C'est
un entrelacs de voix cassées, éraillées, parfois caracoleuses et
bondissantes mais toujours fragiles, toujours prélevées sur le
tranchant du péril. C'est
un texte d'une beauté amère et désolée. C'est un sang véhément, violent
même, qui irrigue ces voix mais la vie qui bat dans ces corps est une
vie captive, une vie sans exutoire. C'est
un texte qui met en scène et en voix les enfants de l'Algérie
contemporaine et ces enfants-là sont gravement désaxés.(suite)
C'est un livre en
apesanteur, peut-être même un livre sur l'apesanteur. Les personnages
tiennent à peine au sol, ils semblent toujours en passe de s'évaporer
et ce n'est donc pas un hasard si le narrateur, Colin, tire sa
subsistance du trafic de narcotiques qu'il effectue pour le compte de
Quentin, son colocataire, ami et accessoirement médecin véreux. Colin,
donc, fournit en produits illicites des femmes vaporeuses, des
élégantes poreuses...(suite)
Eva
Almassy parle des petites filles comme personne. Elles apparaissent,
ciselées sous sa plume, plus vraies que nature. Les fictives et les
réelles.Car être une petite fille, c'est toute une affaire et
ensuite, c'est l'affaire d'une vie que de chercher à restituer, à
ressusciter cet état au plus juste, que de restaurer le lien avec ce
monde enfui (enfoui ?), tout de périlleux enchantements. (suite)
C'est
un récit colchique. Un texte fleur-vénéneuse qui prend racine en vous
et diffuse loin dans le corps ses pousses et son magnétisme funestes.
Il
y a un parfum à la Huysmans, des raffinements corrompus, une jouissance
perverse à étreindre la noirceur, un vif plaisir à se gorger de délices
décadentes. Mais
c'est aussi et d'abord un hymne éperdu à la
femme aimée et perdue. Cantate et thrène. Cadence incantatoire et
Cantique des cantiques ébouillanté, versé vif dans le chaudron des
ténèbres. (suite)
Voici un texte d'une
frappante et flagrante originalité. Un texte qui emprunte, pour évoquer
les sujets éternels (l'amour, l'origine, l'identité, la mort), des
voies inusitées. Un texte qui avance par capillarité
thématique
et compose, peu à peu, par versement de mots, cousinage, alliage et
contagion de sens, une étrange et envoûtante mosaïque. (suite)
Il
faut lire "Le Moi-peau".
C'est bien plus qu'un livre de théorie psychanalytique, c'est un
tissage de mots qui crée du trouble et du sens, du lien et du liant,
qui avive et qui panse. Le postulat (génial et génialement étayé)
de Didier Anzieu est que la peau n'est pas cette enveloppe neutre et
purement fonctionnelle à quoi nous tendons à la réduire mais qu'elle
est une entité psychique à part entière et que c'est à partir des
informations qu'elle enregistre dans la prime enfance que se constitue
la personnalité. (suite)
C'est
une histoire d'aujourd'hui. Une fable qui est aussi une radioscopie.
