sans Irène qui ne réinvestit son poste de mère que par intermittences, pendant les grandes vacances.  (suite)

"Edie" de Jean Stein (Christian Bourgois)

image_edieC'est l'histoire d'une luxueuse déchéance. La trajectoire météorique d'une gamine pourrie de dons, comblée de possessions matérielles, socialement favorisée à outrance. Tout est donné à profusion et cependant le socle fondateur fait défaut. C'est l'histoire d'une plaie béante qui fleurit sur un sol trop riche en névroses, chargé de ferments toxiques. C'est la minutieuse mise en lumière d'une chute, d'une dissolution, d'une existence misérable et percluse de mières sur fond d'opulence apparente et de triomphe. (suite)

"Carnet de notes pour une Orestie africaine" de Pasolini

image_carnetC'est un long voyage intérieur qui revêt les apparences de l'extériorité et même de l'exterritorialité. C'est le drame archétypal de la Grèce antique délocalisé, transplanté dans la touffeur,  dans la nudité et l'opulence conjointes de l'Afrique.

A la fin des années 60, Pasolini a effectué un voyage de repérage et d'immersion en Afrique où il avait l'intention de transposer "L'Orestie" d'Eschyle. Ce qui nous est donné à voir, dans ce documentaire et document rare, c'est le travail préparatoire, génésique, d'une oeuvre qui ne vit jamais le jour. (suite)

"Sois sage" de Juliette Garcias

image_sois_sage_3C'est, sous une douceur trompeuse, presque ouatée, un film qui crisse, qui grince, qui plante ses crocs, ses arrêtes vives et s'insinue profond dans le corps, la conscience et la mémoire. C'est un film tissé de silences, de regards et de gestes troués, un film qui crie silencieusement, qui crie l'indicible. Et les mots sont sans recours. Les mots calfeutrent, colmatent et maquillent, ils filent la piste du mensonge, se concassent en cul-de-sac et ne délivrent rien. (suite)

"Je suis de Titov Veles" de Teona Mitevska

image_titovC'est un film qui parle de l'innocence. De la beauté et des vertus salvatrices de l'idiotie. Un film où il est question d'une forme fusionnelle et vénéneuse de fraternité. Un amour sororal triplé, lequel se traduit à travers l'allongement conjoint des corps qui jonchent les couches ou le sol avec la légèreté d'une aile de papillon, avec la grâce transluscide d'une aurore printanière. (suite)

"Le don" de Giorgia Fiorio (Maison européenne de la photographie)

image_le_don_1Ce sont des images de grand souffle et de fièvre lente. Des figurations de l'offrande, des corps ouverts au passage, à l'étreinte du grand Autre et saisis dans ces isntants de dépossession qui les relient au sacré. L'exposition s'intitule "Le don" et elle rassemble des photos de Giorgia Fiorio, laquelle a sillonné le monde des années durant à la recherche d'images qui disent la quête du divin et la transcendance incarnée. (suite)

"Morse" de Tomas Alfredson

image_morse3C'est un film cristallin et coupant comme la glace. Un film qui se déploie dans l'immaculé de la neige et entre des âmes encore épargnées par l'altération, la macule du monde adulte. On est en Suède, aux côtés d'Oskar un jeune garçon de 12 ans, fraîchement débarqué dans un lycée où il est sans alliés. Racé, il est d'une blondeur aveuglante et d'une renversante beauté (quelque chose du Tadzio viscontinien mais sans l'aisance et la grâce fulgurante, avec une gaucherie qui le rend plus attachant). (suite)

"Parc" d'Arnaud des Pallières

image_parcC'est un film d'une beauté inquiétante, rongeante, vénéneuse. Un film plein d'infiltrations toxiques et hypnotiques. On se trouve dans "Parc", banlieue pavilllonaire indéterminée et parfaitement aseptisée. Tout est d'emblée placé sous le signe d'une dualité marquée et même forcenée. Deux "cas", emblématiques tous les deux, s'opposent, alimentent un antagonime foncier et persistant. (suite)

