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Toutes les critiques livres de Livres-Addict.fr

"L'envers des autres" de Kaouther Adimi (Actes Sud)

image_enfer_kaouther_adimiC'est un entrelacs de voix cassées, éraillées, parfois caracoleuses et bondissantes mais toujours fragiles, toujours prélevées sur le tranchant du péril. C'est un texte d'une beauté amère et désolée. C'est un sang véhément, violent même, qui irrigue ces voix mais la vie qui bat dans ces corps est une vie captive, une vie sans exutoire. C'est un texte qui met en scène et en voix les enfants de l'Algérie contemporaine et ces enfants-là sont gravement désaxés.(suite)

"Corps volatils" de Jakuta Alikavazovic (L'Olivier)

image volatilsC'est un livre en apesanteur, peut-être même un livre sur l'apesanteur. Les personnages tiennent à peine au sol, ils semblent toujours en passe de s'évaporer et ce n'est donc pas un hasard si le narrateur, Colin, tire sa subsistance du trafic de narcotiques qu'il effectue pour le compte de Quentin, son colocataire, ami et accessoirement médecin véreux. Colin, donc, fournit en produits illicites des femmes vaporeuses, des élégantes poreuses...(suite)

"Petit éloge des petites filles" d'Eva Almassy (Folio Gallimard)

image_almassyEva Almassy parle des petites filles comme personne. Elles apparaissent, ciselées sous sa plume, plus vraies que nature. Les fictives et les réelles.Car être une petite fille, c'est toute une affaire et ensuite, c'est l'affaire d'une vie que de chercher à restituer, à ressusciter cet état au plus juste, que de restaurer le lien avec ce monde enfui (enfoui ?), tout de périlleux enchantements. (suite)

"Anna la nuit" de José Alvarez (Grasset)

image_alvarezC'est un récit colchique. Un texte fleur-vénéneuse qui prend racine en vous et diffuse loin dans le corps ses pousses et son magnétisme funestes. Il y a un parfum à la Huysmans, des raffinements corrompus, une jouissance perverse à étreindre la noirceur, un vif plaisir à se gorger de délices décadentes. Mais c'est aussi et d'abord un hymne éperdu à la femme aimée et perdue. Cantate et thrène. Cadence incantatoire et Cantique des cantiques ébouillanté, versé vif dans le chaudron des ténèbres. (suite)

"Liquide" de Philippe Annocque (Quidam)

image_liquideVoici un texte d'une frappante et flagrante originalité. Un texte qui emprunte, pour évoquer les sujets éternels (l'amour, l'origine, l'identité, la mort), des voies inusitées. Un texte  qui avance par capillarité thématique et compose, peu à peu, par versement de mots, cousinage, alliage et contagion de sens, une étrange et envoûtante mosaïque. (suite)

"Le Moi-peau" de Didier Anzieu (Dunod)

image_anzieu_le_moi_peauIl faut lire "Le Moi-peau". C'est bien plus qu'un livre de théorie psychanalytique, c'est un tissage de mots qui crée du trouble et du sens, du lien et du liant, qui avive et qui panse. Le postulat (génial et génialement étayé) de Didier Anzieu est que la peau n'est pas cette enveloppe neutre et purement fonctionnelle à quoi nous tendons à la réduire mais qu'elle est une entité psychique à part entière et que c'est à partir des informations qu'elle enregistre dans la prime enfance que se constitue la personnalité. (suite)

"A ciel ouvert" de Nelly Arcan (Seuil)

image ciel ouvertC'est une histoire d'aujourd'hui. Une fable qui est aussi une radioscopie. Aliénation scalpellisée. Nelly Arcan s'était livrée en pâture dans ses deux premiers textes ("Putain" et "Folle") auscultant tour à tour la condition de prostituée et la dureté voire l'impossibilité des rapports amoureux. Elle délaisse ici le matériau purement autobiographique pour le récit romanesque mais elle n'en poursuit pas moins son exploration des états-limite dans lesquels la société contemporaine précipite les femmes mais aussi les hommes. (suite)

"Le nageur" de Zsuzsa Bank (Christian Bourgois)

image_nageurC'est une voix pâle et presque atone, une voix d'eau étale qui traverse ce livre étrange et délicat. C'est la voix de Kata, une enfant qui raconte la Hongrie de 1956, le départ brutal de sa mère pour l'Ouest et le désemparement qui s'empare des autres membres de la famille : le père, abîmé dans le silence et dans ses rêveries hautement nicotiniques, Isti, le petit frère singulier  qui entend des choses "qui ne produisent pas de son" et elle-même, fidèle vigile, observatrice et accompagnatrice des deux autres. (suite)

"Versions de Teresa" d'Andrés Barba (Christian Bourgeois)

image_teresaC'est un texte de trouble, de tremblements et de voix alternées. C'est la chair empêchée dont les poussées véhémentes, bien que muselées, éclosent de singulière Ensorfaçon. C'est l'histoire d'une double fascination, d'un corps plein qui est aussi un corps en creux, qui cristallise attentes, émois, fantasmes et qui, malgré lui, s'agrège et s'accapare deux vies. C'est la sombre mélopée, la douloureuse lancinance du désir qui descend loin dans les mots et dans la chair. (suite)

"Mr" d'Emma Becker (Denoël)

image_BeckerEmma Becker est une casse-cou revendiquée et même auto-proclamée. Une frondeuse et une fonceuse, une cascadeuse immodérée. Une qui n'hésite pas à défoncer et milite en faveur de la vie éventrée. Une acrobate et une forcenée. De la vie et de l'écriture. Une intempérante dévoreuse d'hommes. De sexe. D'amours libertines et débridées. A vingt ans à peine, cette singulière jeune fille affiche un parcours existentiel impressionnant agrémenté de quelques intéressantes fêlures à l'âme qui le rehaussent.(suite)

"Les neiges bleues" de Piotr Bednarski (Autrement)

image_bednarskiCe petit livre est un viatique, un livre thaumaturge qui prodigue soins et réconfort. Un recel de mots qui pansent et qui exaltent. Et ces bienfaits sont prodigués par Petia un jeune enfant qui vit dans des conditions tragiques et fait précocément l'épreuve du mal. Il est parqué, avec sa mère, dans un camp, antichambre du goulag, soumis à la juridiction et à la folie de Staline. Mais il vit aussi soumis à une constante irradiation, celle dispensée par sa mère dont la brauté est telle qu'elle foudroie quiconque passe à proximité d'elle. (suite)

"G." de John Berger (Seuil)

image_berger"G." est l'un de ces livres contondants : de quelque côté que vous le preniez, il résiste, heurte, entaille. Livre inconfortable, il projette le lecteur de-ci de-là, sur les bas-côtés, dans les hauteurs, dans les fondrières et les chemins creux sans jamais lui laisser le loisir de souffler, de trouver un semblant de répit le long d'une route au tracé rectiligne. (suite)

"Ressusciter" de Christian Bobin (Gallimard)

image_ressusciterCe qui advient, quand on ouvre un livre de Christian Bobin, c'est qu'on ferme tous les autres. Et on le fait avec un soulagement infini. On sort enfin de toute démonstration, qu'elle soit virtuose ou pas. On est dans le vif, le nu, le feu qui éclaire et réchauffe. Dès les premiers mots de Bobin, tous les autres livres semblent caducs, tous les autres livres tombent en désuétude et en poussière. On a subitement le sentiment, très rare avec un livre, de rentrer au pays, de revenir chez soi, d'être délivré de l'exil et de l'égarement dans lesquels tous les autres livres nous plongent. (suite)

"Comme un veilleur attend l'aurore" de Caroline Boidé (Ed. Léo Scheer)

livre_boideLe titre est extrait d'un psaume et le texte est irrigué par ce flux mystique, par ce désir de transcendance. Mais il s'agit d'abord d'un amour fracturé et d'une jeune femme qui va panser dans un monastère israëlien la désertion de l'aimé.Le récit se déploie sur deux fronts : on éprouve en alternance l'immersion dans la vie monastique et la remémoration de la défunte relation amoureuse. (suite)

"Murmures à Beyoglu" de David Boratav (Gallimard)

image_borotavDavid Boratav orchestre avec brio un voyage tant spatial que mémoriel. Il dessine avec ses mots des arabesques ouvragées.Voici un homme qui plonge dans les limbes de son passé, un passé dont il a été spolié. Il tutoie les fantômes de son enfance et s'essaie, en même temps, à apprivoiser les formes neuves du lieu originel. C'est une percée verticale et une exploration longitudinale. (suite)

"Le retour" de Jacques Borel (Gallimard)

Jacques Borel est un passeur et un prestidigitateur. Il opère une passation de pouvoirs. Entre le temps et le verbe, ente les mots et les choses. Son écriture, à la fois sourcière, minière, spéléologue l'entraîne, par effet d'envoûtement et de contagion interne, dans des contrées qu'il n'entendait pas explorer. L'auteur, en réalité, se surprend lui-même, débouté qu'il est, par la force déportatrice de l'écriture, de la mission qu'il s'était assignée. (suite)

