C'est
un texte séparé et qui, de toutes les manières possibles et par tous
les moyens stylistiques dont il dispose, profère cette séparation.
C'est
une voix des tréfonds, la voix d'un revenu de tout, d'un méconnu de
tous, d'un pourfendu, un déclassé, un oublié de la vie, un mal-vivant,
un laissé pour-compte, un collectionneur du mécomptes, un laissé tout
court, un absolu délaissé. C'est un autre. Un radicalement autre. Un
étranger à tout, même à son propre corps. (suite)
C'est
un livre de failles et de fractures. Un livre irrigué par une sourde
violence. C'est une langue qui
semble tissée de douceurs et de lenteurs. Mais c'est trompeur : c'est
une écriture à bout portant,
qui troue le corps et dont la force d'impact et la vitesse d'exécution
agissent à retardement. La lame se plante dans l'embrumement d'un
distillat trouble, d'une fausse anesthésie. Le nu saille et la part
dévolue à ce qui se dérobe est infinie. (suite)
C'est un
texte qui fuse, taille, entaille, cisaille, crisse,
siffle, perce, vrombit, vire, troue, tire à hue et à dia. Un
texte dans lequel l'écriture est à elle-même son propre objet, sa
propre nourriture et qui, tel un cyclotron, attire et broie toute forme
de vie au coeur de sa machinerie infernale. C'est le combat,
toujours perdu, toujours réengagé, de l'écriture contre elle-même.
Il est question de la mère, bien
sûr, centenaire, et devenue l'enfant inversée de son enfant. Il est
question de la famille et de ses méfaits, des prédations et
prévarications qu'elle opère sur le corps de l'écrivain, sur le corps
même de l'écriture. (suite)
C'est
un livre de terre et de cendres. Terre brûlée, terre brûlante incrustée
loin de dans le corps. Cendres fumantes tombées du haut d'un feu
galvanique. C'est une histoire éternelle d'amour et de mort. D'honneur,
de
raison sociale et de passion aussi irréductible qu'inextinguible. C'est
un homme, captif de son image, de sa résonance mondaine et des
mensonges communautaires qui se cogne à l'absolue singularité d'une
femme. Ce sont deux folies divergentes qui se percutent et un moment se
conjoignent pour ensuite se combattre jusqu'à la mort. (suite)
C'est
un texte tout en apesanteur, un texte aérien aux ailes diaprées dont
nous enchantent les vibrations fines et les nuances scintillantes et
ocellées. C'est, sous la forme d'un vagabondage rêveur d'une infinie
légèreté, une profession de foi et de ferveur. Matthieu de
Boisséson est l'orpailleur de sa propre vie. Il baguenaude au fil des
jours et il en extrait de précieuses et perçantes pépites. (suite)
C'est
un texte ciselé très au-dessus du niveau de la mer, dans la tessiture
d'une voix haut tenue, dans la matière même des songes ou presque.
