Eric
Paradisi doit aimer les défis, les marges, les états-limites du corps.
Il en fait la convaincante et troublante démonstration dans son dernier
roman "Un baiser sous X". Pour autant, s'il prise les extrêmes, il
opère en douceur. Il explore mais par touches légères, sans
appuyer, sans insister et sans prétendre à l'exhaustivité. Il
s'immisce en catimini, mais avec une belle droiture, une belle
intégrité, dans un corps interdit, un corps impensable. Impensable et
incompensable. Corps fantasme de plénitude que la société stigmatise,
dont elle fait une déficience, une solitude qui ne peut s'apparier. (suite)
Jose
Luis Peixoto est un acrobate hors pair et aussi un écrivain d'une
infinie sensibilité. Que les deux se trouvent rassemblés en un même
être, la virtuosité et l'aptitude à restituer des émotions vibrantes,
est une chose si rare qu'elle mérite d'être mentionnée. Si Jose Luis
Peixoto brouille les pistes, s'il joue avec la chronologie et va
jusqu'à confondre les identités, ce n'est pas seulement pour éprouver
ses dons de créateur surdoué mais pour mieux faire jaillir l'émotion
brute. (suite)
James Ensor fut un
drôle de personnage et un artiste tout à
fait digne d'intérêt bien que méconnu. Se
tenant à la croisée des influences et des lignes de force, perméable et
impressionnable au possible, il fut un peintre largement mimétique,
décalquant avec une facilité déconcertante le génie des autres,
restituant l'esprit du temps mais il n'en fut pas moins, également, un
artiste singulier. (suite)
Céline
Curiol nous entraîne dans un voyage sonore. A la rencontre de New-York,
appréhendée à travers les voix et les rumeurs qui s'y déploient. Deux
femmes, une ville. Deux femmes à l'aube du nouveau millénaire, à un
tournant de leur vie personnnelle,
amoureuse, une ville, New-York. Deux femmes sans connexions apparentes,
inconnues l'une de l'autre et que seule rassemble la ville qu'elles
investissent le temps d'un week-end, celui du 4 juillet, le temps
nécessaire pour s'ausculter et déterminer l'orientation qu'elles vont
imprimer à leur existence. (suite)
Louise
Bourgeois est une guerrière, une croisée. Elle l'affirme, le martèle
d'emblée dans le remarquable documentaire que lui ont consacré Amei
Wallach et Marion Cajori. Frappante est l'autorité naturelle qui se
dégage de ce petit bout de femme. Elle déclare : "Pour être sculpteur,
il faut
être agressif." et aussi (en substance) : "Quand on n'arrive pas à se
débarrasser du passé, on le sculpte". Le documentaire retrace
classiquement le parcours de l'artiste mais il offre aussi une large
part à sa parole tranchante, cinglante, sans concession, presque
comminatoire par moments mais aussi à fleur de peau et d'émotion. (suite)
Brina
Svit s'est lancée dans une étrange entreprise dont elle explique la
genèse complexe, semée de tribulations, agitée de moult convulsions
morales. Il
paraîtrait que (si toutefois nous sommes suffisamment centrés et
équipés pour) nous allons toujours vers ce qui nous fait le plus peur.
Question d'intensité mais aussi de sens à imprimer à notre terrestre
trajectoire, rapport aussi au nécessaire dépassement. C'est donc parce
qu'elle
croyait redouter au-delà de tout la rupture que Brina Svit s'est
attachée et attaquée à ce motif dont elle décline les différentes
figures explorant les configurations qu'elle a revêtues dans sa propre
vie. (suite)
C'est un film exhumé, un
film surgi des décombres. Un film miraculé et miraculeux. Un
mélange des genres insolite et très singulier. Une radioscopie
sociétale des plus strictes, des plus sévères et précises traversée
d'éblouissants, de coupants éclairs fantasmatiques, de fulgurances
hallucinées d'une puissance et d'une acuité rares. Et la beauté n'est
pas en reste. Le film a été tourné en 1969. On suit le parcours
d'un tunisien fraîchement débarqué à Marseille. Il est en quête de son
frère dont on apprend qu'il serait incarcéré à Paris pour avoir
assassiné à une femme. (suite)
Gombrowicz
est un prestidigitateur qui nous balade dans les bois sombres, dans la
forêt touffue de ses fantastiques et fantasmagoriques divagations.