"Milo" de David Bosc (Allia)

image_miloDavid Bosc a inventé un genre. Ou il a écrit un récit inclassable. Mais la première hypothèse est plus excitante. On pourrait croire que ce singulier tissage qu'il a réalisé ressortit au récit poétique mais c'est bien plus complexe que cela. Il s'agit d'un texte situé en contrebas et à l'envers du récit normé et amarré. Un exode inversé. Un retour amont sur les lieux rustiques, élémentaires de l'enfance campagnarde. (suite)

"S'autodétruire et les enfants" de Nicolas Bouyssi (P.O.L)

image_bouyssiNicolas Bouyssi opère comme une mécanique de précision, implacablement, et sans anesthésie. Il n'y a pas d'enrobage ni d'accommodement progressif. C'est ex abrupto et le dépeçage débute instantanément au fil d'une écriture métronomique, millimétrique, obsédante et qui ne concède rien. Nicolas Bouyssi ne parle que de l'organique, du plus extrême tripal mais cette matière bouillante, bouillonnante et hautement inflammable, il la traite et la découpe au scalpel, la neutralise chirurgicalement si bien qu'elle ressort de l'opération verbale presque criogénisée. (suite)

"Lithium pour Médée" de Kate Braverman (Quidam éditeur)

image_medee_bravermanC'est une voix. C'est d'abord une voix. Rauque et éraillée. Tuméfiée et fêlée de trop de coups reçus. Et c'est pourtant une voix étrangement vierge et par moments flûtée et perlée d'enfance. Une voix blanchie parce que brûlée jusqu'à l'extrême consomption. Une voix atone aussi, qui égrène sans fin ses litanies. Une voix outremer et d'incessants ressacs. Une voix qui prend tout, qui emporte tout.(suite)

"Lettres à Mita" de Cristina Campo

cristina_campo1pCe n'est pas un livre, c'est une grâce accordée. C'est le fourmillement du sang, la scansion de la vie sur la plus haute portée de l'âme. Une âme très noble, taillée à vif, effilée sur le tranchant de la plus haute exigence. Une voix céleste et cependant aux prises, tout du long, avec les tourments du siècle. Avec, notamment, les limites du corps et celles des êtres. Le feu spirituel est ici tenu dans le gel paradoxal d'une écriture de cristal.  (suite)

"Brûlons tous ces punks pour l'amour des elfes" de Julien Campredon (Monsieur Toussaint Louverture)

image_campredonLes nouvelles de Julien Campredon sont de petites grenades dégoupillées, une poignée de crépitantes pépites, une décoction un peu sorcière, une combinaison de saveurs épicées qui éclatent sur les papilles. Nous voici en compagnie de personnages archétypaux, de figures qui ressortissent souvent de la fable, de la légende ou des poncifs littéraires  mais rien n'advient de ce qu'on pourrait attendre car Julien Campredon déroute les progressions formatées, il pulvérise les clichés et court-circuite les voies balisées. (suite)

"L'hiver des Feltram" de Pierre Cassou-Noguès (éd. MF)

image_feltramPierre Cassou-Noguès est un roué et un vorace. Il ne peut se contenter de simplement écrire. Il faut qu'il nous manipule et nous égare et aussi qu'il se livre à de très sophistiquées démonstrations et expériences. Et tout cela, il le fait avec une évidente délectation et avec un non moins évident brio. Il nous balade dans le bassin d'Arcachon et sur la surface moirée, miroitante d'une mer redoutable. L'intrigue avouée, "visible", parait plus que rectiligne. Mais peu à peu, on découvre des strates, des ramifications, des sédiments enfouis qui lancinent l'esprit et le lancent sur d'innombrables pistes d'interprétation. (suite)

"Cette bête que tu as sur la peau" de Marie Chartres (Les éditions du chemin de fer)

image_marie_chartresMarie Chartres n'écrit pas, comme beaucoup le font, à partir de l'écorchure et une fois amorcé le processus de cicatrisation. Elle écrit de l'intérieur, depuis le centre du cratère et à l'intérieur d'une écorchure sans bords. C'est un livre de sang et de chair, ce sont des livres de chair arrachée, des arpents de peau dépecée, c'est l'enfance qui remonte à la gorge et une écriture au couteau, une qui fore jusqu'au fin fond des tripes et n'épargne rien. (suite)

"La reformation des imbéciles" de Nathalie Constans (éd du Chemin de fer)

image-constansNathalie Constans n'a pas froid aux yeux. Elle n'a pas peur des rapprochements insolites et incongrus, elle orchestre les collusions les plus inouïes, elle fait oeuvre surréaliste au sens plénier et original du terme. Ce sont deux voix des confins qui s'élèvent, d'abord distantes et distinctes puis qui s'entrelacent et se mêlent. Un homme, une femme. Elle, c'est Kimi, elle est la petite-fille du guerrier apache Géronimo, seule survivante d'une lignée décimée par les guerres successives. (suite)

"L'autre" d'Enzo Cormann (théâtre) (Ed. de Minuit)

image autreDeux femmes, un homme. Le même pour les deux femmes. Mais Enzo Cormann fait un usage tout à fait particulier de l'adultère et de la double vie. Particulier, insolent, insolite, libérateur. Le style, très vif, court le long des nombreuses ellipses et des phrases mordantes. Mado et Lila sont deux femmes d'une quarantaine d'années qui se rencontrent après qu'elles ont confondu l'homme de leur vie lequel a mené conjointement, pendant des années, une vie de famille avec l'une et l'autre. (suite)

"Surfaces sensibles" d'Enzo Cormann (Gallimard)

image surfaces sensiblesC'est un texte qui tient, fragile, par les voix. Fil tendu, ténu de voix féminines. Trois femmes, trois générations provisoirement réunies dans la même maison. Trois figures de l'art : une photographe, une chanteuse, une musicienne prodige. Vies cabossées, voix embusquées.En haut, face à la baie vitrée qui offre une vue privilégiée, siège Lori Kemp, photographe qui eut son heure de gloire. En dessous vit, recluse et mutique, sa fille Zoé dont les talents sont musicaux. (suite)

"L'écorcobaliseur" de Bérangère Cournut (Attila)

image_EcorcobaliseurC’est un livre qui tangue, porté par une houle cadencée, tour à tour heurtée et dansante. La typographie même en est affectée, hérissée, irrégulière qui semble mimer le ressac, les flux, les embruns, les éclats écumeux. Nous sommes transportés à La-Mer, lieu improbable, île énigmatique sise au large d’une ville nommée Menfrez. Dans ces contrées reculées, un drame agite la population et cristallise les passions. (suite)

"Ariste" de Claire Cros (Michalon)

image_aristeAttention, livre rare. Pépite, joyau, gisement. Gisement de Pépites.

Ce qui frappe au premier chef, c'est l'objet. L'objet-livre, son ampleur, son volume, son aspect insolite et non-conforme. Mille pages, nullement compressées, nullement honteuses, qui s'imposent, se donnent comme une fière évidence ou comme un défi en ces temps d'anémie, d'indigence et de frilosité littéraire. (suite)

"Exil intermédiaire" de Céline Curiol (Actes Sud)

image_curiolCéline Curiol nous entraîne dans un voyage sonore. A la rencontre de New-York, appréhendée à travers les voix et les rumeurs qui s'y déploient. Deux femmes, une ville. Deux femmes à l'aube du nouveau millénaire, à un tournant de leur vie personnnelle, amoureuse, une ville, New-York. Deux femmes sans connexions apparentes, inconnues l'une de l'autre et que seule rassemble la ville qu'elles investissent le temps d'un week-end, celui du 4 juillet, le temps nécessaire pour s'ausculter et déterminer l'orientation qu'elles vont imprimer à leur existence. (suite)

"La foudre" de Lydie Dattas (Mercure de France)

image_dattas_foudreCe n'est pas un livre, c'est une déflagration et Lydie Dattas n'est pas un écrivain, c'est une prestidigitatrice chamane, une torche vive qui jette son être entier dans le feu de ses mots. Née d'une mère théâtrale, comédienne dans l'âme, et d'un père organiste et essentiellement poète, Lydie Dattas a reçu en héritage le sens de la démesure, de l'irrégularité et du sacré. (suite)

"L'immédiat" de Marie Delos (Seuil)

image_delosC'est un récit en forme de fugue, une évasion réussie, une coupante et mélodieuse éclosion, tout entier irrigué de musique, placé sous le signe et la haute garde de Prokofiev. Il est question d'une jeune bruxelloise qui n'en peut plus des bornes mutilantes de son quotidien, de l'existence rectiligne, préfabriquée, autoroutière qui se profile, dont ses congénères s'accommodent mais qu'elle aspire à fuir. (suite)

"Maria avec et sans rien" de Joan Didion (Robert Laffont)

imzge mariaC'est un roman écrit à la machette doublé d'un récit de givre : émotions et sensations semblent gelées aussitôt que surgies et énoncées. L'héroïne est une jeune femme prénommée Maria et d'elle on apprendra pas grand-chose sinon incidemment et comme par accident. Pas la moindre notation psychologique. Rien que des faits, de courtes séquences syncopées. (suite)