Aliénation scalpellisée. Nelly Arcan s'était livrée en pâture dans ses
deux premiers textes ("Putain" et "Folle") auscultant tour à tour la
condition de prostituée et la dureté voire l'impossibilité des rapports
amoureux. Elle délaisse ici le matériau purement autobiographique pour
le récit romanesque mais elle n'en poursuit pas moins son exploration
des états-limite dans lesquels la société contemporaine précipite les
femmes mais aussi les hommes. (suite)
C'est
une voix pâle et presque atone, une voix d'eau étale qui traverse ce
livre étrange et délicat. C'est la voix de Kata, une enfant qui raconte
la Hongrie de 1956, le départ brutal de sa mère pour l'Ouest et le
désemparement qui s'empare des autres membres de la famille : le père,
abîmé dans le silence et dans ses rêveries hautement nicotiniques,
Isti, le petit frère singulier qui entend des choses "qui ne
produisent pas de son" et elle-même, fidèle vigile, observatrice et
accompagnatrice des deux autres. (suite)
C'est
un texte de trouble, de tremblements et de voix alternées. C'est la
chair empêchée dont les poussées véhémentes, bien que muselées,
éclosent de singulière Ensorfaçon. C'est l'histoire d'une double
fascination, d'un corps plein qui est aussi un corps en creux, qui
cristallise attentes, émois, fantasmes et qui, malgré lui, s'agrège et
s'accapare deux vies. C'est la sombre mélopée, la douloureuse
lancinance du désir
qui descend loin dans les mots et dans la chair. (suite)
Emma
Becker est une casse-cou revendiquée et même auto-proclamée. Une
frondeuse et une fonceuse, une cascadeuse immodérée. Une qui n'hésite
pas à défoncer et milite en faveur de la vie éventrée. Une acrobate et
une forcenée. De la vie et de l'écriture. Une intempérante dévoreuse
d'hommes. De sexe. D'amours libertines et débridées. A
vingt ans à peine, cette singulière jeune fille affiche un parcours
existentiel impressionnant agrémenté de quelques intéressantes fêlures
à l'âme qui le rehaussent.(suite)
Ce
petit livre est un viatique, un livre thaumaturge qui prodigue soins et
réconfort. Un recel de mots qui pansent et qui exaltent. Et ces
bienfaits sont prodigués par Petia un jeune enfant qui vit dans des
conditions tragiques et fait précocément l'épreuve du mal. Il est
parqué, avec sa mère, dans un camp, antichambre du goulag, soumis à la
juridiction et à la folie de Staline. Mais il vit aussi soumis à une
constante irradiation, celle dispensée par sa mère dont la brauté est
telle qu'elle foudroie quiconque passe à proximité d'elle. (suite)
"G."
est l'un de ces livres contondants : de quelque côté que vous le
preniez, il résiste, heurte, entaille. Livre inconfortable, il projette
le lecteur de-ci de-là, sur les bas-côtés, dans les hauteurs, dans les
fondrières et les chemins creux sans jamais lui laisser le loisir de
souffler, de trouver un semblant de répit le long d'une route au tracé
rectiligne. (suite)
Ce
qui advient, quand on ouvre un livre de Christian Bobin, c'est qu'on
ferme tous les autres. Et on le fait avec un soulagement infini. On
sort enfin de toute démonstration, qu'elle soit virtuose ou pas. On est
dans le vif, le nu, le feu qui éclaire et réchauffe. Dès les
premiers mots de Bobin, tous les autres livres semblent caducs, tous
les autres livres tombent en désuétude et en poussière. On a subitement
le sentiment, très rare avec un livre, de rentrer au pays, de revenir
chez soi, d'être délivré de l'exil et de l'égarement dans lesquels tous
les autres livres nous plongent. (suite)
Le titre
est extrait d'un
psaume et le texte est irrigué par ce flux mystique, par ce désir de
transcendance. Mais il s'agit d'abord d'un amour fracturé et d'une
jeune femme qui va panser dans un monastère israëlien la désertion de
l'aimé.Le récit se déploie sur deux fronts : on éprouve en
alternance l'immersion dans la vie monastique et la remémoration de la
défunte relation amoureuse. (suite)
David
Boratav orchestre
avec brio un voyage tant spatial que
mémoriel. Il dessine avec ses mots des arabesques ouvragées.Voici un
homme qui plonge dans les limbes de son passé, un
passé dont il a
été spolié. Il tutoie les fantômes de son enfance et s'essaie, en même
temps, à apprivoiser les formes neuves du lieu originel. C'est une
percée verticale et une exploration longitudinale. (suite)
Jacques Borel est un passeur et un prestidigitateur. Il opère une passation de pouvoirs. Entre le temps et le verbe, ente les mots et les choses. Son écriture, à la fois sourcière, minière, spéléologue l'entraîne, par effet d'envoûtement et de contagion interne, dans des contrées qu'il n'entendait pas explorer. L'auteur, en réalité, se surprend lui-même, débouté qu'il est, par la force déportatrice de l'écriture, de la mission qu'il s'était assignée. (suite)
David Bosc a inventé
un genre. Ou il a écrit un récit inclassable. Mais la première
hypothèse est plus excitante. On pourrait croire que ce singulier
tissage qu'il a réalisé ressortit au
récit poétique mais c'est bien plus complexe que cela. Il s'agit d'un
texte situé en contrebas et à l'envers du récit normé et amarré. Un
exode inversé. Un retour amont sur les lieux rustiques, élémentaires de
l'enfance campagnarde. (suite)
Nicolas
Bouyssi opère comme une mécanique de précision, implacablement, et sans
anesthésie. Il n'y a pas d'enrobage ni d'accommodement progressif.
