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 Dernières mises en ligne

"Crevasse" de Pierre Terzian (Quidam éditeur)

Crevasse-Pierre-TerzianC'est un texte séparé et qui, de toutes les manières possibles et par tous les moyens stylistiques dont il dispose, profère cette séparation. C'est une voix des tréfonds, la voix d'un revenu de tout, d'un méconnu de tous, d'un pourfendu, un déclassé, un oublié de la vie, un mal-vivant, un laissé pour-compte, un collectionneur du mécomptes, un laissé tout court, un absolu délaissé. C'est un autre. Un radicalement autre. Un étranger à tout, même à son propre corps. (suite

"Adèle, la scène perdue" de Marie Cosnay (Cheyne éditeur)

adele_cosnayC'est un livre de failles et de fractures. Un livre irrigué par une sourde violence. C'est une langue qui semble tissée de douceurs et de lenteurs. Mais c'est trompeur : c'est une écriture à bout portant, qui troue le corps et dont la force d'impact et la vitesse d'exécution agissent à retardement. La lame se plante dans l'embrumement d'un distillat trouble, d'une fausse anesthésie. Le nu saille et la part dévolue à ce qui se dérobe est infinie. (suite)

"Revirements dans l'antarctique du coeur" d'Hélène Cixous (Galilée)

Revirements_CixousC'est un texte qui fuse, taille, entaille, cisaille, crisse, siffle, perce, vrombit, vire, troue, tire à hue et à dia. Un texte dans lequel l'écriture est à elle-même son propre objet, sa propre nourriture et qui, tel un cyclotron, attire et broie toute forme de vie au coeur de sa machinerie infernale. C'est le combat, toujours perdu, toujours réengagé, de l'écriture contre elle-même.  Il est question de la mère, bien sûr, centenaire, et devenue l'enfant inversée de son enfant. Il est question de la famille et de ses méfaits, des prédations et prévarications qu'elle opère sur le corps de l'écrivain, sur le corps même de l'écriture. (suite)

"Les Impurs" de Caroline Boidé (Serge Safran)

boide_les_impursC'est un livre de terre et de cendres. Terre brûlée, terre brûlante incrustée loin de dans le corps. Cendres fumantes tombées du haut d'un feu galvanique. C'est une histoire éternelle d'amour et de mort. D'honneur, de raison sociale et de passion aussi irréductible qu'inextinguible. C'est un homme, captif de son image, de sa résonance mondaine et des mensonges communautaires qui se cogne à l'absolue singularité d'une femme. Ce sont deux folies divergentes qui se percutent et un moment se conjoignent pour ensuite se combattre jusqu'à la mort. (suite)

"Echapper aux tueurs" de Matthieu de Boisséson (Gallimard)

Echapper_aux_tueursC'est un texte tout en apesanteur, un texte aérien aux ailes diaprées dont nous enchantent les vibrations fines et les nuances scintillantes et ocellées. C'est, sous la forme d'un vagabondage rêveur d'une infinie légèreté, une profession de foi et de ferveur. Matthieu de Boisséson est l'orpailleur de sa propre vie. Il baguenaude au fil des jours et il en extrait de précieuses et perçantes pépites. (suite)

"Le roman de Thomas Lilienstein" de Laurence Werner David (Buchet-Chastel)

liliensteinC'est un texte ciselé très au-dessus du niveau de la mer, dans la tessiture d'une voix haut tenue, dans la matière même des songes ou presque. C'est une quête menée au nom de l'amour mais qui prend tout de suite des allures de composition poétique et abstraite, d'élaboration raffinée et diffractée. C'est donc le roman de Thomas Lilienstein tel qu'il est rêvé, et presque halluciné, par Mikel, la jeune femme qui l'aime et le cherche et le traque partout y compris quand il se trouve à ses côtés.  (suite)

"Sollicciano" d'Ingrid Thobois (Zulma)