"Emportée" de Paule du Bouchet (Actes Sud)

image_emportee_paule_bouchetC'est un texte de fièvre et de foudre. Un texte d'une force galvanique et d'une si tremblante fragilité qu'on craint à tout moment que ne se brise la voix qui s'élève. C'est un texte d'ardeur, de résistance et d'amour. Un combat qui se mue en consentement. C'est une histoire de difficile filiation. Car il est difficile d'être la fille de l'amour même. L'auteur, Paule du Bouchet, est la fille du poète André du Bouchet et de Tina Jolas qui fut, des années durant, l'amante secrète de René Char. (suite)

"Spéracurel" d'Anna Dubosc (éd. des promenades)

iumage_speracurelAnna Dubosc vit comme le vent : au gré du souffle qu'elle épouse, dans lequel elle se fond et flue quelle que soit la force des impacts adverses. Et elle écrit de même, en pointes, en sautillements, en rebonds et entrechats, elle écrit la course dansée du vent et même la mort avec elle, prend des allures enjouées et peut prêter à sourire. Elle nous livre de sa vie des petites touches incisives, colorées, savoureuses et qu'on déguste avec délectation. (suite)

"Un long silence de carnaval" de Miguel Duplan (Quidam)

image_carnaval1pCe texte est d'abord une langue. Insolente, dissidente, caracolante et percutante. C'est aussi un portrait troué. Une vie d'homme rongée par des vitriols divers, cabossée par des dérapages de moins en moins contrôlés. Jean-Baptiste Simonin, le présumé héros du récit, est un flic errant, un peu comme le juif errant : bien que ancré dans un contexte (Cayenne) et lesté de charges diverses (femme, famille, maîtresse, métier), il n'est pas assignable. (suite)

"Petits pains au chocolat" de Roxane Duru (S. Million éditeur)

Roxane_DuruC'est un texte déroutant. Tout de hérissements, d'entrechoquements contrastés. Un texte heurté avec, par intermittences, des coulées de douceur, des salves de poésie pure. Soit Lou, 18 ans, fraîchement débarqué de sa province ensoleillée qui va, le temps d'une saison, se frotter, au sein d'une estivale prépa Science Po, à d'imbuvables nantis, taillés sur un modèle interchangeable, égaux en morgue et nonchalance étudiée. (suite)

"Blanche et Marie" de Per Olov Enquist (Actes Sud)

image blanche et marie"Blanche et Marie", c'est un coup de projecteur extraordinairement prenant sur deux personnages historiques, l'un illustrissime, l'autre méconnu. Coup de projecteur mais aussi approche très singulière. Marie, c'est rien moins que Marie Curie et Blanche, c'est Blanche Wittman, d'abord cas psychiatrique, patiente du professeur Charcot et appât public, renommée par ses spectaculaires manifestations d'hystérie lesquelles illustraient à merveille les théories du grand professeur. Puis assistante de Marie Curie. (suite)

"26a" de Diana Evans

image_26aC'est un récit qui tire des larmes. Un texte qui s'avance d'abord à pas feutrés, l'air de rien,  tout en fantaisie et pas de côté puis qui s'enfle, s'étoffe, prend son envol pour finr en mode majeur et magistral. C'est une voix trempée aux ors de la magie, rompue aux sortilèges de l'enfance, une voix qui, par touches légères, vous retourne l'âme et va fouiller loin dans les entrailles à vif.  (suite)

"La fille américaine" de Monika Fagerholm (Stock)

image fagerholmNous voici dans une région des confins, dans le Grand Nord qu'irriguent secrets et mystères. On croit être en prise avec ce qui relève de la sorcellerie mais c'est parce qu'on effectue une plongée dans les profondeurs hantées de l'adolescence. Le roman est composé d'une constellation des questions obsédantes, questions de vie ou de mort à ce point récurrentes qu'elles se chargent d'une force incantatoire. C'est un texte d'une facture complexe, sophistiquée même qui mêle habilement les strates temporelles jusqu'à produire un prenant effet de vertige. (suite)

"L'avenir n'est plus ce qu'il était" de Richard Farina (Calmann-Lévy)

image_farinaDès le départ, il y a des signes qui ne trompent pas. On est bien en littérature, dans la vraie, la pure. Car on subit d'emblée une translation, on est déporté hors du cadre, les repères lénifiants sont retirés comme une échelle sous les pieds du grimpeur.

On ne sait pas bien où on se trouve, on identifie peu à peu les attributs d'un milieu étudiant. Ca grouille, on se canarde de mots d'esprit plus ou moins scabreux, on se frotte, se frictionne par joutes verbales interposées. (suite)

"Rideau de verre" de Claire Fercak (Verticales)

image_rideau_de_verreCe livre est d'abord une langue. Eclatée, syncopée, comme sarclée et scarifiée par la douleur qui cherche un idiome adéquat pour se dire. C'est un récit autobiographique revisité par une émule de Chloé Delaume : la parenté saute aux yeux dans l'usage de la langue comme dans la thématique. La figure du père tortionnaire et détraqué est centrale. (suite)

"Un sourire particulier" de Pauline Flepp (Max Milo)

image_fleppElle a dix-sept ans, elle se prénomme Line, elle funambule sa vie en quête d'instants absolus, d'instants qui recèlent le suc plénier de la vie. A une fête, elle rencontre Julien, beau ténébreux désenchanté, elle le met au défi de se jeter dans le vide, ce qu'il fait, sachant toutefois que c'est d'un premier étage qu'il se précipite. (suite)

"Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie" de Nick Flynn (Gallimard)

image_flynnC'est un exercice de prestidigitation effectué à l'aveugle. Il s'agit de faire apparaitre le père inconnu, absent, de brosse par touches incertaines un portrait dont les contours et même le motif central sans cesse se dérobent. C'est un récit, non un roman et l'histoire est d'autant plus ahurissante qu'elle est vraie. Le père s'est évaporé durant l'âge tendre de l'auteur, père et fils se croiseront brièvement quelques années plus tard avant de se retrouver alors que l'auteur, déjà adulte, travaille dans un foyer de SDF et que le père, lui, est devenu clochard (suite)

"La remise à bateaux" de Jon Fosse (Circé)

image_remiseC'est un petit livre, une intrigue bien mince, réduite à presque rien : le narrateur, trente ans passés, solitaire, célibataire sans emploi, vivant chez sa mère, retrouve Knut, son ami d'enfance, son allié des années d'adolescence, perdu de vue depuis dix ans et de retour dans sa ville d'origine, subitement réapparu sous la forme d'un homme accompli, marié, père de deux fillettes, professeur de musique. (suite)

"Par effraction" d'Hélène Frappat (Allia)

image_frappatHélène Frappat aime les jeux de miroir, les jeux d'écho, et c'est une orchestratrice virtuose de sortilèges. Elle nous emmène, nous tient, nous ferre avec de l'infime et du ténu. Son texte a quelque chose de nacré, de vaporeux, d'immatériel. Un texte comme une buée en suspension. La narration se déploie sur quatre fronts, il y a quatre entrées, quatre pistes qui s'entrelacent pour former ce tissage sybillin. (suite)

"La poupée de Kokoschka" d'Hélène Frédérick (Verticales)

image_kokoschkaHélène Frédérick a des dispositions médiumniques. Elle tisse des destins et invente des états (du corps et de l'âme) dans lesquels elle s'immerge avec une empathie et une prescience des choses peu communes. Ainsi d'Hermine Moos, la jeune femme que le peintre Kokoschka investit un jour d'une insolite mission. Il s'agit pour elle (qui est couturière de théâtre) de créer une poupée-marionnette à l'effigie d'Alma Mahler laquelle fut l'amante en allée du peintre et dont il est hanté au point de vouloir vivre avec son ersatz inanimé. (suite)

"Désirée" de Marie Frering (Quidam)

image_desiree"Désirée" est un récit frontalier et passeur. Une voie de traverse. Une vie traversière. Une flamme qui caresse des mèches douces et disposées. Une explosion d'étincelles versicolores sous la peau. "Désirée" est un tissage et une gerbe folle de mots délivrés de leur emploi usuel. "Désirée" est un portrait tout d'éclairs saisissants et de portes dérobées. Désirée est évidemment orpheline car quels parents pourraient assigner une filette aussi libre. (suite)

"L'affreux Pastis de la rue des merles" de Carlo Emilio Gadda (Seuil)

image_gaddaIl faudrait inventer un idiome particulier pour rendre compte de ce texte. Ce n'est pas un livre, c'est un alambic, un élixir, un nectar, une ambroisie. Ce n'est pas un livre, c'est un passage à un état modifié de conscience. Ce n'est pas un récit, c'est un furieux, intempérant, impudent, impénitent, truculent, gargantuesque usage de la langue. (suite)

"Si rien ne bouge" d'Hélène Gaudy (éd. du Rouergue)

image_gaudyHélène Gaudy est une marionnettiste, une manipulatrice de premier ordre. Elle se plait à détraquer insensiblement les atmosphères et elle excelle à ce petit jeu : elle opère l'air de rien, par petites touches, par petites phrases toutes de suggestion et d'ellipses, phrases d'apparence anodine mais de portée assassine, forces de frappe, recels de charges atomiques.Voici un trio familial bien policé, bien sanglé dans ses certitudes bourgeoises bien-pensantes. Il y a Samuel, le père, Lise la mère et Nina, l'unique fille adolescente âgée de 14 ans. (suite)