C'est ex abrupto et le dépeçage débute instantanément au fil d'une
écriture métronomique, millimétrique, obsédante et qui ne concède rien.
Nicolas
Bouyssi ne parle que de l'organique, du plus extrême tripal mais cette
matière bouillante, bouillonnante et hautement inflammable, il la
traite et la découpe au scalpel, la neutralise chirurgicalement si bien
qu'elle ressort de l'opération verbale presque criogénisée. (suite)
C'est
une voix. C'est d'abord une voix. Rauque et éraillée. Tuméfiée et fêlée
de trop de coups reçus. Et c'est pourtant une voix étrangement vierge
et par moments flûtée et perlée d'enfance. Une voix blanchie parce que
brûlée jusqu'à l'extrême consomption. Une voix atone aussi, qui égrène
sans fin ses litanies. Une voix outremer et
d'incessants ressacs. Une voix qui prend tout, qui emporte tout.(suite)
Ce
n'est pas un livre, c'est une grâce accordée. C'est le fourmillement du
sang, la scansion de la vie sur la plus haute portée de l'âme. Une âme
très noble, taillée à vif, effilée sur le tranchant de la plus haute
exigence. Une voix céleste et cependant aux prises, tout du long, avec
les tourments du siècle. Avec, notamment, les limites du corps et
celles des êtres. Le feu spirituel est ici tenu dans le gel paradoxal
d'une écriture de cristal. (suite)
Les
nouvelles de Julien Campredon sont de petites grenades dégoupillées,
une poignée de crépitantes pépites, une décoction un peu sorcière, une
combinaison de saveurs épicées qui éclatent sur les papilles. Nous
voici en compagnie de personnages archétypaux, de figures qui
ressortissent souvent
de la fable, de la légende ou des poncifs littéraires mais
rien n'advient de ce qu'on pourrait attendre
car Julien Campredon déroute les progressions formatées, il pulvérise
les clichés et court-circuite les voies balisées. (suite)
Pierre
Cassou-Noguès est un roué et un vorace. Il ne peut se contenter de
simplement écrire. Il faut qu'il nous manipule et nous égare et aussi
qu'il se livre à de très sophistiquées démonstrations et expériences.
Et tout cela, il le fait avec une évidente délectation et avec un non
moins évident brio. Il
nous balade dans le bassin d'Arcachon et
sur la surface moirée, miroitante d'une mer redoutable. L'intrigue
avouée, "visible", parait plus que rectiligne. Mais peu à peu, on
découvre des strates, des ramifications, des sédiments enfouis qui
lancinent l'esprit et le lancent sur d'innombrables pistes
d'interprétation. (suite)
Marie
Chartres n'écrit pas, comme beaucoup le font, à partir de l'écorchure
et une fois amorcé le processus de cicatrisation. Elle écrit de
l'intérieur, depuis le centre du cratère et à l'intérieur d'une
écorchure sans bords. C'est un livre de sang et de chair, ce sont des
livres de chair arrachée, des arpents de peau dépecée, c'est l'enfance
qui remonte à la gorge et une écriture au couteau, une qui fore
jusqu'au fin fond des tripes et n'épargne rien. (suite)
Nathalie
Constans n'a pas froid aux yeux. Elle n'a pas peur des rapprochements
insolites et incongrus, elle orchestre les collusions les plus inouïes,
elle fait oeuvre surréaliste au sens plénier et original du terme. Ce
sont deux voix des confins qui s'élèvent, d'abord distantes et
distinctes puis qui s'entrelacent et se mêlent. Un homme, une femme.
Elle, c'est Kimi, elle est la petite-fille du guerrier apache Géronimo,
seule survivante d'une lignée décimée par les guerres successives. (suite)
Deux
femmes, un homme. Le même pour les deux femmes. Mais Enzo Cormann fait
un usage tout à fait particulier de l'adultère et de la double vie.