Cette fois, il s'attaque au chapitre de l'érotisme qu'il s'attache à
renouveler et il y réussit au-delà de toute espérance : il va si loin
dans l'insolite, dans le dépaysement que la déroute est aussi totale
qu'est complet l'enchantement. Car il invente des chemins et des
cheminements qu'on ne savait pas pouvoir emprunter. Et il égare, avec
une évidente délectation, les processus et les procédés ordinaires. (suite)
Ophélie
Jaësan évolue sur un fil si ténu que c'est le souffle retenu et parfois
coupé qu'on la suit, qu'on l'accompagne dans la crainte constante
qu'elle ne se brise. Sa voix est murmurée, c'est un chuchotement frêle,
une confidence sectionnée de partout et, en dépit de toute cette
apparente
fragilité, la violence amassée entre ces pages est extrême. (suite)
On ne sait par quoi
débuter tant le terreau est riche, tant sont nombreuses les entrées
possibles dans ce film. En
vrac, il y a : une mise en abyme, un film dans le film, une exploration
minutieuse et si singulière de la ville de Lisbonne qu'elle s'égale à
une transfiguration, une quête de l'amour sous toutes ses formes, le
spectre allant de l'amour profane à l'amour mystique, de l'amour sexué
entre amants à l'amour inconditionnel pour un enfant,
de l'amour suspendu, inaccompli, à la rêverie d'un amour perdurant à
travers les âges, réincarné et très fortement marqué symboliquement. (suite)
Les
souvenirs d'enfance de Norah Lange sont des vitraux découpés à même le
gel. Ils brillent, scintillent et se détachent avec une précision
inouïe. Chaque détail est d'une netteté tranchante, un trait pur et
sans repentir. Cela, qui émerge, se passe en Argentine au début
du XX° siècle mais cela pourrait se produire à peu près n'importe quand
et sous n'importe quelles latitudes tant ce qui importe ce n'est pas
l'inscription dans le temps et dans l'espace mais l'essence même de
l'enfance que Norah Lange ressuscite avec une éblouissante maestria
doublée d'une économie de moyens impressionnante. (suite)
Pierre
Cassou-Noguès est un roué et un vorace. Il ne peut se contenter de
simplement écrire. Il faut qu'il nous manipule et nous égare et aussi
qu'il se livre à de très sophistiquées démonstrations et expériences.
Et tout cela, il le fait avec une évidente délectation et avec un non
moins évident brio. Il
nous balade dans le bassin d'Arcachon et
sur la surface moirée, miroitante d'une mer redoutable. L'intrigue
avouée, "visible", parait plus que rectiligne. Mais peu à peu, on
découvre des strates, des ramifications, des sédiments enfouis qui
lancinent l'esprit et le lancent sur d'innombrables pistes
d'interprétation. (suite)
Ce
qui advient, quand on ouvre un livre de Christian Bobin, c'est qu'on
ferme tous les autres. Et on le fait avec un soulagement infini. On
sort enfin de toute démonstration, qu'elle soit virtuose ou pas. On est
dans le vif, le nu, le feu qui éclaire et réchauffe. Dès les
premiers mots de Bobin, tous les autres livres semblent caducs, tous
les autres livres tombent en désuétude et en poussière. On a subitement
le sentiment, très rare avec un livre, de rentrer au pays, de revenir
chez soi, d'être délivré de l'exil et de l'égarement dans lesquels tous
les autres livres nous plongent. (suite)
Pedro Costa est un magicien
qui abuse de ses sortilèges.