"Gin et les italiens" de Goldie Goldbloom (Christian Bourgois)

image_gin_goldbloomC'est un livre de cabrioles, de voltes, de saltos et de salves furieusement inventives. Un texte aux allures de cavalcade et de valse légère. Avec des phrases frondeuses qui claquent et rendent un son absolument inédit. C'est une histoire éternelle contée dans une langue singulière et, surtout, sur un mode radicalement neuf. On se trouve en Australie, en 1944. Celle qui parle, c'est Gin, une femme qui est tout entière une étrangeté et dont la voix alerte et saisit en ce qu'elle se fait le relais d'un regard qui est d'une rare acuité et d'une singularité totale. (suite)

"La pornographie" de Witold Gombrowicz

imaage_gombrowiczGombrowicz est un prestidigitateur qui nous balade dans les bois sombres, dans la forêt touffue de ses fantastiques et fantasmagoriques divagations. Cette fois, il s'attaque au chapitre de l'érotisme qu'il s'attache à renouveler et il y réussit au-delà de toute espérance : il va si loin dans l'insolite, dans le dépaysement que la déroute est aussi totale qu'est complet l'enchantement. Car il invente des chemins et des cheminements qu'on ne savait pas pouvoir emprunter. Et il égare, avec une évidente délectation, les processus et les procédés ordinaires. (suite)

"Un âge irresponsable" de Lavinia Greenlaw (Joëlle Losfeld)

greenlawC'est un livre traître. Il paraît léger, aérien, d'une parfaite innocuité. On pourrait presque croire qu'il distille l'ennui et être sur le point de le refermer quand tout à coup quelque chose se condense et se cristallise, un charme étrange se met à agir, le texte prend corps et on est pris, on embarque allégrement, on ne craint plus le long cours.  (suite)

"Sous vide" de Jean-Pierre Guillard (Les Fondeurs de briques)

image_sous_videC'est une odyssée intérieure d'autant plus saisissante qu'involontaire. Une expérience des confins. Une aventure sensorielle extrême à rebours de ce que cette expression recouvre ordinairement. 

Un étrécissement du monde. Une plongée dans des eaux plus que troubles, plus que saumâtres. A la suite d'une agression, l'auteur, peintre de son état, perd le sens du goût et de l'odorat, troubles qui répondent aux doux noms d'agueusie et anosmie. C'est là que débute son entreprise littéraire, laquelle s'apparente à une opération de survie.  (suite)

"Trilogie sale de la Havane" de Pedro Juan Gutiérrez (10/18)

image_havanepVous qui entrez ici, abandonnez toute velléité de raffinement. Ici, c'est du cru, du pulsant, du pulsionnel absolu. Ici le corps est roi, d'une royauté déchue, il se commet avec l'ordure, l'abjection, il n'écoute que ses humeurs, ses appétits, il a de constants démêlés avec la peur, la faim, la violence, la souillure, il a sans cesse à en découdre pour sa survie. Nous sommes à Cuba au début des années 90 et le narrateur, Pedro Juan, tenant une sorte de journal erratique et ventral, orchestre une visite guidée du chaos, de la vie éclatée et nous offre une chronique magistrale de Cuba en ses bas-fonds. (suite)

"Les écrits d'Etty Hillesum" (Seuil)

image_hillesumCeci n'est pas un livre, c'est une bombe, une déflagration continue. Et ce n'est pas un journal intime, c'est un manifeste, un traité révolutionnaire. C'est un foudroiement sans pareil, une claque magistrale. Voici une jeune femme néerlandaise de 27 ans qui évolue dans le tumulte de la seconde guerre mondiale. Elle se nomme Etty Hillesum, elle est juive mais surtout dotée d'un prodigieux appétit de vivre et d'une appétence spirituelle pareillement dévorante, proportionelle aux désirs charnels qui la tenaillent. (suite)

"Scarborough" de Christophe Honoré (L'Olivier)

image_scaboroughLa barque est un peu chargée. Jugez plutôt : dans un texte liminaire, on nous annonce que les deux protagonistes, Baptiste et Steven, deux frères, ont fui la France pour l'Angleterre. L'un des deux est un lâche, nous apprend-on, l'autre un criminel. Ils sont en outre porteurs d'un secret qui les désigne à la vindicte publique : ils sont amants. Ils débarquent dans un port, Scarborough.  (suite)

"Attachements" de Victoria Horton (Quidam éditeur)

image_hortonLe texte de Victoria Horton est une savante et subtile traîtrise. Il se déroule d'abord longuement comme un ruban pâle et soyeux, sans aspérité repérable ou prononcée. On pourrait presque confondre et lui confier un rôle dans une confite et assommante cérémonie familiale tant il paraît tout d'innocuité. C'est un roman épistolaire à la mode contemporaine c'est-à-dire qu'aux classiques missives se mêlent des mails (ou courriels) et la célérité, l'instantanéité qui caractérisent ces envois-là traduisent bien l'urgence dans laquelle se trouvent les personnages.  (suite)

"La côte sauvage" de Jean-René Huguenin

hugueninC'est un texte pur comme un cristal. Vibrant du souffle de l'extrême jeunesse. Passé par le fil de l'épée. L'histoire est éternelle. C'est l'amour. L'impossible. Le consanguin. La tragédie cent fois tissée au fil de la littérature mais ici revirginisée. Olivier, jeune homme ombrageux revient dans la bretonne propriété familiale après deux ans passés au service militaire. (suite)

"Un souvenir indécent" d'Agustina Izquierdo

imageindecentC'est un texte de cruauté et de foudre fissile. Un texte qui n'épargne personne, ni les protagonistes  ni le lecteur. Tout est coupant, sans douceur ni consolation possibles. Il s'agit d'amour mais d'un amour noir et qui persécute. Une histoire d'envoûtement, de possession, de presque vampirisme. Nous sommes à Barcelone dans les années 30 et dans un climat insurrectionnel. Et c'est, sur fond de grondement révolutionnaire, le portrait fragmentaire d'une femme qui demeure opaque, impénétrable dans toutes les acceptions du terme. (suite)

"L'amour pur" d'Agustina Izquierdo

image_izquierdo1gC'est un livre de folie et de sagesse profonde. Un livre à l'os où la chair est reine et muselée. Cest une histoire à tordre l'âme dans un autrefois qui pourrait être maintenant et toujours, dans une Espagne qui pourrait être ici et ailleurs. C'est l'universalité, la grande prodigalité de l'amour impossible condensé dans deux corps qui battent à l'unisson mais dont l'un fait en sorte et sans trêve que ce soit à contretemps. (suite)

"Iceberg Memories" d'Ophélie Jaësan (Actes Sud)

image_jaesanOphélie Jaësan évolue sur un fil si ténu que c'est le souffle retenu et parfois coupé qu'on la suit, qu'on l'accompagne dans la crainte constante qu'elle ne se brise. Sa voix est murmurée, c'est un chuchotement frêle, une confidence sectionnée de partout et, en dépit de toute cette apparente fragilité, la violence amassée entre ces pages est extrême. (suite)

"Cyclone" de Frédéric-Yves Jeannet (Argol)

image jeannetVoici un livre-événement, un livre-somme, un choc prolongé, un rapt continu, un lancinant et langoureux vertige. C'est à une minutieuse scrutation que nous convie Frédéric-Yves Jeannet, il s'agit pour le lecteur de s'engager dans le sillage de ce spéléologue-explorateur-clinicien. Géologue du verbe et du sens qui examine sans relâche les strates successives et entrechoquées de sa propre vie. (suite)

"Renégat, roman du temps nerveux" de Reinhard Jirgl (Quidam éditeur)

image_jirglLe titre, éclair flagrant, tout du sublime fulgurance, sonne comme une très évocatrice déclaration d'intention et presque de guerre. Et, de fait, c'est un livre intimidant et qui intime de se soulever par-delà l'ordinaire pour être à la hauteur de ce qui se joue en lui. Car c'est un défi permanent que ce texte-là propose au lecteur, l'esprit dudit étant soumis à des secousses, heurts, embardées, glissements et dérapages qui chahutent en tous sens. (suite)

"Moo Pak" de Gabriel Josipovici (Quidam éditeur)

image_moopakEnsorC'est une transe circulaire et déambulatoire qui agit comme un puissant hypnotique. Un hypnotique qui, dans le même temps qu'il soumet et jugule, survolte. Le narrateur rapporte les monologues, les soliloques hantés de son ami Jack Toledano lequel, au fil de leurs pérégrinations à travers Londres, développe considérations et réflexions qui s'entrechoquent, se catapultent, fermentent, se ramifient et se déversent dans une prose torrentielle. (suite)

"Cloués au port" de Jacques Josse (Quidam éditeur)

image_port_josseC'est un texte dans lequel on entend respirer et battre les silences. Un texte qui explore les ressorts et les ressources de la mutité. C'est un bref texte comme craché mais aussi enlevé et ciselé qui ravive, au creux d'un petit port breton, d'éternelles figures cependant saisies dans toute leur subtile singularité. Au premier rang desquelles le Capitaine, massif et charismatique personnage, qui détient la haute main sur la parole propagée. (suite)