Particulier, insolent, insolite, libérateur. Le style, très vif, court
le long des nombreuses ellipses et des phrases mordantes. Mado et Lila
sont deux femmes d'une quarantaine d'années qui se rencontrent après
qu'elles ont confondu l'homme de leur vie lequel a mené conjointement,
pendant des années, une vie de famille avec l'une et l'autre. (suite)
C'est
un texte qui tient, fragile, par les voix. Fil tendu, ténu de voix
féminines. Trois femmes, trois générations provisoirement réunies dans
la même maison. Trois figures de l'art : une photographe, une
chanteuse, une musicienne prodige. Vies cabossées, voix embusquées.En
haut, face à la baie vitrée qui offre une vue privilégiée, siège Lori
Kemp, photographe qui eut son heure de gloire. En dessous vit, recluse
et mutique, sa fille Zoé dont les talents sont musicaux. (suite)
C’est un livre qui
tangue, porté par une houle cadencée,
tour à tour heurtée et dansante. La typographie même en est affectée,
hérissée,
irrégulière qui semble mimer le ressac, les flux, les embruns, les
éclats
écumeux. Nous sommes transportés à La-Mer,
lieu improbable, île
énigmatique sise au large d’une ville nommée Menfrez. Dans ces contrées
reculées, un drame agite la population et cristallise les passions. (suite)
Attention, livre rare.
Pépite, joyau, gisement. Gisement de Pépites.
Ce qui frappe au premier chef, c'est l'objet. L'objet-livre, son ampleur, son volume, son aspect insolite et non-conforme. Mille pages, nullement compressées, nullement honteuses, qui s'imposent, se donnent comme une fière évidence ou comme un défi en ces temps d'anémie, d'indigence et de frilosité littéraire. (suite)
Céline
Curiol nous entraîne dans un voyage sonore. A la rencontre de New-York,
appréhendée à travers les voix et les rumeurs qui s'y déploient. Deux
femmes, une ville. Deux femmes à l'aube du nouveau millénaire, à un
tournant de leur vie personnnelle,
amoureuse, une ville, New-York. Deux femmes sans connexions apparentes,
inconnues l'une de l'autre et que seule rassemble la ville qu'elles
investissent le temps d'un week-end, celui du 4 juillet, le temps
nécessaire pour s'ausculter et déterminer l'orientation qu'elles vont
imprimer à leur existence. (suite)
Ce
n'est pas un livre, c'est une déflagration et Lydie Dattas n'est pas un
écrivain, c'est une prestidigitatrice chamane, une torche vive qui
jette
son être entier dans le feu de ses mots. Née d'une mère
théâtrale, comédienne dans l'âme, et d'un père organiste et
essentiellement poète, Lydie Dattas a reçu en héritage le sens de la
démesure, de l'irrégularité et du sacré. (suite)
C'est
un récit en forme de fugue, une évasion réussie, une coupante et
mélodieuse éclosion, tout entier irrigué de musique, placé sous le
signe et la haute garde de Prokofiev. Il est question d'une jeune
bruxelloise qui n'en peut plus des bornes mutilantes de son quotidien,
de l'existence rectiligne, préfabriquée, autoroutière qui se profile,
dont ses congénères s'accommodent mais qu'elle aspire à fuir. (suite)
C'est
un roman écrit à la machette doublé d'un récit de givre : émotions et
sensations semblent gelées aussitôt que surgies et énoncées. L'héroïne
est une jeune femme prénommée Maria et d'elle on apprendra pas
grand-chose sinon incidemment et comme par accident. Pas la moindre
notation psychologique. Rien que des faits, de courtes séquences
syncopées. (suite)
C'est
un texte de fièvre et de foudre. Un texte d'une force galvanique et
d'une si tremblante fragilité qu'on craint à tout moment que ne se
brise la voix qui s'élève. C'est un texte d'ardeur, de résistance et
d'amour. Un combat
qui se mue en consentement. C'est
une histoire de difficile filiation. Car il est difficile d'être la
fille de l'amour même. L'auteur, Paule du Bouchet, est la fille du
poète
André du Bouchet et de Tina Jolas qui fut, des années durant, l'amante
secrète de René Char. (suite)
Anna
Dubosc vit comme le vent : au gré du souffle qu'elle épouse, dans
lequel elle se fond et flue quelle que soit la force des impacts
adverses. Et elle écrit de même, en pointes, en sautillements, en
rebonds et entrechats, elle écrit la course dansée du vent et même la
mort avec elle, prend des allures enjouées et peut prêter à sourire.