Sollicciano_ThoboisC'est, par salves successives, le portrait d'une femme singulière et sensationnelle. Cette femme porte, de façon très préméditée, très délibérée, le prénom chargé de Norma-Jean. Elle enseigne, avec une coupante ferveur, la philosophie à des étudiants magnétisés, enamourés voire pâmés. C'est une prof avec des allures et une aura fracassantes d'héroïne frappée par le sort, élue pour figurer dans la légende. Elle apparaît donc comme source et réservoir de fantasmes mais il y a quelque chose en elle de flou, de mal fini qui empêche que la cristallisation ait lieu. (suite)

"La femme d'un homme qui" de Nick Barlay (Quidam éditeur)

LafemmedunHommeC'est un texte qui fulgure lentement. Un alliage insolite entre trépidation et ressassement. Entre percées fracassantes et délitement. Entre brusques accélérations, sorties de route inopinées et enfoncements dans les tourbes et les eaux les plus troubles. C'est une histoire qui déroute tout du long, à chaque angle, à chaque carrefour, mais c'est surtout une langue sans équivalent qui restitue, avec une précision métronomique, le tracé sinueux d'une quête à la fois heurté et comateuse. (suite)

"Le quatuor d'Alexandrie" de Lawrence Durrell

quatuor-alexandrieC'est une somme romanesque éblouissante, une oeuvre grandiose et étonnamment méconnue voire ignorée. Quatre récits qui, d'une manière et dans une langue virtuoses, se répondent, se percutent, se font écho, se corrigent et se complètent. On se trouve clairement face au fantasme qui agit tout écrivain : celui de l'oeuvre totale. Sauf qu'ici le rêve et son accomplissement coïncident presque. C'est une rhapsodie, une fugue et de pleines pages de plain-chant. Une cathédrale proustienne sur un mode baroque. (suite)

"Une fille occupée" de Domique Conil (Actes Sud)

fille_occupeeDomique Conil raconte une histoire crachée, expulsée dans une salve de rage, condensée dans le nom monosyllabique qu'elle attribue à son héroïque : Ka. Ka grandit au sein d'une famille qui érige en règle une magie aux effets pernicieux, délétères et même dévastateurs.C'est un livre qui tout entier s'articule autour du pouvoir des mots, pouvoir perçant, pulvérisant ou salvateur. (suite

"L'épouse américaine" de Mario Soldati (Le Promeneur)

epouse_americaineOn pourrait croire qu'on se trouve face à une énième version de l'archirebattu triangle amoureux (le mari, la femme, l'amante) et c'est le cas, en vérité, mais Mario Soldati (l'auteur des magnifiques et mémorables "Lettres de Capri") réussit le tour de force de déjouer l'attendu, de ne jamais puiser dans ce réservoir à clichés ni glisser sur la pente du vaudeville. Et comment s'y prend-il pour ce faire ? Il nous présente son héros en état de surprise et même de sidération continue si bien que nous sommes conduits, nous aussi, à envisager la situation sous un angle singulier et inédit.(suite)

"The prize" de Paula Markovitch

the-prizeC'est un film sur l'enfance nue, livrée à la plus extrême sauvagerie, déchiquetée à même la sauvagerie de la vie et qui se recompose dans les dunes et la sauvagerie d'une nature pourtant on ne peut plus âpre et inhospitalière. On est dans l'Argentine des années 70 et dans un face à face sans merci entre une mère et sa fille. Au coeur du film, il y a Cécilia, fillette de 7-8 ans qui vit, seule avec sa mère, dans une grande bâtisse sise dans des confins qui ont des allures de bout du monde. Alentours il y a l'océan qui bat, furieux, et la plage, désolée, et puis rien ou presque. (suite)

Expo : Marc Desgrandchamps (Musee d'Art Moderne de Paris)

marc-desgrandchampsAvec Marc Desgrandchamps, on croit d'abord pénétrer dans le champ du connu et même du rebattu : le monde estival des baigneuses livrées aux langueurs et délices des vacances. Cependant, très vite, un je-ne-sais-quoi nous alerte qui altère cette impression initiale de complète familiarité. Il y a autre chose, qui est de l'ordre de "l'inquiétante étrangeté", qui infuse dans les toiles et distillle peu à peu un indéfinissable malaise et une sourde angoisse. (suite)