"Fever" de Leslie Kaplan (P.O.L)

image_fever"Fever", c'est l'effervescence adolescente, la fièvre des sens et de l'esprit qui s'empare de Damien et de Pierre , deux inséparables et exemplaires élèves de terminale. Subjugués par leur jolie et excellente prof de philo, Mme Martin, ils s'enivrent de la capacité réflexive qu'ils se découvrent. Tournant autour des notions de déterminisme et de hasard, ils s'échauffent, ils décident d'accomplir un acte gratuit, régi par le seul hasard. (suite)

"Le pont de Brooklyn" de Leslie Kaplan (Ed. P.O.L)

"Le pont de Brooklyn"  c'est cinq personnages, quatre adultes et un enfant, pris dans le bouillonnement fiévreux de New-York. Il ya deux jeunes femmes, Mary et Anna et deux hommes jeunes Julien et Chico. Ey il y a Nathalie, l'enfant de Mary. Au début c'est une ballade, les uns et les autres se croisent, déambulent, se rencontrent au parc, au restaurant, dans leurs logements respectifs. (suite)

"Corniche Kennedy" de Maylis de Kerangal (Verticales)

corniche_imageC'est un livre dont les phrases claquent comme des coups de fouet. Un récit mené à fond de train, à plein régime, à bride abattue. Un texte sous haute tension dont le voltage , la forte charge électrique jamais ne fléchit. C'est un texte qui braque sa lumière sur les corps, les projette en avant, les saisit dans leurs danses pulsionnelles, leurs transes voltigeuses. Ce sont les corps marqués par les outrances et outrecuidances adolscentes ou par les stigmates et déglingues d'une vie cahotée.  (suite)

"Cahiers d'enfance" de Norah Lange (éd. Christian Bourgois)

image_enfancLes souvenirs d'enfance de Norah Lange sont des vitraux découpés à même le gel. Ils brillent, scintillent et se détachent avec une précision inouïe. Chaque détail est d'une netteté tranchante, un trait pur et sans repentir. Cela, qui émerge, se passe en Argentine au début du XX° siècle mais cela pourrait se produire à peu près n'importe quand et sous n'importe quelles latitudes tant ce qui importe ce n'est pas l'inscription dans le temps et dans l'espace mais l'essence même de l'enfance que Norah Lange ressuscite avec une éblouissante maestria doublée d'une économie de moyens impressionnante. (suite)

"Délaissé" de Fred Léal (P.O.L)

image_delaisseIl faut le dire d'emblée : ni le texte ni le personnage ne sont plaisants. Ils rebutent l'un et l'autre (probablement parce que le narrateur s'énonce à la première pesonne et que c'est lui la voix du texte), ils exaspèrent dans la même mesure. C'est une parole hirsute, revêche, que déploie un homme incertain et faussement désinvolte. Et ce dernier, donc, on pourrait hâtivement l'expédier dans la catégorie des pauvres types si le texte entier ne s'ingéniait à le décliner sur le mode ambivalent et complexe. (suite)

"Attention" de Heather Lewis (P.O.L)

Vous qui franchissez le seuil de ce livre, abandonnez tout espoir. Préparez-vous à une plongée en apnée sans remontée aucune. Vous allez connaître une asphyxie progressive qui produit paradoxalement un effet de fascination et même d'hypnose. Lire ce livre équivaut à prendre une drogue violente : on est mal mais on est envoûté, on ne peut le lâcher. C'est un minutieux dépeçage, la scrupuleuse restitution d'une descente dans un enfer (qui est d'abord un enfermement) mental. On est immergé sans prévenir et sans ménagements dans l'intériorité distordue d'une jeune prostituée (suite)

"Des roses rouge vif" d'Adriana Lisboa (Métailié)

image_rosesC'est un roman qui s'avance masqué. Un piège ensorceleur qui se referme sur le lecteur. Des cailloux de petite poucette sont semés en grand nombre le long du chemin, lovés au creux des phrases. On frémit parce qu'on sait avant de savoir, l'art consommé du subliminal, les indices distillés en filigrane, en transparence, agissent avec force et pourtant la révélation finale produit l'effet d'un choc tétanique. (suite)

"La voie cruelle" d'Ella Maillart

... l'intérêts principal du livre réside (à mon sens) dans le portrait, disséminé à travers les pages, qu'elle brosse de sa compagne de voyage, Annemarie Schwarzenbach. A l'époque où débute le récit (en juin 1939), cette dernière relève d'une cure de désintoxication, elle est encore très faible mais armée d'une volonté farouche : elle tient absolument à accompagner Ella Maillart dans son voyage ... (suite)

"L'ange incliné" de Pierre Mari (Actes Sud)

poesieC'est un livre précieux comme un secret offert, une donation fragile. C'est une écriture de crête, la bride haut tenue par l'amour sacré de la langue. Un phrasé délicat et ferme. Une odyssée intérieure, une prose élégante qui en épouse les pics, les cieux, les vacillements. Un texte brûlé, irradié en son centre par un miracle. Un style tendu, sobre, tout de ferveur contenue. (suite)

"De l'autre côté de l'hiver" de Benjamin Markovitz (Ed. Phébus)

C'est un roman qui n'a l'air de rien. Facture classique, écriture lisse (quoique raffinée), personnages assez stéréotypés, procédé éprouvé (4 parties, 4 personnages, chaque partie étant dédiée à l'une des figures qui intervient, satellisée, dans la partition des trois autres). Rien de novateur, donc et pourtant quelque chose. Quelque chose mais quoi ? (suite)

"Portrait robot Mon père, Portrait robot Ma mère" de Christoph Meckel (Quidam éditeur)

image_protraitC'est un livre double à un seul tranchant. Un seul tranchant dédoublé. La piété filiale vue, visée et découpée sous un angle très singulier. Un regard qui cadre, coupe et dissèque, un regard chirurgical qui accomplit cependant le tour de force de n'être (pour une part, du moins) pas dénué de compassion ni d'amour.  Quelques années après la mort de son père, l'auteur, Christoph Meckel, met la main sur le journal intime dudit père et les mots qu'il découvre alors manquent de l'anéantir tant ils exigent de lui un remaniement total, une refonte intégrale de l'image paternelle. (suite)

"Roman à clefs" d'Alizé Meurisse (Allia)

image_meurisseAlizé Meurisse a encore quelque chose de la petite fille facétieuse qui saute à cloche-pied sur la marelle de ses rêves. Elle vise le ciel mais ne dédaigne pas les pauses, les détours, elle aime à marauder au fil de son écriture buissonnière. Son sens de l'observation est aiguisé et elle excelle particulièrement dans l'art d'épingler les détails insolites. Son texte est un drôle de tissage : elle entrelace les saisies sur le vif et les réflexions teintées d'adolescence sur l'amour, la dictature du paraître, la difficulté d'habiter un corps féminin ... (suite)

"L'impureté d'Irène" de Philippe Mezescaze (Arléa)

image_mezescazeNous sommes à la Rochelle le temps d'un été aux contours indécis. L'horizon est délimité par la mer, le temps est scandé par le visage et le corps d'une femme. Le monde est vu à hauteur d'enfant. La femme, c'est Irène, l'enfant c'est Emile, son fils.Emile observe, fasciné, les faits et gestes d'Irène. Mais si le charme opère, si on frôle l'envoûtement, Emile ne quitte pas sa position surplombante et critique d'observateur.   (suite)

"Sita" de Kate Millett (éd. des femmes)

image_sitaC'est un livre dont les phrases claquent et résonnent. C'est aussi un flux ininterompu, un monologue intérieur qui restitue, au plus près de sa source, le ressassement qui accompagne une crise amoureuse aiguë. La parole se livre par saccades tumulteuses, éperdues. Elle est cependant corsetée dans des phrases nettes ciselées, du cousu main. Comme si la rigueur du style était appelée à compenser, à endiguer le désordre de la pensée et des sentiments. On a presque affaire à un procédé racinien. (suite)

"Abîmes ordinaires" de Catherine Millot (Gallimard)

Où il est question de retournement de l'être, de "l'homme métaphysique". On visite les abîmes, certes, mais il s'y fomente une accession à l'extase. Alertée par des expériences personnelles fondatrices voire transfiguratrices, l'auteur mène l'enquête, elle interroge des cas qui lui paraissent s'apparenter au sien. Car il lui a été donné, par deux fois pendant son enfance et une fois au cours de sa jeunesse, de connaître des états d'absolu dénuement qui mystérieusement se sont mués en allégement, en transport, en illumination..(suite)

"Fake" de Giulio Minghini (Allia)

image_fake_petitGiulio Minghini est un explorateur des temps modernes, un moraliste qui avance masqué, un fin limier qui nous conte les mésaventures de son double lequel s’est pris dans les rets d’une nasse qu’il pensait contrôler. Son texte est un vertige, une transe contemporaine, un cauchemar qui vire et se développe à bas bruit. Au commencement, le narrateur végète, étrillé par une rupture amoureuse qui l’a laissé sur le flanc. Sur les recommandations d’une amie pleine d’inquiète sollicitude au vu de son  déclin, il s’inscrit sur un site de rencontres qui porte l’attrayant et peu offensif titre de « pointscommuns ». (suite)

"Un jeune homme triste" de Thibault de Montaigu (Ed. Fayard)

Ce pourrait être une bluette ou la plainte irritante d'un enfant gâté qui échoue à trouver un emploi valable pour son énergie. Ce pourrait être une coquille vide.