C'est
une quête menée au nom de l'amour mais qui prend tout de suite des
allures de composition poétique et abstraite, d'élaboration raffinée et
diffractée. C'est
donc le roman de Thomas Lilienstein tel qu'il est rêvé, et presque
halluciné, par Mikel, la jeune femme qui l'aime et le cherche et le
traque partout y compris quand il se trouve à ses côtés. (suite)
C'est, par salves
successives, le portrait d'une femme
singulière et sensationnelle. Cette
femme porte, de façon très préméditée, très délibérée, le prénom chargé
de Norma-Jean. Elle enseigne, avec une coupante ferveur, la
philosophie à des étudiants magnétisés, enamourés voire pâmés. C'est
une prof avec des allures et une aura fracassantes d'héroïne frappée
par le sort, élue pour figurer dans la légende. Elle apparaît
donc comme source et réservoir de fantasmes mais il y a quelque chose
en elle de flou, de mal fini qui empêche que la cristallisation ait
lieu. (suite)
C'est
un texte qui fulgure lentement. Un alliage insolite entre trépidation
et ressassement. Entre percées fracassantes et délitement. Entre
brusques accélérations, sorties de route inopinées et enfoncements dans
les tourbes et les eaux les plus troubles. C'est une histoire qui
déroute tout du long, à chaque angle, à chaque
carrefour, mais c'est surtout une langue sans équivalent qui restitue,
avec une précision métronomique, le tracé sinueux d'une quête à la
fois heurté et comateuse. (suite)
C'est
une somme romanesque éblouissante, une oeuvre grandiose et étonnamment
méconnue voire ignorée. Quatre récits qui, d'une manière et dans une
langue virtuoses, se répondent, se percutent, se font écho, se
corrigent et se complètent. On se trouve clairement face au
fantasme qui agit tout écrivain : celui de l'oeuvre totale. Sauf qu'ici
le rêve et son accomplissement coïncident presque. C'est une rhapsodie,
une fugue et de pleines pages de plain-chant. Une cathédrale
proustienne sur un mode baroque. (suite)
Domique
Conil raconte une histoire crachée, expulsée dans une salve de
rage, condensée dans le nom monosyllabique qu'elle attribue à son
héroïque
: Ka. Ka grandit au sein d'une famille qui érige en règle une magie
aux effets pernicieux, délétères et même dévastateurs.C'est un livre
qui
tout entier s'articule autour du pouvoir des mots, pouvoir perçant,
pulvérisant ou salvateur. (suite)
On
pourrait croire qu'on se trouve face à une énième version de
l'archirebattu triangle amoureux (le mari, la femme, l'amante) et c'est
le cas, en vérité, mais Mario Soldati (l'auteur des magnifiques et
mémorables "Lettres de Capri") réussit le tour de force de déjouer
l'attendu, de ne jamais puiser dans ce réservoir à clichés ni glisser
sur la pente du vaudeville. Et comment s'y prend-il pour ce faire
? Il nous présente son héros en état de surprise et même de sidération
continue si bien que nous sommes conduits, nous aussi, à envisager la
situation sous un angle singulier et inédit.(suite)
C'est
un film sur l'enfance nue, livrée à la plus extrême sauvagerie,
déchiquetée à même la sauvagerie de la vie et qui se recompose dans les
dunes et la sauvagerie d'une nature pourtant on ne peut plus âpre et
inhospitalière. On est dans l'Argentine des années 70 et dans un
face à face sans merci entre une mère et sa fille. Au coeur du film, il
y a Cécilia, fillette de 7-8 ans qui vit, seule avec sa mère, dans une
grande bâtisse sise dans des confins qui ont des allures de bout du
monde. Alentours il y a l'océan qui bat, furieux, et la plage, désolée,
et puis rien ou presque. (suite)
Avec
Marc Desgrandchamps, on croit d'abord pénétrer dans le champ du connu
et même du rebattu : le monde estival des baigneuses livrées aux
langueurs et délices des vacances. Cependant, très vite, un
je-ne-sais-quoi nous alerte qui
altère cette impression initiale de complète
familiarité. Il y a autre chose, qui est de l'ordre
de "l'inquiétante étrangeté", qui infuse dans les toiles et distillle
peu à peu un indéfinissable malaise et une sourde angoisse. (suite)
Quand
on entre dans les "Cartnets" de Marina Tsvetaeva, tout autre journal