Elle
nous livre de sa vie des petites touches incisives, colorées,
savoureuses et qu'on déguste avec délectation. (suite)
Ce texte est d'abord une
langue. Insolente, dissidente, caracolante et percutante. C'est
aussi un portrait troué. Une vie d'homme rongée par des vitriols
divers, cabossée par des dérapages de moins en moins contrôlés.
Jean-Baptiste Simonin, le présumé héros du récit, est un flic
errant, un peu comme le juif errant : bien
que ancré dans un contexte (Cayenne) et lesté de charges diverses
(femme, famille, maîtresse, métier), il n'est pas assignable. (suite)
C'est
un texte déroutant. Tout de hérissements, d'entrechoquements
contrastés. Un texte heurté avec, par intermittences, des coulées de
douceur, des salves de poésie pure. Soit Lou, 18 ans, fraîchement
débarqué de sa province ensoleillée qui va, le temps d'une saison, se
frotter, au sein d'une estivale prépa Science Po, à d'imbuvables
nantis, taillés sur un modèle interchangeable, égaux en morgue et
nonchalance étudiée. (suite)
"Blanche et
Marie", c'est
un coup de projecteur extraordinairement prenant sur deux personnages
historiques, l'un illustrissime, l'autre méconnu. Coup
de
projecteur mais aussi approche très singulière. Marie, c'est rien moins
que Marie Curie et Blanche, c'est Blanche Wittman, d'abord cas
psychiatrique, patiente du professeur Charcot et appât public, renommée
par ses spectaculaires manifestations d'hystérie lesquelles
illustraient à merveille les théories du grand professeur. Puis
assistante de Marie Curie. (suite)
C'est
un récit qui tire des larmes. Un texte qui s'avance d'abord à pas
feutrés, l'air de rien, tout en fantaisie et pas de côté puis
qui
s'enfle, s'étoffe, prend son envol pour finr en mode majeur et
magistral. C'est
une voix trempée aux ors de la magie, rompue aux sortilèges de
l'enfance, une voix qui, par touches légères, vous retourne l'âme et va
fouiller loin dans les entrailles à vif. (suite)
Nous voici dans une région
des confins, dans le Grand Nord qu'irriguent secrets et mystères. On
croit être en prise avec ce qui relève de la sorcellerie mais c'est
parce qu'on effectue une plongée dans les profondeurs hantées de
l'adolescence. Le roman est composé d'une
constellation des questions obsédantes, questions de vie ou de mort à
ce point récurrentes qu'elles se chargent d'une force
incantatoire. C'est
un texte d'une facture complexe, sophistiquée même qui mêle habilement
les strates temporelles jusqu'à produire un prenant effet de vertige. (suite)
Dès
le départ, il y a des signes qui ne trompent pas. On est bien en
littérature, dans la vraie, la pure. Car on subit d'emblée une
translation, on est déporté hors du cadre, les repères lénifiants sont
retirés comme une échelle sous les pieds du grimpeur.
On ne sait pas bien où on se trouve, on identifie peu à peu les attributs d'un milieu étudiant. Ca grouille, on se canarde de mots d'esprit plus ou moins scabreux, on se frotte, se frictionne par joutes verbales interposées. (suite)
Ce livre est d'abord
une langue. Eclatée, syncopée, comme sarclée et scarifiée par la
douleur
qui cherche un idiome adéquat pour se dire. C'est un
récit autobiographique revisité par une émule de Chloé Delaume : la
parenté saute aux yeux dans l'usage de la langue comme dans la
thématique. La figure du père tortionnaire et détraqué est
centrale. (suite)
Elle
a dix-sept ans, elle se prénomme Line, elle funambule sa vie en quête
d'instants absolus, d'instants qui recèlent le suc plénier de la vie. A
une fête, elle rencontre Julien, beau ténébreux désenchanté, elle le
met au défi de se jeter dans le vide, ce qu'il fait, sachant toutefois
que c'est d'un premier étage qu'il se précipite. (suite)
C'est
un exercice de prestidigitation effectué à l'aveugle. Il s'agit de
faire apparaitre le père inconnu, absent, de brosse par touches
incertaines un portrait dont les contours et même le motif central sans
cesse se dérobent. C'est un récit, non un roman et
l'histoire est d'autant plus ahurissante qu'elle est vraie. Le père