Mais non. Dès les premières pages, il y a un ton, une voix, une présence qui requièrent. L'auteur, pourtant (Thibault de Montaigu, 28 ans), n'évite aucun des poncifs propres à la jeunesse dorée. Il y a là un jeune couple (Emmanuel et Camille) qui s'aime d'amour tendre et une vieille voiture qui a du cachet. (suite)

"Journée américaine" de Christine Montalbetti (P.O.L)

image_montalbettiDans "Journée américaine", Christine Montalbetti nous joue encore un des tours pendables dont elle a le secret. Elle se joue de nous mais avec une grâce si virtuose et un sens si consommé, si étincelant de la facétie qu'on serait malvenu de lui en tenir rigueur et qu'on en arrive même à désirer être plus souvent abusé et floué d'une façon si jubilatoire. Encore une fois, Christine Montalbetti ne se contente de s'amuser des codes et des clichés, elle ne se borne pas à broder des variations autour de figures éprouvées et de thèmes éculés. (suite)

"Petits déjeuners avec quelques écrivains célébres" de Christine Montalbetti (P.O.L)

image_montalbettiChristine Montalbetti est une rouée qui nous balade et nous égare avec une souriante virtuosité. Son texte est tout entier une promesse non tenue qui opère par glissements et réalise cette acrobatie de muer l'inaugural et superficiel sentiment déceptif en émerveillement. Car elle nous initie et nous convertit à ce que nous n'attendions pas et qui s'avère autrement plus stimulant. Le titre est prometteur qui nous convie à des "petits déjeuners avec quelques écrivains célébres" et donc, semble-t-il, et ainsi que renchérit la quatrième de couverture, à "quelque chose de doucement people". (suite)

"Visage retrouvé" de Wajdi Mouawad (Actes Sud)

image_mouawadWajdi Mouawad entre en littérature avec une belle candeur et un culot mimétique de celui de Wahad, son narrateur adolescent. Ce qui est en jeu dans son premier roman qui flirte allégrement avec la fable, c'est "l'inquiétante étrangeté" qui s'empare du corps et de l'esprit lorsque l'adolescence advient et frappe comme un foudroiement. Le roman est divisé en trois parties qui couvrent trois périodes distinctes de la vie du narrateur.  (suite)

"Les irréductibles" de Zoé Oldenbourg (Gallimard)

image oldenbourgC'est un roman empreint d'une étrange grâce, d'une mélancolie rageuse, d'un élan déceptif, d'un emportement blessé, désabusé. Le récit, très ancré dans l'époque qu'il restitue est traversé de thèmes sans âge et il rejoint l'intemporel.Au début nous suivons pas à pas un home et sa difficile réimmersion dans sa ville, Paris, dans sa vie volée en éclats et désormais privée de contours précis. Nous sommes en 1947. L'homme s'appelle Elie, il n'a pas tout à fait 30 ans et il vient d'en passer sept en captivité. (suite)

"Un baiser sous X" d'Eric Paradisi (Fayard)

image_paradisiEric Paradisi doit aimer les défis, les marges, les états-limites du corps. Il en fait la convaincante et troublante démonstration dans son dernier roman "Un baiser sous X". Pour autant, s'il prise les extrêmes, il  opère en douceur. Il explore mais par touches légères, sans appuyer, sans insister et sans prétendre à l'exhaustivité. Il s'immisce en catimini, mais avec une belle droiture, une belle intégrité, dans un corps interdit, un corps impensable. Impensable et incompensable. Corps fantasme de plénitude que la société stigmatise, dont elle fait une déficience, une solitude qui ne peut s'apparier. (suite)

"Suicide girls" d'Aymeric Patricot (Léo Scheer)

image-patricot-suicide-girlsC'est l'histoire de deux vies qui, lentement, irrépressiblement, convergent l'une vers l'autre à la manière de deux astres radioactifs, deux étoiles noires. Un jeune professeur débutant et une femme, très jeune. Lui est titulaire d'une vie apparemment des plus lisses (campagne charmante, aussi ravissante qu'impeccable, métier qui requiert vigilance et la plus totale maîtrise de soi) mais dynamitée de l'intérieur et qui peu à peu se lézarde et se délite. Elle vient d'une vie éventrée depuis la prime adolescence. Tous deux, pour des raisons distinctes, tendent vers la mort. (suite)

"Sans un regard" de José Luis Pexeito (Grasset)

image_peixotoC'est un premier roman stupéfiant de beauté exténuée. Un souffle d'une ampleur et d'une puissance mythologiques surgi comme de dessous la terre. Chaque mot est d'une densité, d'une force de percussion et d'une justesse telles qu'il s'égale au plus solennel, au plus sacré des silences. Les voix qui montent viennent des entrailles et de plus loin encore, voix millénaires chargées de la légende des siècles et de la douleur des peuples opprimés, douleur des offensés et des humiliés. (suite)

"Le cimetière des pianos" de Jose Luis Peixoto (Folio Gallimard)

image-peixotoJose Luis Peixoto est un acrobate hors pair et aussi un écrivain d'une infinie sensibilité. Que les deux se trouvent rassemblés en un même être, la virtuosité et l'aptitude à restituer des émotions vibrantes, est une chose si rare qu'elle mérite d'être mentionnée. Si Jose Luis Peixoto brouille les pistes, s'il joue avec la chronologie et va jusqu'à confondre les identités, ce n'est pas seulement pour éprouver ses dons de créateur surdoué mais pour mieux faire jaillir l'émotion brute. (suite)

"Le prisonnier" d'Anne Plantagenet (Stock)

image_plantagenetAnne Plantagenent écrit à l'économie et sur le fil d'une fièvre continue. Elle resserre l'espace, raréfie l'air à mesure qu'elle dilate l'âme, ouvre les portes de l'esprit. Elle maintient tout du long une cadence haletée qui oblige à lire, à regarder à neuf . La tension qui jamais ne décroît nettoie et annule les scories. On est happé par une force centripète qui pulvérise le superflu. (suite)

"Disproportion de l'homme" de Laurence Plazenet (Gallimard)

image_disproportionPour ceux qui sont familiers de l'oeuvre de Laurence Plazenet, "Disproportion de l'homme" peut faire office de clef de voûte, d'éclairage cru jeté sur un dense mystère longtemps infissurable. Pour les autres, les bienheureux qui découvrent, c'est encore et tout de suite, le rapt, l'aspiration vers le haut. C'est le portrait d'un homme, Simon qui, au seuil de la quarantaine, traverse une crise sans précédent. Il possède tous les attributs de l'homme moderne rassasié de biens, comblé de tous les signes extérieurs de réussite. (suite)

"L'amour seul" de Laurence Plazenet (Albin Michel)

image_amour_seulC'est un livre de fièvre sèche et d'air raréfié. De sarments qui brûlent si haut que l'âme en est presque asphyxiée. Noblesse native, noblesse de coeur, rudesse des exigences, vies taillées, élaguées au plus dru, vies rougies, bronzées sous le fouet des contraintes, sous l'aiguillon des pénitences, il n'y a là pas de place pour aucun accommodement avec la tiédeur. (suite)

"Les saisons" de Maurice Pons (Christian Bourgois)

saisons_ponsComment aborder un livre estampillé "culte" avec un regard virginal ? Difficle ... On craint que la réputation de chef-d'oeuvre ne soit surfaite et on redoute pareillement de n'avoir pas la sensibilité, la perméabilité requises pour apprécier ce joyau ... Autrement dit, le livre sera-t-il à la hauteur et réciproquement, sera-t-on, soi-même à la hauteur ? Quand, au mépris de toutes ces appréhensions, on se lance, voilà ce qu'on trouve : soit un homme, Siméon, disgracié, remarquable tant par sa visible pauvreté que par sa repoussante laideur physique, qui arrive un beau jour dans un bourg. Et quel bourg ! (suite)

"Regarder le soleil" de Anne Provoost (Fayard)

image_provoostC'est une histoire d'étrangeté, une histoire voilée, un texte qui joue du clair-obscur jusque dans ses phrases filtrées et tamisées.Une dureté inouïe élimée, vaincue par le génie d'une petite fille. On se trouve dans un ranch isolé en Australie. Il y a Chloé, la narratrice, encore enfant, il y a sa mère, Linda, il y a son père très tôt soufflé, expulsé du récit, mort à la suite d'un accident équestre, alcoolisé et troublement familial. Il y a encore Ilana, demi-soeur adolescente de Chloé, née d'une première noce de Linda. Et puis il y a Rockie et Lorna, couple d'amis proches, débordants d'une sollicitude embarrassée. (suite)