"Les Carnets" de Marina Tsvetaeva (éd. des Syrtes)

Marina_TsvetaevaQuand on entre dans les "Cartnets" de Marina Tsvetaeva, tout autre journal intime, et quelle que soit sa qualité, est instantanément frappé de discrédit et même tombe en poussière. Car ces pages ne sont pas des pages, ces écrits ne sont pas des écrits. C'est une expérience physique qui frappe au plexus et transperce au plus profond et laisse étourdi, le coeur gonflé, rempli et vacillant, dansant sous les étoiles. Ce qui ressort de ces carnets, c'est que Marina est un monstre au sens mythologique du terme. (suite)

"Noir océan" de Marion Hänsel

Noir_oceanC'est un film nu et dru. Un film en noir et blanc bien que tourné en couleurs. En noir et blanc parce que sans une once de superflu, de palabres, de fioritures. Tout d'austérité et d'aspérités. Un film tout en nerfs et en lancinance, en lancinante mélancolie. On est en 1972, à Mururoa, alors que la France lance là-bas ses premiers essais nucléaires. L'expérience est vue au travers du regard, pas encore dessillé, de trois jeunes gens en proie aux dernières convulsions de l'adolescence. (suite)

"En ville" de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer

en_villeC'est un film tout de ténuité, de transes vaporeuses et de grâce. Un film qui se tient en équilibre instable sur la pointe des pieds, à l'image de l'héroïne adolescente qui s'étire démesurément pour atteindre le ciel changeant de ses désirs. C'est un film en fleur comme Iris (Lola Creton, saisissante) la jeune fille qui éclôt délicatement sous nos yeux. Mais c'est une éclosion heurtée qui s'accomplit au fil des visages farouches et du corps buté qu'Iris offre et oppose, tout du long, à la caméra. Et il y aura aussi des rages crachées et d'insurmontables et dédaigneux dégoûts. (suite)

"Blue Bird" de Gus Van Den Berghe

blue_birdC'est un film de songes et de nuées mais aussi de chair et de chocs. Un film qui nous hale en douceur et sur le mode de l'enchantement sur la sente épineuse des apprentissages éternels. Tout est baigné de bleu dans une Afrique intemporelle. Deux petits enfants, frère et soeur aux allures d'elfes charmeurs et facétieux, sont, avec une tendre rudesse, baignés par leur mère au matin d'une journée qui s'annonce torride. (suite)

"L'envers des autres" de Kaouther Adimi (Actes Sud)

image_enfer_kaouther_adimiC'est un entrelacs de voix cassées, éraillées, parfois caracoleuses et bondissantes mais toujours fragiles, toujours prélevées sur le tranchant du péril. C'est un texte d'une beauté amère et désolée. C'est un sang véhément, violent même, qui irrigue ces voix mais la vie qui bat dans ces corps est une vie captive, une vie sans exutoire. C'est un texte qui met en scène et en voix les enfants de l'Algérie contemporaine et ces enfants-là sont gravement désaxés.(suite)

"Gin et les italiens" de Goldie Glodbloom (Christian Bourgois)

image_gin_goldbloomC'est un livre de cabrioles, de voltes, de saltos et de salves furieusement inventives. Un texte aux allures de cavalcade et de valse légère. Avec des phrases frondeuses qui claquent et rendent un son absolument inédit. C'est une histoire éternelle contée dans une langue singulière et, surtout, sur un mode radicalement neuf. On se trouve en Australie, en 1944. Celle qui parle, c'est Gin, une femme qui est tout entière une étrangeté et dont la voix alerte et saisit en ce qu'elle se fait le relais d'un regard qui est d'une rare acuité et d'une singularité totale. (suite)