C'est qu'il est affligé d'un mal étrange, il souffre d'une
surabondance de dons. Prince des nuées, alchimiste des bas-fonds,
prince ailé qui vaque dans les cloaques qu'il éclaire, dont il révèle
la beauté brute, il est aussi capable d'une rare empathie qui lui fait
saisir les êtres au plus vif, au plus près, dans un rapport d'amour
total. (suite)
Hélène
Gaudy est une marionnettiste, une manipulatrice de premier ordre. Elle
se plait à détraquer insensiblement les atmosphères et elle excelle à
ce petit jeu : elle opère l'air de rien, par petites touches, par
petites phrases toutes de suggestion et d'ellipses, phrases d'apparence
anodine mais de portée assassine, forces de frappe, recels de charges
atomiques.Voici un trio familial bien policé, bien sanglé dans
ses certitudes bourgeoises bien-pensantes. Il y a Samuel, le père, Lise
la mère et Nina, l'unique fille adolescente âgée de 14 ans. (suite)
David Bosc a inventé
un genre. Ou il a écrit un récit inclassable. Mais la première
hypothèse est plus excitante. On pourrait croire que ce singulier
tissage qu'il a réalisé ressortit au
récit poétique mais c'est bien plus complexe que cela. Il s'agit d'un
texte situé en contrebas et à l'envers du récit normé et amarré. Un
exode inversé. Un retour amont sur les lieux rustiques, élémentaires de
l'enfance campagnarde. (suite)
C'est
un film qui fait la part belle au corps. Un film qui célèbre le corps
et le montre, dans le même temps, ployant sous le joug, en état de
sujétion absolue, d'incarcération consentie. Le corps est royal, le
corps est roi, soleil, flambant et il est humble serviteur, instrument
interchangeable au service d'un dessein qui le dépasse. (suite)
Guy
Maddin est un fou à boussole et à bascule contrôlée, un déviant
rigoureux et très orienté. Il n'a pas son pareil pour subvertir les
tracés rectilignes, les formes fixes et les genres établis. Cette
fois-ci, il s'attaque comme
de coutmue, à l'exploration rétrospective, à la matière
autobiographique qui est le ferment de son oeuvre mais il le fait sous
un angle particulier : il revisite Winnipeg, sa ville natale, à sa
manière oblique, décalée, doucement ivre et hallucinée. (suite)
Ce
sont des instants rares que nous offre la photographe norvégienne
Margaret de Lange dans sa série "Daughters". Elle nous invite à
pénétrer au sein d'un territoire fabuleux. Celui de l'enfance et de
l'adolescence. Enfance et adolescence de ses filles saisies nues en
pleine nature. Enfance sauvage, fauve, sensible mise en scène dans un
noir et blanc luxueux dont le grain rugueux, opaque, dégage un mystère
envoûtant. Sous couvert de composition imagée et imaginaire, la mère a
saisi une chose rare chez ses filles : leur animalité naturelle. (suite)
Voici un film
qui mêle le plus naturellement du monde les eaux ennemies de la fiction
et du documentaire, les mondes antagonistes du cru, du brut et de la
stylisation extrême. Un film graphique et crasseux, un film à ras
d'expérience humaine et plein d'envols, d'échappées dans le sublime. Un
film âpre, trivial, les mains dans la tourbe et d'une esthétique
fastueuse, travaillée et sophistiquée. ( suite)
Eva
Almassy parle des petites filles comme personne. Elles apparaissent,
ciselées sous sa plume, plus vraies que nature. Les fictives et les
réelles.Car être une petite fille, c'est toute une affaire et
ensuite, c'est l'affaire d'une vie que de chercher à restituer, à
ressusciter cet état au plus juste, que de restaurer le lien avec ce
monde enfui (enfoui ?), tout de périlleux enchantements. (suite)
Anne
Plantagenent écrit à l'économie et sur le fil d'une fièvre continue.