"Comme une étoile dans la nuit" de René Feret

image_etoileC'est un film qui tranche et qui brille. Effilé comme l'arête d'un diamant. Un film irradiant-irradié, d'une facture toute simple et d'une force atomique. Un film qui vous prend le coeur, le retourne, le broie, l'essore jusqu'à suffocation, jusqu'à ce qu'il sue sang et larmes. D'émerveillement et de gratitude. Un film qui vandalise, qui rafle jusqu'à la dernière chaque bribe vivante. Un film aux antipodes de la durassienne "maladie de la mort".  (suite)

"Avoue que tu mens" de Serge Roullet

affiche_roulletC'est un film d'éther et de colère. Qui lévite et qui crépite. C'est une succession d'apparitions et de tableaux somptueux. D'apparentes révélations et de dévoilements en trompe-l'oeil. Un film tout en nerfs et en ondoiements vagabonds, tendu sur le fil d'un onirisme maraudeur. Une balade au jardin des délices vénéneux. (suite)

"Mange, ceci est mon corps" de Michelange Quay

mange_ceci_est_mon_corps_1Attention ! Voici un film d'un éclat et d'une qualité suprêmes, un film supérieurement beau, supérieurement intelligent qui est par trop passé inaperçu. C'est une première oeuvre qui signe l'éclosion d'un talent reversant. Le film commence par un long survol des terres haïtiennes, survol qui passe très vite en mode rasant au point de porter le spectateur, partie prenante, à la nausée. (suite)

"De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites" de Paul Newman

image rayon gamma 1C'est un film rapeux, revêche parcouru d'électricité statique. Il y a une carburation à l'oeuvre, des corps et des cervaux en surrégime, le survoltage imprègne tout, affecte chaque image du film. Cette surchauffe est féminine, elle se partage et circule au sein d'un trio, un triangle conducteur. Il y a la mère et ses deux filles. Nous sommes dans une banlieue américaine, à l'orée des année 70, juste avant que le féminisme ne déferle, à une époque où les femmes s'étiolaient encore en grand nombre et sans recours possible. (suite)

"Des trous dans la tête" de Guy Maddin

image affiche trous dans la teteC'est à un étrange périple que nous convie Guy Maddin. Il nous entraîne dans les méandres et les sinuosités de son enfance revisitée, soulevée par les transports de l'imaginaire. Nous voici projetés dans une île battue oar les flots, île qui abrite un insolite microcosme. Il y a d'abord la mère, ogresse despotique qui régente implacablement son petit monde, l'épiant du haut du phare à l'aide d'une longue-vue, le tançant, le vitupérant avec virulence et battant le rappel des troupes au moyen d'un porte-voix de sa confection. (suite)

Léa Crespi à la Galerie VU'

Léa Crespi est une guerrière, une amazone et son corps est son arme, son instrument de combat et aussi son instrument d'exploration, son baromètre, son témoin, ce par quoi elle établit son rapport au monde. Elle le façonne, l'affûte, l'immerge dans des lieux sinistrés, le confronte au dur, au contondant, au sombre, au désert. Et le photographie. (suite)

Jansem à la Galerie Matignon (Paris VIII°)

Il y a partout, frappant l'oeil de leur présence diaphane, de leur ballet multiplié, ces silhouettes épurées, ces corps étirés et ciselés, ces jeunes femmes qui semblent une émanation de l'éther lui-même. Sa prédilection pour les danseuses, Jansem (artiste d'origine arménienne) l'affiche avec intempérance. Ses lithographies et ses toiles célèbrent la danseuse sous toutes ses formes. On se trouve quelque part entre Egon Schiele et Degas. (suite)

Lech Majewski - Galerie Basia Embiricos - Natures singulières

Exposition à la galerie Basia Embiricos du 29 août au 30 septembre 2007 (14 rue des jardins, Paris IV) Des corps nus saisis dans une lumière d'estompe. Corps gracieux, noblement dressés, animés d'un mouvement souple, pris dans la lueur subtile et chaude qui semble celle d'une bougie. On est entre Botticelli pour l'esthétique et de La Tour pour la lumière. (suite)

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