"Les écrits d'Etty Hillesum" (Seuil)

image_hillesumCeci n'est pas un livre, c'est une bombe, une déflagration continue. Et ce n'est pas un journal intime, c'est un manifeste, un traité révolutionnaire. C'est un foudroiement sans pareil, une claque magistrale. Voici une jeune femme néerlandaise de 27 ans qui évolue dans le tumulte de la seconde guerre mondiale. Elle se nomme Etty Hillesum, elle est juive mais surtout dotée d'un prodigieux appétit de vivre et d'une appétence spirituelle pareillement dévorante, proportionelle aux désirs charnels qui la tenaillent. (suite)

"Le bord du ciel" de Maïca Sanconie (Quidam éditeur)

image_bord_du_ciel_sanconieMaïca Sanconie est une orfèvre. De la langue et des sensations. Et, chose plus rare, des lignes mélodiques qu'elle parvient merveilleusement à transcrire en mots. C'est un singulier récit de formation qui dit la mue d'abord subie puis consentie d'un homme vibrant qui se réapproprie sa vie. Il faut savourer chaque page de ce texte car chaque page est une miniature parfaite, une oeuvre d'art à part entière, un chef-d'oeuvre d'émotion contenue, de beauté infiniment subtile et ciselée. (suite)

"Versions de Teresa" d'Andrés Barba (Christian Bourgeois)

image_teresaC'est un texte de trouble, de tremblements et de voix alternées. C'est la chair empêchée dont les poussées véhémentes, bien que muselées, éclosent de singulière Ensorfaçon. C'est l'histoire d'une double fascination, d'un corps plein qui est aussi un corps en creux, qui cristallise attentes, émois, fantasmes et qui, malgré lui, s'agrège et s'accapare deux vies. C'est la sombre mélopée, la douloureuse lancinance du désir qui descend loin dans les mots et dans la chair. (suite)

"Cette bête que tu as sur la peau" de Marie Chartres (Les éditions du chemin de fer)

image_marie_chartresMarie Chartres n'écrit pas, comme beaucoup le font, à partir de l'écorchure et une fois amorcé le processus de cicatrisation. Elle écrit de l'intérieur, depuis le centre du cratère et à l'intérieur d'une écorchure sans bords. C'est un livre de sang et de chair, ce sont des livres de chair arrachée, des arpents de peau dépecée, c'est l'enfance qui remonte à la gorge et une écriture au couteau, une qui fore jusqu'au fin fond des tripes et n'épargne rien. (suite)

"Cloués au port" de Jacques Josse (Quidam éditeur)

image_port_josseC'est un texte dans lequel on entend respirer et battre les silences. Un texte qui explore les ressorts et les ressources de la mutité. C'est un bref texte comme craché mais aussi enlevé et ciselé qui ravive, au creux d'un petit port breton, d'éternelles figures cependant saisies dans toute leur subtile singularité. Au premier rang desquelles le Capitaine, massif et charismatique personnage, qui détient la haute main sur la parole propagée. (suite)

"Moo Pak" de Gabriel Josipovici (Quidam éditeur)

image_moopakEnsorC'est une transe circulaire et déambulatoire qui agit comme un puissant hypnotique. Un hypnotique qui, dans le même temps qu'il soumet et jugule, survolte. Le narrateur rapporte les monologues, les soliloques hantés de son ami Jack Toledano lequel, au fil de leurs pérégrinations à travers Londres, développe considérations et réflexions qui s'entrechoquent, se catapultent, fermentent, se ramifient et se déversent dans une prose torrentielle. (suite)

"Portrait robot Mon père, Portrait robot Ma mère" de Christoph Meckel (Quidam éditeur)

image_protraitC'est un livre double à un seul tranchant. Un seul tranchant dédoublé. La piété filiale vue, visée et découpée sous un angle très singulier. Un regard qui cadre, coupe et dissèque, un regard chirurgical qui accomplit cependant le tour de force de n'être (pour une part, du moins) pas dénué de compassion ni d'amour.  Quelques années après la mort de son père, l'auteur, Christoph Meckel, met la main sur le journal intime dudit père et les mots qu'il découvre alors manquent de l'anéantir tant ils exigent de lui un remaniement total, une refonte intégrale de l'image paternelle. (suite)