Elle resserre l'espace, raréfie l'air à mesure qu'elle dilate l'âme,
ouvre les portes de l'esprit. Elle maintient tout du long une cadence
haletée qui oblige à lire, à regarder à neuf . La tension qui jamais ne
décroît nettoie et annule les scories. On est happé par une force
centripète qui pulvérise le superflu. (suite)
Clémentine
Henrion nous invite à un voyage plus que proustien. Le tour de force
qu'elle a réussi, c'est de nous convier à une plongée toute sensitive,
toute vive. Une immersion en adolescence. Elle a exhumé et rassemblé
des reliques qui ressuscitent instantanément les années-collège. On
parcourt l'exposition et, de panneau en panneau, tout revient, tout se
réactive, tout est là qui saute au coeur, au corps, à la mémoire. (suite)
Noëlle
Revaz est une joueuse. Elle a l'esprit; le verbe, l'approche, l'accent
et la cadence ludiques. Elle joue des mots et des codes et
ses
phrases ont l'oeil qui frise et les pointes qui pétillent.On a,
au départ, les éléments suivants : une jeune femme, Efina, qui se rend
au théâtre et T., un comédien d'âge mûr, brillant semble-t-il. Efina
voit
T. se produire et s'entiche de lui. Il y a un échange de lettres. T.
répond aux emballements et embardées d'Efina avec complaisance et
condescendance. (suite)
C'est
une histoire d'étrangeté, une histoire voilée, un texte qui joue du
clair-obscur jusque dans ses phrases filtrées et tamisées.Une dureté
inouïe élimée, vaincue par le génie d'une petite fille. On
se trouve dans un ranch isolé en Australie. Il y a Chloé,
la narratrice, encore enfant, il y a sa mère, Linda, il y a
son père
très tôt
soufflé, expulsé du récit, mort à la suite d'un accident équestre,
alcoolisé et troublement familial. Il y a encore Ilana, demi-soeur
adolescente de Chloé, née d'une première noce de Linda. Et puis il y a
Rockie et Lorna, couple d'amis proches, débordants d'une sollicitude
embarrassée. (suite)
L'exposition
"Cris et chuchotements" (prolongée au Centre Wallonie-Bruxelles jusqu'à
fin septembre 2009) qui rassemble les oeuvres de 23 artistes-femmes
manifeste - si besoin était - combien être artiste et femme, combien
être femme tout court, n'est pas une condition de tout repos. C'est
une scrutation, une exploration sans complaisance de l'identité
féminine, une plongée à cru dans les entrailles du féminin. (suite)
C'est
un récit colchique. Un texte fleur-vénéneuse qui prend racine en vous
et diffuse loin dans le corps ses pousses et son magnétisme funestes.
Il
y a un parfum à la Huysmans, des raffinements corrompus, une jouissance
perverse à étreindre la noirceur, un vif plaisir à se gorger de délices
décadentes. Mais
c'est aussi et d'abord un hymne éperdu à la
femme aimée et perdue. Cantate et thrène. Cadence incantatoire et
Cantique des cantiques ébouillanté, versé vif dans le chaudron des
ténèbres. (suite)
Hélène
Frappat aime les jeux de miroir, les jeux d'écho, et c'est une
orchestratrice virtuose de sortilèges. Elle
nous emmène, nous tient, nous ferre avec de l'infime et du ténu. Son
texte a quelque chose de nacré, de vaporeux, d'immatériel. Un texte
comme une buée en suspension. La narration se déploie sur quatre
fronts, il y a quatre entrées, quatre pistes qui
s'entrelacent pour former ce tissage sybillin. (suite)
Claudine
Doury aime les incursions en adolescence et les immersions en étrangeté.
Une étrangeté, une exception qui mettent au jour des invariants. Les
éternelles fragrances et fulgurances adolescentes qui fusent où qu'on
aille et quel que soit l'apparent dépaysement, le vernis d'ailleurs qui
déroute et égare d'abord. (suite)
"Liverpool"
n'est pas un film. C'est une alternative. Une pause, une respiration,
un repos. Une invitation à voir au-delà et autrement. C'est une page
blanche, un grand afflux de vent salubre qui nettoie l'oeil engorgé
d'images. Une douce exhortation à sortir du cumul et de la vaine
trépidation. Un espace grand ouvert, un temps offert, octroyé, pour
repartir autrement et différent. (suite)
Vous qui entrez ici,
abandonnez toute velléité de raffinement.