"Efina" de Noëlle Revaz (Gallimard)

image_efinaNoëlle Revaz est une joueuse. Elle a l'esprit; le verbe, l'approche, l'accent et la cadence ludiques.  Elle joue des mots et des codes et ses phrases ont l'oeil qui frise et les pointes qui pétillent.On a, au départ, les éléments suivants : une jeune femme, Efina, qui se rend au théâtre et T., un comédien d'âge mûr, brillant semble-t-il. Efina voit T. se produire et s'entiche de lui. Il y a un échange de lettres. T. répond aux emballements et embardées d'Efina avec complaisance et condescendance. (suite)

"Fond de carte" de Marie Rivière (Melville - Léo Scheer)

image_riviereMarie Rivière a écrit un récit de désenchantement des plus originaux. Elle orchestre une errance presque statique doublée d'une très mobile cavalcade mentale, de ruades et d'embardées internes suraiguës. Rafaël, l'ulysséen narrateur est un étudiant bordelais en rupture. Avec ses études. Avec Bordeaux. Avec sa vie tout entière. Il sort de trois semaines de prostration passées en tête à tête avec son canapé et il entend bien fuir à jamais la ville dans laquelle il s'éprouve englué. (suite)

"La mort et le printemps" de Mercè Rodoreda (L'imaginaire Gallimard)

C'est une voix, d'abord, qui prend corps en vous. Une voix étrange, surplombante, comme blanchie, absente à elle-même et pourtant prenante, obsédante.C'est un adolescent qui nous parle depuis l'ailleurs où il vit et qui nous initie aux éclats insolites du monde qu'il habite. Racontant, il recense, il se fait témoin et mémorialiste des pratiques singulières, des rituels énigmatiques qui rythment sa vie et celle de la communauté à laquelle il appartient.  (suite)

"Joséphine" de Jean Rolin (Gallimard)

image_josephineC'est un livre de failles. Un livre de cris et chuchotements. Un cri qui fulgure sans les allures trompeuses du chuchotement. C'est un texte de l'éperdu, un tombeau qui prélève le plus vif et le plus vrai de la femme aimée et perdue. Le profil perdu peu à peu émerge, sort de l'indistinction. Une jeune femme d'abord interchangeable qui s'identifie, se singularise au fil des traits précis, saillants, dont la doue l'écrivain. Mais cette identification s'accomplit comme du bout des doigts, du bout des mots. (suite)

"Le revolver de Lacan" de Jean-François Rouzières (Seuil)

image_rouzieresLe titre intrigue et escroque. On s'attend à une énième facétie du maître, à un de ces tours pendables dont il avait le secret (et la secrète jouissance) et qui l'égalaient à un irrécusable et indécrottable polisson. L'escroquerie, cependant, n'est pas totale. Car il sera question de violence autant que de psychanalyse. Et il ne s'agit pas non plus seulement d'une métonymie. Car le revolver de Lacan surgira bel et bien au cours du récit et il s'illustrera de la plus éclatante façon. (suite)

"Halte à Yalta" d'Emmanuel Ruben (JBz & Cie)

image_yaltaC'est un périple qui va comme un cheval dételé et semble, par moments, celui d'un train qui doucement déraille. C'est l'histoire d'une rencontre insolite et d'un lien non moins singulier et purement circonstanciel qui se tisse entre deux hommes, deux pérégrins. C'est, depuis la Crimée, à bord d'un train soviétique cahotant et poussif, une traversée de l'espace russe, une plongée abrupte dans une durée bringuebalée, chahutée par deux âmes qui se cognent. (suite)

"Franny et Zooey" de J.D. Salinger

FrannyCe sont des esprits feux-follets. Trop rapides, alertes et agiles pour les frêles corps qui les abritent. Ce sont des corps au sortir de l'adolescence affligés d'une intellignece si aiguë qu'elle en devient invalidante. Ils perçoivent le monde à travers des prismes si complexes qu'ils leur donnent le tournis. Ce sont Franny et Zooey, ils sont frères et soeur, cadets d'une famille de sept enfants, tous dotés d'une intelligence surdimensionnée, (suite)

"Un bonheur parfait" de James Salter

image_salter_1C'est un texte tout de langueurs et de volutes pâles et rosées. Un texte comme tout en écharpes, en bandeaux veloutés de soleil couchant. Tout en douceurs pastel et en mélancolie contenue. Un texte trompeur. Traître et fourbe comme un marécage, surface étale mais enfoncement garanti et lame de fond abrasive. Un texte qui, en un fabuleux et quasi imerceptible exercice de prestidigitation, retourne plusieurs fois les apparences. Un texte aux entrés innombrables, aux strates multiples, aux sédiments cachés qui affleurent sans cesse. (suite)

"Le bord du ciel" de Maïca Sanconie (Quidam éditeur)

image_bord_du_ciel_sanconieMaïca Sanconie est une orfèvre. De la langue et des sensations. Et, chose plus rare, des lignes mélodiques qu'elle parvient merveilleusement à transcrire en mots. C'est un singulier récit de formation qui dit la mue d'abord subie puis consentie d'un homme vibrant qui se réapproprie sa vie. Il faut savourer chaque page de ce texte car chaque page est une miniature parfaite, une oeuvre d'art à part entière, un chef-d'oeuvre d'émotion contenue, de beauté infiniment subtile et ciselée. (suite)

Annemarie Schwarzenbach : une figure fascinante à découvrir

Deux livres hautement recommandables :

- "Annemarie S. ou les fuites éperdues" de Vinciane Moeschler aux Editions de l'Age d'Homme,

- "Elle, tant aimée" de Melinia G. Mazzucco aux Editions Flammarion..

pages_livres/souviraa.html#ParadesTous deux sont des biographies romancées d'un personnage d'exception, Annemarie Schwarzenbach (suite)

"La mort en Perse" d'Annemarie Schwarzenbach

"La mort en Perse" Annemarie Schwarzenbach, Editions Petite Bibliothèque PAYOT.

"La mort en Perse" est un livre étrange, atypique. A l'image de son auteur, il déconcerte et exerce un charme singulier. Au sens strict du terme, il déroute car le lecteur ne s'y retrouve jamais en terrain connu (suite)

"Retour à Brooklyn" d'Hubert Selby Jr. (10/18)

C'est un texte qui se referme sur vous comme un piège. Une bombe à retardement mais dont les effets ravageurs se font sentir tout de suite tant ils remplissent et intoxiquent l'atmosphère. C'est la réduction progressive des possibles la strangulation des espoirs à l'oeuvre même au coeur de l'apparente expansion. C'est un mélange explosif d'empathie et de cruauté. C'est une éblouissante réussite. (suite)

"Blouse" d'Antoine Sénanque (Grasset)

Voici l'abrupte confession d'un "médecin malgré lui". Vertigineuse plongée dans l'intimité d'un homme douloureusement familier de ses abîmes. Qui n'a de connaissance que par les gouffres. Un auto-portrait des plus féroces. Le narrateur est neurologue. On suit, chronologiques, les étapes de sa formation puis de sa vie professionnelle.(suite)

"La grande garde" d'Antoine Sénanque

C'est un roman écrit comme une bombe amorcée par un observateur éclairé. C'est un compte à rebours qui fait sauter quelques battements de coeur. C'est prenant et bouleversant de bout en bout. Je ne sais si le médecin qui a commis ce livre est un grand neurologue mais il est sans nul doute un grand styliste. (suite)

"Basse ville" de Jacques Serena (Minuit)

image_basse_villeC'est un texte bancal et branque. A l'image des personnages plus que cabossés, erratiques, qui semblent évoluer dans un no man's land, projection de leur esprit post-apocalyptique où n'ont plus cours aucun des repères normés qui jalonnent la vie béquillée du commun des mortels. Deux paroles lèvent et se déploient en deux monologues alternatifs. On ne sait pas bien d'où venues ni vers quoi dirigées ni non plus dans quel milieu elles évoluent. (suite)

"Plus rien dire sans toi" de Jacques Serena (Minuit)

image-serenaOn ne sait pas où on est. Catapulté sans préambule dans la tête d'un type. Un type qui déraille. Mais qui déraille avec une froide lucidité. A la fois collé à son délire et distinct, détaché, observant, démontant et trafiquant ses propres circuits avec une passion fanatique. Oui, on se trouve dans un observatoire, un laboratoire psychique et verbal, témoin privilègié d'une folie organisée - autant qu'organique - dont le processus est méticuleusement restitué. (suite)

"Parades" de Bernard Souviraa (l'Olivier)

image paradesC'est un récit qui plonge loin dans les racines de la mémoire. Loin non pas tellement dans le temps mais dans ce qui fonde une personnalité et même un destin. C'est l'histoire d'une de ces rencontres décisives qui infléchissent le cours d'une existence, d'une fascination adolescente qui resurgit vingt ans après avec une violence inouïe. (suite)

"Edie" de Jean Stein (Christian Bourgois)

image_edieC'est l'histoire d'une luxueuse déchéance. La trajectoire météorique d'une gamine pourrie de dons, comblée de possessions matérielles, socialement favorisée à outrance. Tout est donné à profusion et cependant le socle fondateur fait défaut. C'est l'histoire d'une plaie béante qui fleurit sur un sol trop riche en névroses, chargé de ferments toxiques.  (suite)