intime, et quelle que soit sa qualité, est instantanément frappé de
discrédit et même tombe en poussière. Car ces pages ne sont pas des
pages, ces écrits ne sont pas des écrits. C'est
une expérience physique qui frappe au plexus et transperce au plus
profond et laisse étourdi, le coeur gonflé, rempli et vacillant,
dansant sous les étoiles. Ce qui ressort de ces carnets, c'est que
Marina est un monstre au sens mythologique du terme. (suite)
C'est
un film nu et dru. Un film en noir et blanc bien que tourné en
couleurs. En noir et blanc parce que sans une once de superflu, de
palabres, de fioritures. Tout d'austérité et d'aspérités. Un film tout
en nerfs et en lancinance, en lancinante mélancolie. On est en
1972, à Mururoa, alors que la France lance là-bas ses premiers essais
nucléaires. L'expérience est vue au travers du regard, pas encore
dessillé, de trois jeunes gens en proie aux dernières convulsions de
l'adolescence. (suite)
C'est
un film tout de ténuité, de transes vaporeuses et de grâce. Un film qui
se tient en équilibre instable sur la pointe des pieds, à l'image de
l'héroïne adolescente qui s'étire démesurément pour atteindre le ciel
changeant de ses désirs. C'est un film en fleur comme Iris
(Lola Creton, saisissante) la jeune fille qui éclôt délicatement sous
nos yeux. Mais c'est une éclosion heurtée qui s'accomplit au fil des
visages farouches et du corps buté qu'Iris offre et oppose, tout du
long, à la caméra. Et il y aura aussi des rages crachées et
d'insurmontables et dédaigneux dégoûts. (suite)
C'est
un film de songes et de nuées mais aussi de chair et de chocs. Un film
qui nous hale en douceur et sur le mode de l'enchantement sur la sente
épineuse des apprentissages éternels. Tout est baigné de bleu
dans une Afrique intemporelle. Deux petits enfants, frère et soeur aux
allures d'elfes charmeurs et facétieux, sont, avec une tendre rudesse,
baignés par leur mère au matin d'une journée qui s'annonce torride. (suite)
C'est
un entrelacs de voix cassées, éraillées, parfois caracoleuses et
bondissantes mais toujours fragiles, toujours prélevées sur le
tranchant du péril. C'est
un texte d'une beauté amère et désolée. C'est un sang véhément, violent
même, qui irrigue ces voix mais la vie qui bat dans ces corps est une
vie captive, une vie sans exutoire. C'est
un texte qui met en scène et en voix les enfants de l'Algérie
contemporaine et ces enfants-là sont gravement désaxés.(suite)
C'est
un livre de cabrioles, de voltes, de saltos et de salves furieusement
inventives. Un texte aux allures de cavalcade et de valse légère. Avec
des phrases frondeuses qui claquent et rendent un son absolument
inédit. C'est une histoire éternelle contée dans une langue singulière
et, surtout, sur un mode radicalement neuf. On
se trouve en Australie, en 1944. Celle qui parle, c'est Gin, une femme
qui est tout entière une étrangeté et dont la voix alerte et saisit en
ce qu'elle se fait le relais d'un regard qui est d'une rare acuité et
d'une singularité totale. (suite)
Ceci
n'est pas un livre, c'est une bombe, une déflagration continue. Et ce
n'est pas un journal intime, c'est un manifeste, un traité
révolutionnaire. C'est un foudroiement sans pareil, une claque
magistrale. Voici une jeune femme néerlandaise de 27 ans qui
évolue dans le tumulte de la seconde guerre mondiale. Elle se nomme
Etty Hillesum, elle est juive mais surtout dotée d'un prodigieux
appétit de vivre et d'une appétence spirituelle pareillement dévorante,
proportionelle aux désirs charnels qui la tenaillent. (suite)
Maïca
Sanconie est une orfèvre. De la langue et des sensations. Et, chose
plus rare, des lignes mélodiques qu'elle parvient merveilleusement à
transcrire en mots. C'est
un singulier récit de formation qui
dit la mue d'abord subie puis consentie d'un homme vibrant qui se
réapproprie sa vie. Il
faut savourer chaque page de ce texte car chaque page est une miniature
parfaite, une oeuvre d'art à part entière, un chef-d'oeuvre d'émotion
contenue, de beauté infiniment subtile et ciselée. (suite)
C'est
un texte de trouble, de tremblements et de voix alternées. C'est la