Ici, c'est du cru, du pulsant, du pulsionnel absolu. Ici le corps est
roi, d'une royauté déchue, il se commet avec l'ordure, l'abjection, il
n'écoute que ses humeurs, ses appétits, il a de constants démêlés avec
la peur, la faim, la violence, la souillure, il a sans cesse à en
découdre pour sa survie. Nous sommes à Cuba au début des années
90 et le narrateur, Pedro Juan, tenant une sorte de journal erratique
et ventral, orchestre une visite guidée du chaos, de la vie éclatée et
nous offre une chronique magistrale de Cuba en ses bas-fonds. (suite)
C'est
un film de fleurs et de flux. Un film d'ondes liquides et magnétiques.
Un film qui ressemble et cependant surprend. On croit reconnaître, on
croit pouvoir épingler, assigner et on est dérouté et débouté.Tous
les poncifs du roman victorien sont présents mais le film avance par
bonds, par sautillement primesautiers, il refuse de se laisser réduire,
il excelle dans le pas de côté et c'est l'étrangeté qui l'emporte. (suite)
C'est un roman qui
s'avance masqué. Un piège ensorceleur qui se referme sur le lecteur.
Des cailloux de petite poucette sont semés en grand nombre le long du
chemin, lovés au creux des phrases. On frémit parce qu'on sait avant de
savoir, l'art consommé du subliminal, les indices distillés en
filigrane, en transparence, agissent avec force et pourtant la
révélation finale produit l'effet d'un choc tétanique. (suite)
C'est un film de mémoire
éclatée, de
mémoire éclatante et sombre. Une mosaïque de petits vitraux doux et
tranchants, colorés et décolorés, transparents et opaques et d'une
inquiètante étrangeté. Comme
à son habitude, Alain Cavalier
récuse l'approche frontale. Il procède à coups de pas chassés timides
et déterminés à la fois. Il alterne vives avancées et brusques coups de
freins. (suite)
Nathalie
Constans n'a pas froid aux yeux. Elle n'a pas peur des rapprochements
insolites et incongrus, elle orchestre les collusions les plus inouïes,
elle fait oeuvre surréaliste au sens plénier et original du terme. Ce
sont deux voix des confins qui s'élèvent, d'abord distantes et
distinctes puis qui s'entrelacent et se mêlent. Un homme, une femme.
Elle, c'est Kimi, elle est la petite-fille du guerrier apache Géronimo,
seule survivante d'une lignée décimée par les guerres successives. (suite)
Les
nouvelles de Julien Campredon sont de petites grenades dégoupillées,
une poignée de crépitantes pépites, une décoction un peu sorcière, une
combinaison de saveurs épicées qui éclatent sur les papilles. Nous
voici en compagnie de personnages archétypaux, de figures qui
ressortissent souvent
de la fable, de la légende ou des poncifs littéraires mais
rien n'advient de ce qu'on pourrait attendre
car Julien Campredon déroute les progressions formatées, il pulvérise
les clichés et court-circuite les voies balisées. (suite)
C'est
une prose heurtée, chahutée, chavirée, carambolée, fatrasique,
spasmodiquement cadencée, c'est un sabbat de possédé, un pharsé
entransé qui provoque des extases addictives. L'écriture, ici,
est déclenchée par la mort. Celle du père. Un père administrateur
colonial en Afrique, ambassadeur au Gabon, abusivement nanti du titre
de "haut fonctionnaire". (suite)
C'est
une figure hantée qui semble émerger de limbes ténébreux voire
magnétiquement méphitiques. C'est Jeanne Balibar telle qu'en
elle-même, identifiable à la première et rauque et languissante et
piquante inflexion de voix et pourtant c'est une Jeanne Balibar
méconnaissable car filmée par le sombrissime et possédé et génial Pedro
Costa.(suite)
Voici un texte d'une
frappante et flagrante originalité. Un texte qui emprunte, pour évoquer
les sujets éternels (l'amour, l'origine, l'identité, la mort), des
voies inusitées. Un texte qui avance par capillarité
thématique
et compose, peu à peu, par versement de mots, cousinage, alliage et
contagion de sens, une étrange et envoûtante mosaïque. (suite)
C'est une
succession
de voix qui prennent du volume, de l'ampleur et aussi s'affûtent,
s'aiguisent comme autant d'instruments de précision à mesure que le
texte évolue. C'est un voyage qui déclenche le mouvement et le roulis
des âmes qui s'auscultent.C'est une réunion de famille presque
aléatoire, presque improvisée et qui se tient, suspendue dans l'espace,
à l'autre bout du monde (suite)
Nous sommes à la
Rochelle le temps d'un été aux contours
indécis. L'horizon est délimité par la mer,
le temps est scandé par le visage et le corps d'une femme. Le monde est
vu à hauteur d'enfant. La femme, c'est Irène, l'enfant c'est Emile, son
fils.