"Le livre de l'immaturité" d'Eva Steinitz

image steinitzCe sont les carnets d'une fille de vingt et un ans, des notes prises sur le vif qui, assemblées, forment une sorte de parcours initiatique. La fille vit à Lisbonne, elle y dessine, hante les expositions, les bars, les soirées. Des rencontres la réchauffent, des voyages l'électrisent, des amitiés la galvanisent, elle se frotte aux garçons, s'essaie aux jeux de l'amour et du hasard ... Elle est neuve et elle dit comment la vie la traverse et la transforme. (suite)

"Le lieu le plus obscur" de Michel Suffran (Maurice Nadeau)

image_suffranVoici un roman débusqué chez un bouquiniste et qu'il fait bon dépoussiérer. Publié en 1982 chez Maurice Nadeau, ce livre est un kaléidoscope de scènes à la fois tranchées et glissantes qui s'entrechoquent, s'additionnent, se contredisent, avancent en boitant puis se propulsent au loin. Ces fragments nous troublent, nous égarent mais pour mieux nous recentrer sur une urgence, une évidence cruciale : quitter l'enfance, de corps et d'âme, est une perdition sans retour. (suite)

"Petit éloge de la rupture" de Brina Svit (Folio Gallimard)

image_svitBrina Svit s'est lancée dans une étrange entreprise dont elle explique la genèse complexe, semée de tribulations, agitée de moult convulsions morales. Il paraîtrait que (si toutefois nous sommes suffisamment centrés et équipés pour) nous allons toujours vers ce qui nous fait le plus peur. Question d'intensité mais aussi de sens à imprimer à notre terrestre trajectoire, rapport aussi au nécessaire dépassement. C'est donc parce qu'elle croyait redouter au-delà de tout la rupture que Brina Svit s'est attachée et attaquée à ce motif dont elle décline les différentes figures explorant les configurations qu'elle a revêtues dans sa propre vie. (suite)

"La mort n'en saura rien" de Georgina Tacou (Melville Léo Scheer)

image_tacouC'est une prose torrentueuse et syncopée à la fois. Un ovni littéraire comme il est d'usage, désormais, de nommer les textes qui n'offrent pas de prise ou d'aspect préfabriqué. C'est une langue cascadée, carambolée, qui charrie avec un même bonheur fureurs vulcanisées, rageuses explosions éructées et délicates floraisons poétiques. C'est cru et cruel, emporté, lyrique, baroque et aussi très rock. C'est de la fièvre concassée et cadencée, cavalant à fleur d'abîme. (suite)

"Gordon" d'Edith Templeton (Robert Laffont)

image gordonC'est un livre vénéneux et limpide à la fois. Un texte d'une sauvagerie contrôlée, cadenassée par un style de haute tenue. Un texte d'une grande modernité bien qu'il ait été publié dans les années 60 et relate des faits survenus à Londres dans les années de l'immédiat après-guerre. Un teste auto biographique d'une grande impudeur. (suite)

"Le souffle de l'Harmattan" de Sylvain Trudel (Les Allusifs)

image_trudelCe roman se signale d'abords par sa langue. Dense, inventive, fleurie de trouvailles inédites et saisissantes. C'est la langue de l'ailleurs, de l'exil, une langue de haute solitude qui oblige à un surcroît de créativité. Celui qui la profère, c'est Hugues, un orphelin qui ne trouve pas dans sa famille d'accueil de répondant.  (suite)

"Les Carnets" de Marina Tsvetaeva (éd. des Syrtes)

Marina_TsvetaevaQuand on entre dans les "Cartnets" de Marina Tsvetaeva, tout autre journal intime, et quelle que soit sa qualité, est instantanément frappé de discrédit et même tombe en poussière. Car ces pages ne sont pas des pages, ces écrits ne sont pas des écrits. C'est une expérience physique qui frappe au plexus et transperce au plus profond et laisse étourdi, le coeur gonflé, rempli et vacillant, dansant sous les étoiles. Ce qui ressort de ces carnets, c'est que Marina est un monstre au sens mythologique du terme. (suite)

"Vivre dans le feu" de Marina Tsvetaeva (Robert Laffont)

image_tsvetaevaC'est une femme dont la vie fut une croisade incessante contre toute forme de médiocrité. Une engagée volontaire sur les chemins de la plus haute exigence. Une femme qui a brûlé ses vaisseaux sur l'autel de l'absolu. Une forcenée du verbe. Une affamée d'amour. Une championne de la démesure. Une athlète de l'âme. Une russe, une vraie de vraie ! Aux prises avec les convulsions de son temps, elle a traversé drames historiques et intimes avec une hauteur de vue peu commune. (suite)

"Chute libre" d'Emilie de Turckheim (éd. du Rocher)

ChutelibreVoici une fille culottée. C'est son deuxième livre et elle s'attaque au roman noir sans craindre de s'affranchir des lois du genre. Elle avance en roue libre, elle fonce allègrement et nous déroute au fil d'une intrigue drôlement bine troussée. Voici Jean, un homme lige, un homme ligoté. Son existence ne va pas de soi. Il se répand en remerciements inopportuns et en excuses intempestives. C'est pour son innocuité qu'il a été promu, dans le magazine qui l'emploi, au poste de rédacteur adjoint.  (suite)

"Les oreilles du loup" d'Antonio Ungar (Les Allusifs)

oreillesC'est une voix frêle et penchée mais aussi fraîche et claire. C'est un petit, tout petit garçon (il a cinq ans au début du récit, sept à la fin) qui fait l'apprentissage de la sauvagerie du monde. Il vit entouré de sa mère et de sa petite soeur, laquelle, à ses yeux, relève du miracle : maigre, nerveuse, agile, souple, gracieuse et farouche, elle a tout d'un chat sans en être un et cela ne laisse pas d'émerveiller notre jeune poète.  (suite)

"Forêts noires" de Romain Verger (Quidam éditeur)

image_vergerRomain Verger nous joue, dans son nouvel ouvrage, un air doux-amer, il nous enrobe dans une grinçante suavité. Inaugurant une structutre narrative inédite (une série de courtes proses qui se répondent et communiquent par capillarité), il nous entraîne à la suite du narrateur, chercheur en biologie, venu exercer ses talents au Japon, au pied du Fuji-Yama. Notre homme est maintenu de force en lisière de la forêt d'Aokigahara où il est censé opérer et la proximité de cette masse impénétrable l'aimante jusqu'à l'envoûtement et déclenche en lui des réminiscences en cascade. (suite)

"Grande Ourse" de Romain Verger (Quidam)

image_grande_ourseC'est une histoire de corps métaphysique. C'est un texte pareil à une figure aux arêtes précisément dessinées. Ce ne sont pas les phrases seules qui sont ciselées mais le corps entier du récit. Le lecteur est projeté dans un univers pour le moins déconcertant et dépaysant. Car nous voici d'abord, il y a 35.000 ans, en compagnie d'Arcas, un homme isolé, seul rescapé des guerres claniques et des épidémies qui ont décimé sa tribu.  (suite)

"Les oiseaux" de Tarjei Vesaas (Plein Chant)

image_vesaasIl s'appelle Mathis mais on le surnomme "La Houppette". Il a 37 ans et une altérité qui dérange. Parce que ses perceptions sont étranges et qu'il use d'un langage qui lui est propre, on le considère comme un simple d'esprit dans le bourg norvégien où il vit aux côtés de sa soeur Hege la sage. Hege, si sensée, si bonne, si commune, tout le monde la plaint et loue son courage car elle tricote sans relâche, elle est condamnée à travailler dur pour entretenir son frère qui vagabonde, pour assurer leur subsistance à tous les deux. (suite)

"Terre légère" de Claire Wolniewicz (Viviane Hamy)

image_terreC'est une succession de voix qui prennent du volume, de l'ampleur et aussi s'affûtent, s'aiguisent comme autant d'instruments de précision à mesure que le texte évolue. C'est un voyage qui déclenche le mouvement et le roulis des âmes qui s'auscultent.C'est une réunion de famille presque aléatoire, presque improvisée et qui se tient, suspendue dans l'espace, à l'autre bout du monde (suite)

"Ici et à jamais" de Sue Woolfe (Phébus)

image_woolfeC'est l'histoire d'un ravage. D'une possession. D'un père et de sa fille mais funestement par le crime et par l'art. C'est une lutte à mort, un duel qui emporte tout. Le père donne la vie, donne l'art et les reprend dans le même mouvement. Le père est peintre, assez renommé et autocrate redoutable. Au début, la fille qui est aussi la narratrice a également une mère : elle est douce, belle, talentueuse et entièrement assujettie.  (suite)

"La Fille sans qualités" de Juli Zeh

image_juli_zehAda surclasse tellement les autres qu'elle s'ennuie à mourir. Seul le professeur d'histoire, en homme d'une intelligence supérieure, trouve grâce à ses yeux. Ada s'étiole insensiblement jusqu'à l'arrivée, dans sa classe et dans sa vie, d'Alev. Alev est d'origine cosmopolite et il est le double, la part manquante, la part maudite d'Ada. Il sera à la fois catalyseur et détonateur. (suite)


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