chair empêchée dont les poussées véhémentes, bien que muselées,
éclosent de singulière Ensorfaçon. C'est l'histoire d'une double
fascination, d'un corps plein qui est aussi un corps en creux, qui
cristallise attentes, émois, fantasmes et qui, malgré lui, s'agrège et
s'accapare deux vies. C'est la sombre mélopée, la douloureuse
lancinance du désir
qui descend loin dans les mots et dans la chair. (suite)
Marie
Chartres n'écrit pas, comme beaucoup le font, à partir de l'écorchure
et une fois amorcé le processus de cicatrisation. Elle écrit de
l'intérieur, depuis le centre du cratère et à l'intérieur d'une
écorchure sans bords. C'est un livre de sang et de chair, ce sont des
livres de chair arrachée, des arpents de peau dépecée, c'est l'enfance
qui remonte à la gorge et une écriture au couteau, une qui fore
jusqu'au fin fond des tripes et n'épargne rien. (suite)
C'est
un texte dans lequel on entend respirer et battre les silences. Un
texte qui explore les ressorts et les ressources de la mutité. C'est
un bref texte comme craché mais aussi enlevé et ciselé qui ravive, au
creux d'un petit port breton, d'éternelles figures cependant saisies
dans toute leur subtile singularité. Au premier rang desquelles le
Capitaine, massif et charismatique personnage, qui détient la haute
main sur la parole propagée. (suite)
EnsorC'est
une transe circulaire et déambulatoire qui agit comme un puissant
hypnotique. Un hypnotique qui, dans le même temps qu'il soumet et
jugule, survolte. Le narrateur rapporte les monologues, les
soliloques hantés de son ami Jack Toledano lequel, au fil de leurs
pérégrinations à travers Londres, développe considérations et
réflexions qui s'entrechoquent, se catapultent, fermentent, se
ramifient et se déversent dans une prose torrentielle. (suite)
C'est
un livre double à un seul tranchant. Un seul tranchant dédoublé. La
piété filiale vue, visée et découpée sous un angle très singulier. Un
regard qui cadre, coupe et dissèque, un regard chirurgical qui
accomplit cependant le tour de force de n'être (pour une part, du
moins) pas dénué de compassion ni d'amour. Quelques
années après la mort de son père, l'auteur, Christoph Meckel, met la
main sur le journal intime dudit père et les mots qu'il découvre alors
manquent de l'anéantir tant ils exigent de lui un remaniement total,
une refonte intégrale de l'image paternelle. (suite)
C'est un film noir et
flambant. Un film noir et blanc irradié de l'intérieur. La
scène inaugurale est aquatique et d'une splendeur sidérante qui voit
une femme d'une beauté racée et d'une sophistication anachronique (il
s'agit d'Elvire, l'inoxydable égérie de F. J. Ossang) conduire sur une
eau écumante et comme si elle était tractée par une charte d'anges, un
hors-bord au bout duquel glisse, sur des skis nautiques, un jeune homme
parfaitement médusé. (suite)
C'est
un texte de fièvre et de foudre. Un texte d'une force galvanique et
d'une si tremblante fragilité qu'on craint à tout moment que ne se
brise la voix qui s'élève. C'est un texte d'ardeur, de résistance et
d'amour. Un combat
qui se mue en consentement. C'est
une histoire de difficile filiation. Car il est difficile d'être la
fille de l'amour même. L'auteur, Paule du Bouchet, est la fille du
poète
André du Bouchet et de Tina Jolas qui fut, des années durant, l'amante
secrète de René Char. (suite)
Nicolas
Bouyssi opère comme une mécanique de précision, implacablement, et sans
anesthésie. Il n'y a pas d'enrobage ni d'accommodement progressif.
C'est ex abrupto et le dépeçage débute instantanément au fil d'une
écriture métronomique, millimétrique, obsédante et qui ne concède rien.
Nicolas
Bouyssi ne parle que de l'organique, du plus extrême tripal mais cette
matière bouillante, bouillonnante et hautement inflammable, il la
traite et la découpe au scalpel, la neutralise chirurgicalement si bien
qu'elle ressort de l'opération verbale presque criogénisée. (suite)
C'est
l'histoire de l'identification d'une femme dans le corps d'un homme. On
assiste - et c'est saisissant - à toutes les étapes de l'éclosion, on
est l'invité presque indu, témoin stupéfié des phases de la chrysalide.