Emile observe, fasciné, les faits et gestes d'Irène. Mais si le charme opère, si on frôle l'envoûtement, Emile ne quitte pas sa position surplombante et critique d'observateur. C'est qu'il a une longue habitude de la vie sans Irène qui ne réinvestit son poste de mère que par intermittences, pendant les grandes vacances. (suite)
C'est l'histoire
d'une luxueuse déchéance. La trajectoire météorique d'une gamine
pourrie de dons, comblée de possessions matérielles, socialement
favorisée à outrance. Tout est donné à profusion et cependant le socle
fondateur fait défaut. C'est l'histoire d'une plaie béante qui fleurit
sur un sol trop riche en névroses, chargé de ferments toxiques. C'est
la
minutieuse mise en lumière d'une chute, d'une dissolution, d'une
existence misérable et percluse de mières sur fond d'opulence apparente
et de triomphe. (suite)
C'est un long voyage
intérieur qui revêt les apparences de l'extériorité et même
de l'exterritorialité. C'est le drame archétypal de la Grèce antique
délocalisé, transplanté dans la touffeur, dans la nudité et
l'opulence conjointes de l'Afrique.
A la fin des années 60, Pasolini a effectué un voyage de repérage et d'immersion en Afrique où il avait l'intention de transposer "L'Orestie" d'Eschyle. Ce qui nous est donné à voir, dans ce documentaire et document rare, c'est le travail préparatoire, génésique, d'une oeuvre qui ne vit jamais le jour. (suite)
C'est,
sous une douceur trompeuse, presque ouatée, un film qui crisse, qui
grince, qui plante ses crocs, ses arrêtes vives et s'insinue profond
dans le corps, la conscience et la mémoire. C'est un film tissé de
silences, de regards et de gestes troués, un film qui crie
silencieusement, qui crie l'indicible. Et les mots sont sans recours.
Les mots calfeutrent, colmatent et maquillent, ils filent la piste du
mensonge, se concassent en cul-de-sac et ne délivrent rien. (suite)
C'est un film qui
parle de l'innocence. De la beauté et des vertus salvatrices de
l'idiotie. Un film où il est question d'une forme fusionnelle et
vénéneuse de fraternité. Un amour sororal triplé, lequel se traduit à
travers l'allongement conjoint des corps qui jonchent les couches ou le
sol avec la légèreté d'une aile de papillon, avec la grâce transluscide
d'une aurore printanière. (suite)
Ce sont des images de
grand souffle et de fièvre lente. Des figurations de l'offrande, des
corps ouverts au passage, à l'étreinte du grand Autre et saisis dans
ces isntants de dépossession qui les relient au sacré. L'exposition
s'intitule "Le don" et elle rassemble des photos
de Giorgia Fiorio, laquelle a sillonné le monde des années durant à la
recherche d'images qui disent la quête du divin et la transcendance
incarnée. (suite)
C'est
un film cristallin et coupant comme la glace. Un film qui se déploie
dans l'immaculé de la neige et entre des âmes encore épargnées par
l'altération, la macule du monde adulte. On
est en Suède, aux côtés d'Oskar un jeune garçon de 12 ans,
fraîchement débarqué dans un lycée où il est sans alliés. Racé, il est
d'une blondeur aveuglante et d'une renversante beauté (quelque chose du
Tadzio viscontinien mais sans l'aisance et la grâce fulgurante, avec
une
gaucherie qui le rend plus attachant). (suite)
C'est
un film d'une beauté inquiétante, rongeante, vénéneuse. Un film plein
d'infiltrations toxiques et hypnotiques. On se trouve dans "Parc",
banlieue pavilllonaire indéterminée et parfaitement aseptisée. Tout
est d'emblée placé sous le signe d'une dualité marquée et même
forcenée. Deux "cas", emblématiques tous les deux, s'opposent,
alimentent un antagonime foncier et persistant. (suite)
C'est
un film qui tranche et qui brille. Effilé comme l'arête d'un diamant.