"Dharma Guns" de F. J. Ossang

image_dharma_gunsC'est un film noir et flambant. Un film noir et blanc irradié de l'intérieur. La scène inaugurale est aquatique et d'une splendeur sidérante qui voit une femme d'une beauté racée et d'une sophistication anachronique (il s'agit d'Elvire, l'inoxydable égérie de F. J. Ossang) conduire sur une eau écumante et comme si elle était tractée par une charte d'anges, un hors-bord au bout duquel glisse, sur des skis nautiques, un jeune homme parfaitement médusé. (suite)

"Emportée" de Paule du Bouchet (Actes Sud)

image_emportee_paule_bouchetC'est un texte de fièvre et de foudre. Un texte d'une force galvanique et d'une si tremblante fragilité qu'on craint à tout moment que ne se brise la voix qui s'élève. C'est un texte d'ardeur, de résistance et d'amour. Un combat qui se mue en consentement. C'est une histoire de difficile filiation. Car il est difficile d'être la fille de l'amour même. L'auteur, Paule du Bouchet, est la fille du poète André du Bouchet et de Tina Jolas qui fut, des années durant, l'amante secrète de René Char. (suite)

"S'autodétruire et les enfants" de Nicolas Bouyssi (P.O.L)

image_bouyssiNicolas Bouyssi opère comme une mécanique de précision, implacablement, et sans anesthésie. Il n'y a pas d'enrobage ni d'accommodement progressif. C'est ex abrupto et le dépeçage débute instantanément au fil d'une écriture métronomique, millimétrique, obsédante et qui ne concède rien. Nicolas Bouyssi ne parle que de l'organique, du plus extrême tripal mais cette matière bouillante, bouillonnante et hautement inflammable, il la traite et la découpe au scalpel, la neutralise chirurgicalement si bien qu'elle ressort de l'opération verbale presque criogénisée. (suite)

"Puuypiru 2001-2008" de Daishi Matsunaga

image-pyupiruC'est l'histoire de l'identification d'une femme dans le corps d'un homme. On assiste - et c'est saisissant - à toutes les étapes de l'éclosion, on est l'invité presque indu, témoin stupéfié des phases de la chrysalide. Mais ce sculpteur de lui-même, ne se contente pas (si tant est qu'il s'agisse d'une action limitée) de façonner sa propre enveloppe afin qu'elle figure au plus juste l'âme qu'elle recèle, il étend ses tentatives sur le monde, y applique ses talents transformistes dans le but de le réenchanter - et il y a parvient. Pyuupiru donc, est le sujet et l'objet du film. (suite)

"La mort de Maria Malibran" de Werner Schroeter

image_maria_malibranLa "Maria Malibran" de Werner Schroeter est une divagation des plus siphonnées. C'est un kaléidoscope de visages d'une étourdissante beauté. Une splendide déraison, presqu'éthylique, déclinée jusqu'à plus soif sur une heure quarante de temps. Une ivresse, en tout cas, une griserie sans pareille. Mais qui aiguise les contours, les volumes, les arêtes, les angles plutôt que de les estomper. (suite)

"L'ange noir" de Werner Schroeter

image_schroeterDans "L'ange noir", Werner Schroeter ne nous  invite pas seulement à une approche du Mexique insolite, altérée et profodément remaniée, il nous plonge dans un chaudron bouillant de sensations catapultées, de visions électrocutées autant qu'écartelées. Le film se déploie sur deux versants entremêlés : une part qui rend compte de l'état délabré d'un Mexique contemporain en proie à une accélération et une corruption galopantes et l'autre front, infiniment plus présent et même aspirant, et qui consiste en une évocation-invocation des dieux anciens et cela à la manière tout à fait hantée de Schroeter. (suite)