Mais ce sculpteur de lui-même, ne se contente pas (si tant est qu'il
s'agisse d'une action limitée) de façonner sa propre enveloppe afin
qu'elle figure au plus juste l'âme qu'elle recèle, il étend ses
tentatives sur le monde, y applique ses talents transformistes dans le
but de le réenchanter - et il y a parvient. Pyuupiru donc, est le sujet
et l'objet du film. (suite)
La
"Maria Malibran" de Werner Schroeter est une divagation des plus
siphonnées. C'est un kaléidoscope de visages d'une étourdissante
beauté. Une splendide déraison, presqu'éthylique, déclinée jusqu'à plus
soif sur une heure quarante de temps. Une ivresse, en tout cas, une
griserie sans pareille. Mais qui aiguise les contours, les volumes, les
arêtes, les angles plutôt que de les estomper. (suite)
Dans
"L'ange noir", Werner Schroeter ne nous invite pas seulement
à
une approche du Mexique insolite, altérée et profodément remaniée, il
nous plonge dans un chaudron bouillant de sensations catapultées, de
visions électrocutées autant qu'écartelées. Le
film se déploie sur deux versants entremêlés : une part qui rend compte
de l'état délabré d'un Mexique contemporain en proie à une accélération
et une corruption galopantes et l'autre front, infiniment plus présent
et même aspirant, et qui consiste en une évocation-invocation des dieux
anciens et cela à la manière tout à fait hantée de Schroeter. (suite)
Le
"Macbeth" de Werner Schroeter est une aberration grandiose. C'est la
pièce de Shakespeare combinée au livret de Verdi et cela donne lieu à
un opéra punk. Un opéra que les personnages interprètent lèvres closes,
visage halluciné. (suite)
La
"Salomé" de Werner Schroeter est une somptuosité ruinée, une plainte
vénéneuse et malade, un organisme tentaculaire et cancéreux, attaqué de
partout par la toxicité qu'il sécrète en ses propres tréfonds cependant
qu'il projette un éclat parfaitement radioactif. Werner Schroeter
a adapté l'épisode biblique réécrit par Oscar Wilde et tout devient une
histoire de désir frénétique et dédaigné, mué en furieuse pulsion
vengeresse. (suite)
On pourrait dire, si
l'on ne craignait pas le caractère éculé de l'expression, que c'est un
film de glace et de feu. Un film de deuil et d'amour, d'amitié trouble
et d'adoration
tenue par-delà la mort. C'est la Russie et ses rigueurs climatiques,
l'austérité et
l'endurance de ses âmes rompues aux conditions extrêmes.Deux
hommes accompagnent une femme vers sa dernière demeure. La métaphore
est déroulée de la manière la plus concrète qui soit : elle prend la
forme d'un voyage que les deux hommes accomplissent pour brûler, dans
la région de la Volga, le corps de la défunte. (suite)
Ellen
Kooi nous entraîne sur une pente glissante, au sein d'un univers
dangereusement féerique où les envoûtements pourraient bien
s'apparenter à des malédictions. On est happé autant
qu'hypnotisé
par ces photos dont la teneur ne se laisse en aucun cas épuiser à la
première vision. L'espace est dévoré par des paysages aussi sublimes
que perturbés et pertubants. (suite)
C'est
un film à la renverse. A l'envers des codes en vigueur et de tout
l'attendu. Le portrait d'une actrice tendance pulpeuse et sulfureuse,
blonde façon Marilyn mâtinée de Béarice Dalle mais bien plus
sophistiquée. Un portrait qui tient de l'anti-portrait. Colleen
West, c'est le nom de cette actrice, héroïne et motif central, a résolu
de se retirer du champ du regard public et élu, pour cette retraite,
une maison un peu branlante, propriété familiale coupée du monde, sise
quelque part dans les collines de Hollywood. (suite)
C'est
un film seul. Un film de solitaires, de hautes solitudes mais surtout
un film seul. D'une radicalité folle, d'une sauvagerie entière, d'une
beauté de foudre, à peine soutenable.Un film sans latitude et de
latitudes infinies. Un long poème presque sans mots. Un film où les
visages et les paysages dévorent le temps et tiennent lieu de tout. Où
les corps sont muets, murés, pétrifiés et pourtant extraordinairement
mobiles et d'une sensualité qui serre la gorge. (suite)