Un film irradiant-irradié, d'une facture toute simple et d'une force
atomique. Un film qui vous prend le coeur, le retourne, le broie,
l'essore jusqu'à suffocation, jusqu'à ce qu'il sue sang et larmes.
D'émerveillement et de gratitude. Un film qui vandalise, qui rafle
jusqu'à la dernière chaque bribe vivante. Un film aux antipodes de
la durassienne "maladie de la mort". (suite)
C'est un film
d'éther et de colère.
Qui lévite et qui crépite. C'est une succession d'apparitions et de
tableaux somptueux. D'apparentes révélations et de dévoilements en
trompe-l'oeil. Un film tout en nerfs et en ondoiements vagabonds, tendu
sur le fil d'un onirisme maraudeur. Une balade au jardin des délices
vénéneux. (suite)
Attention
! Voici un film d'un éclat et d'une qualité suprêmes, un film
supérieurement beau, supérieurement intelligent qui est par trop passé
inaperçu. C'est une première oeuvre qui signe l'éclosion d'un
talent reversant. Le film commence par un long survol des terres
haïtiennes, survol qui passe très vite en mode rasant au point de
porter le spectateur, partie prenante, à la nausée. (suite)
C'est
un film rapeux, revêche parcouru d'électricité statique. Il y a une
carburation
à l'oeuvre, des corps et des cervaux en surrégime, le survoltage
imprègne tout, affecte chaque image du film. Cette surchauffe est
féminine, elle se partage et circule au sein d'un trio, un
triangle
conducteur. Il y a la mère et ses deux filles. Nous sommes dans une
banlieue américaine, à l'orée des année 70, juste avant que le
féminisme ne déferle, à une époque où les femmes s'étiolaient encore en
grand nombre et sans recours possible. (suite)
C'est à un étrange périple que
nous
convie Guy Maddin. Il nous entraîne dans les méandres et les sinuosités
de son enfance revisitée, soulevée par les transports de l'imaginaire.
Nous voici projetés dans une île battue oar les flots, île qui
abrite un insolite microcosme. Il
y a d'abord la mère, ogresse despotique qui régente implacablement son
petit monde, l'épiant du haut du phare à l'aide d'une longue-vue, le
tançant, le vitupérant avec virulence et battant le rappel des troupes
au moyen d'un porte-voix de sa confection. (suite)
Léa Crespi est une guerrière, une amazone et son corps est son arme, son instrument de combat et aussi son instrument d'exploration, son baromètre, son témoin, ce par quoi elle établit son rapport au monde. Elle le façonne, l'affûte, l'immerge dans des lieux sinistrés, le confronte au dur, au contondant, au sombre, au désert. Et le photographie. (suite)
Il y
a partout, frappant l'oeil de leur présence diaphane, de leur ballet
multiplié, ces silhouettes épurées, ces corps étirés et ciselés, ces
jeunes femmes qui semblent une émanation de l'éther lui-même. Sa
prédilection pour les danseuses, Jansem (artiste d'origine arménienne)
l'affiche avec intempérance. Ses lithographies et ses toiles célèbrent
la danseuse sous toutes ses formes. On se trouve quelque part entre
Egon Schiele et Degas. (suite)
Exposition à la
galerie Basia Embiricos du 29 août au 30 septembre 2007 (14 rue des
jardins, Paris IV) Des
corps nus saisis dans une lumière d'estompe. Corps gracieux, noblement
dressés, animés d'un mouvement souple, pris dans la lueur subtile et
chaude qui semble celle d'une bougie. On est entre Botticelli pour
l'esthétique et de La Tour pour la lumière. (suite)