"Macbeth" de Werner Schroeter

image_schroeterLe "Macbeth" de Werner Schroeter est une aberration grandiose. C'est la pièce de Shakespeare combinée au livret de Verdi et cela donne lieu à un opéra punk. Un opéra que les personnages interprètent lèvres closes, visage halluciné. (suite)

"Salomé" de Werner Schroeter

image_schroeterLa "Salomé" de Werner Schroeter est une somptuosité ruinée, une plainte vénéneuse et malade, un organisme tentaculaire et cancéreux, attaqué de partout par la toxicité qu'il sécrète en ses propres tréfonds cependant qu'il projette un éclat parfaitement radioactif. Werner Schroeter a adapté l'épisode biblique réécrit par Oscar Wilde et tout devient une histoire de désir frénétique et dédaigné, mué en furieuse pulsion vengeresse. (suite)

"Le dernier voyage de Tanya" de Aleksei Fedorchenko

image_FedorchenkoOn pourrait dire, si l'on ne craignait pas le caractère éculé de l'expression, que c'est un film de glace et de feu. Un film de deuil et d'amour, d'amitié trouble et d'adoration tenue par-delà la mort. C'est la Russie et ses rigueurs climatiques, l'austérité et l'endurance de ses âmes rompues aux conditions extrêmes.Deux hommes accompagnent une femme vers sa dernière demeure. La métaphore est déroulée de la manière la plus concrète qui soit : elle prend la forme d'un voyage que les deux hommes accomplissent pour brûler, dans la région de la Volga, le corps de la défunte. (suite)

"Out of sight"  Ellen Kooi - Institut néerlandais

image_kooiEllen Kooi nous entraîne sur une pente glissante, au sein d'un univers dangereusement féerique où les envoûtements pourraient bien s'apparenter à des malédictions. On est happé autant qu'hypnotisé par ces photos dont la teneur ne se laisse en aucun cas épuiser à la première vision. L'espace est dévoré par des paysages aussi sublimes que perturbés et pertubants. (suite)

"Shit year" de Cam Archer

Shit_year1pC'est un film à la renverse. A l'envers des codes en vigueur et de tout l'attendu. Le portrait d'une actrice tendance pulpeuse et sulfureuse, blonde façon Marilyn mâtinée de Béarice Dalle mais bien plus sophistiquée. Un portrait qui tient de l'anti-portrait. Colleen West, c'est le nom de cette actrice, héroïne et motif central, a résolu de se retirer du champ du regard public et élu, pour cette retraite, une maison un peu branlante, propriété familiale coupée du monde, sise quelque part dans les collines de Hollywood. (suite)

"Freedom" de Sharunas Bartas

freedom1pC'est un film seul. Un film de solitaires, de hautes solitudes mais surtout un film seul. D'une radicalité folle, d'une sauvagerie entière, d'une beauté de foudre, à peine soutenable.Un film sans latitude et de latitudes infinies. Un long poème presque sans mots. Un film où les visages et les paysages dévorent le temps et tiennent lieu de tout. Où les corps sont muets, murés, pétrifiés et pourtant extraordinairement  mobiles et d'une sensualité qui serre la gorge.  (suite)

"Protectors" de Sabine Pigalle (Gallerie Bailly Contemporain)

Sabine Pigalle porte un nom crapuleux et elle se préoccupe de sainteté. Mais les saints qu'elle met en scène sont grimés, poudrés, presque talqués dirait-on et ils sont nus. Savamment dénudés car tout, dans leur nudité, est étudié. Les corps photographiés semblent figés dans l'éternité, rapatriés depuis un autre espace-temps. Très droits, tout en élancement, d'une verticalité jamais prise en défaut, ils se tiennent là, dans une splendeur et une gloire qu'on dirait immémoriales. (suite)