Sabine Pigalle porte un nom crapuleux et elle se préoccupe de sainteté. Mais les saints qu'elle met en scène sont grimés, poudrés, presque talqués dirait-on et ils sont nus. Savamment dénudés car tout, dans leur nudité, est étudié. Les corps photographiés semblent figés dans l'éternité, rapatriés depuis un autre espace-temps. Très droits, tout en élancement, d'une verticalité jamais prise en défaut, ils se tiennent là, dans une splendeur et une gloire qu'on dirait immémoriales. (suite)
Voici
un film tout en langueurs, longueurs et en apesanteur. Un film qui
étreint le coeur, d'une infinie mélancolie et qui pourtant tient, de
bout en bout, le pari du ravissement. On est ravi, rapté et le film
défie les lois de la pesanteur dans toutes les acceptions du terme. La
voix off qui sinue entre les images, les cercle et les scande, annonce
tout de suite la couleur : le film contrevient à l'injonction selon
laquelle il faudrait toujours "aller de l'avant" et il est,
quant
à lui, résolument tourné vers le passé. (suite)
C'est
un film rêche et revêche. Une folie duelle zébrée d'éclairs
noirs,
semée d'enchantements abrupts. C'est un film à hauteur d'enfant, à
hauteur d'enfance avec tout ce que l'enfance recèle de beautés
exténuantes et coupantes cruautés. La première scène saisit,
déroute et donne le ton de ce récit bancal et éclaté, composé d'éclats
nus, discontinus, de sensations bouillantes et glaciaires (suite)
C'est
un film de brumes et de voiles qui peu à peu se défont et tombent. Une
identification en forme de dépossession et de possession, une
spoliation douce. C'est
comme souvent, une quête en forme d'enquête, une enquête qui tourne à
la quête identitaire. Helen est une adolescente d'aspect plutôt
quelconque, qui est élue pour sa ressemblance présumée avec Joy, une
lycéenne disparue dans des circonstances non élucidées. (suite)
C'est une exposition toute en force et en finesse, à l'image du thème traité : l'adolescence. Certains des artistes qui exposent ne sont guère plus âgés que leurs modèles, ils sont encore, tout ou partie, immergés dans cet âge de turbulences et cela se ressent dans leur approche, dans leurs images. Mais même quand le temps a imposé une distance, on perçoit partout, dans les clichés collectés et soumis à notre appréciation, un intérêt passionné, une vibrante empathie. (suite)
C'est
un film de genre qui emploie les codes requis pour mieux les
pulvériser. Il nous embarque sur des chemins de traverses et des voies
rapides qui bousculent les clichés. Fantaisie érotico-horrifique qui
emprunte à une tradition italienne, le film déploie, pour traiter les
poncifs du rituel initiatique et de l'éveil de la chair, des trésors
d'inventivité. Le
ton est incisif, les saillies et les clins d'oeil abondent. Jouant des
ralentis et des brusques accélérations, des images étirées et des
images syncopées, surfant au travers d'une esthétique chic et choc
revisitée par l'auto-dérision, les deux auteurs nous proposent une
drôle de balade au fil de trois âges successifs de leur
héroïne. (suite)
Ce
film est fou. C'est un film de folie en même temps qu'un film sur la
folie. Selon Michel Foucault,
"Par le jeu du miroir comme par le
silence, la folie est appelée sans répit à se juger elle-même. Mais en
outre, elle est à chaque instant jugée de l'extérieur; jugée non par
une conscience morale ou scientifique, mais par
une sorte de tribunal invisible qui siège en permanence" et ce film en
est l'éclatante démonstration. (suite)
Louise
Bourgeois est une guerrière, une croisée. Elle l'affirme, le martèle
d'emblée dans le remarquable documentaire que lui ont consacré Amei
Wallach et Marion Cajori. Frappante est l'autorité naturelle qui se
dégage de ce petit bout de femme. Elle déclare : "Pour être sculpteur,
il faut
être agressif." et aussi (en substance) : "Quand on n'arrive pas à se
débarrasser du passé, on le sculpte". Le documentaire retrace
classiquement le parcours de l'artiste mais il offre aussi une large
part à sa parole tranchante, cinglante, sans concession, presque
comminatoire par moments mais aussi à fleur de peau et d'émotion. (suite)