"Adieu Falkenberg" de Jesper Ganslandt

image_falkenbergVoici un film tout en langueurs, longueurs et en apesanteur. Un film qui étreint le coeur, d'une infinie mélancolie et qui pourtant tient, de bout en bout, le pari du ravissement. On est ravi, rapté et le film défie les lois de la pesanteur dans toutes les acceptions du terme. La voix off qui sinue entre les images, les cercle et les scande, annonce tout de suite la couleur : le film contrevient à l'injonction selon laquelle il  faudrait toujours "aller de l'avant" et il est, quant à lui, résolument tourné vers le passé. (suite)

"Salamandra" de Pablo Agũero

image_salamandraC'est un film rêche et revêche. Une folie duelle zébrée d'éclairs noirs, semée d'enchantements abrupts. C'est un film à hauteur d'enfant, à hauteur d'enfance avec tout ce que l'enfance recèle de beautés exténuantes et coupantes cruautés. La première scène saisit, déroute et donne le ton de ce récit bancal et éclaté, composé d'éclats nus, discontinus, de sensations bouillantes et glaciaires (suite)

"Helen : autopsie d'une disparition" de Joe Lawlor et Christine Molloy

image_helenC'est un film de brumes et de voiles qui peu à peu se défont et tombent. Une identification en forme de dépossession et de possession, une spoliation douce. C'est comme souvent, une quête en forme d'enquête, une enquête qui tourne à la quête identitaire. Helen est une adolescente d'aspect plutôt quelconque, qui est élue pour sa ressemblance présumée avec Joy, une lycéenne disparue dans des circonstances non élucidées. (suite)

"Les dissonances de l'adolescence" Immix galerie - Espace Jemma

C'est une exposition toute en force et en finesse, à l'image du thème traité : l'adolescence. Certains des artistes qui exposent ne sont guère plus âgés que leurs modèles, ils sont encore, tout ou partie, immergés dans cet âge de turbulences et cela se ressent dans leur approche, dans leurs images. Mais même quand le temps a imposé une distance, on perçoit partout, dans les clichés collectés et soumis à notre appréciation, un intérêt passionné, une vibrante empathie. (suite)

"Amer" d'Hélène Cattet et Bruno Forzani

image_amerC'est un film de genre qui emploie les codes requis pour mieux les pulvériser. Il nous embarque sur des chemins de traverses et des voies rapides qui bousculent les clichés. Fantaisie érotico-horrifique qui emprunte à une tradition italienne, le film déploie, pour traiter les poncifs du rituel initiatique et de l'éveil de la chair, des trésors d'inventivité. Le ton est incisif, les saillies et les clins d'oeil abondent. Jouant des ralentis et des brusques accélérations, des images étirées et des images syncopées, surfant au travers d'une esthétique chic et choc revisitée par l'auto-dérision, les deux auteurs nous proposent une drôle de balade au fil de trois âges successifs de leur héroïne.  (suite)

"White Lightnin'" de Dominic Murphy

image_whiteCe film est fou. C'est un film de folie en même temps qu'un film sur la folie. Selon Michel Foucault, "Par le jeu du miroir comme par le silence, la folie est appelée sans répit à se juger elle-même. Mais en outre, elle est à chaque instant jugée de l'extérieur; jugée non par une conscience morale ou scientifique, mais par une sorte de tribunal invisible qui siège en permanence" et ce film en est l'éclatante démonstration. (suite)

"Louise Bourgeois : l'araignée, la maîtresse, la mandarineé" d'Amei Wallach et Marion Cajori

louise_bourgeoisLouise Bourgeois est une guerrière, une croisée. Elle l'affirme, le martèle d'emblée dans le remarquable documentaire que lui ont consacré Amei Wallach et Marion Cajori. Frappante est l'autorité naturelle qui se dégage de ce petit bout de femme. Elle déclare : "Pour être sculpteur, il faut être agressif." et aussi (en substance) : "Quand on n'arrive pas à se débarrasser du passé, on le sculpte". Le documentaire retrace classiquement le parcours de l'artiste mais il offre aussi une large part à sa parole tranchante, cinglante, sans concession, presque comminatoire par moments mais aussi à fleur de peau et d'émotion. (suite)

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