s'est évaporé durant l'âge tendre de l'auteur, père et fils se
croiseront brièvement quelques années plus tard avant de se retrouver
alors que l'auteur, déjà adulte, travaille dans un foyer de SDF et que
le père, lui, est devenu clochard (suite)
C'est un petit livre, une
intrigue bien mince, réduite à presque rien : le narrateur, trente ans
passés, solitaire, célibataire sans emploi, vivant chez sa mère,
retrouve Knut, son ami d'enfance, son allié des années d'adolescence,
perdu de vue depuis dix ans et de retour dans sa ville d'origine,
subitement réapparu sous la forme d'un homme accompli, marié, père de
deux fillettes, professeur de musique. (suite)
Hélène
Frappat aime les jeux de miroir, les jeux d'écho, et c'est une
orchestratrice virtuose de sortilèges. Elle
nous emmène, nous tient, nous ferre avec de l'infime et du ténu. Son
texte a quelque chose de nacré, de vaporeux, d'immatériel. Un texte
comme une buée en suspension. La narration se déploie sur quatre
fronts, il y a quatre entrées, quatre pistes qui
s'entrelacent pour former ce tissage sybillin. (suite)
Hélène
Frédérick a des dispositions médiumniques. Elle tisse des destins et
invente des états (du corps et de l'âme) dans lesquels elle s'immerge
avec une empathie et une prescience des choses peu communes. Ainsi
d'Hermine Moos, la jeune femme que le peintre Kokoschka investit un
jour
d'une insolite mission. Il s'agit pour elle (qui est couturière de
théâtre) de créer une poupée-marionnette à l'effigie d'Alma Mahler
laquelle
fut l'amante en allée du peintre et dont il est hanté au point de
vouloir vivre avec son ersatz inanimé. (suite)
"Désirée"
est un récit frontalier et passeur. Une voie de traverse. Une vie
traversière. Une flamme qui caresse des mèches douces et disposées.
Une explosion d'étincelles versicolores sous la
peau. "Désirée"
est un tissage et une gerbe folle de mots délivrés
de leur emploi usuel. "Désirée" est un portrait tout d'éclairs
saisissants et de
portes dérobées. Désirée est évidemment orpheline car quels parents
pourraient
assigner une filette aussi libre. (suite)
Il faudrait inventer un idiome
particulier pour rendre compte de ce texte. Ce n'est pas un livre,
c'est un alambic, un élixir, un nectar, une ambroisie. Ce n'est pas un
livre, c'est un passage à un état modifié de conscience. Ce n'est pas
un récit, c'est un furieux, intempérant, impudent, impénitent,
truculent, gargantuesque usage de la langue. (suite)
Hélène
Gaudy est une marionnettiste, une manipulatrice de premier ordre. Elle
se plait à détraquer insensiblement les atmosphères et elle excelle à
ce petit jeu : elle opère l'air de rien, par petites touches, par
petites phrases toutes de suggestion et d'ellipses, phrases d'apparence
anodine mais de portée assassine, forces de frappe, recels de charges
atomiques.Voici un trio familial bien policé, bien sanglé dans
ses certitudes bourgeoises bien-pensantes. Il y a Samuel, le père, Lise
la mère et Nina, l'unique fille
adolescente âgée de 14 ans. (suite)
C'est
un livre de cabrioles, de voltes, de saltos et de salves furieusement
inventives. Un texte aux allures de cavalcade et de valse légère. Avec
des phrases frondeuses qui claquent et rendent un son absolument
inédit. C'est une histoire éternelle contée dans une langue singulière
et, surtout, sur un mode radicalement neuf. On
se trouve en Australie, en 1944. Celle qui parle, c'est Gin, une femme
qui est tout entière une étrangeté et dont la voix alerte et saisit en
ce qu'elle se fait le relais d'un regard qui est d'une rare acuité et
d'une singularité totale. (suite)
Gombrowicz
est un prestidigitateur qui nous balade dans les bois sombres, dans la
forêt touffue de ses fantastiques et fantasmagoriques divagations.
Cette fois, il s'attaque au chapitre de l'érotisme qu'il s'attache à
renouveler et il y réussit au-delà de toute espérance : il va si loin
dans l'insolite, dans le dépaysement que la déroute est aussi totale
qu'est complet l'enchantement. Car il invente des chemins et des
cheminements qu'on ne savait pas pouvoir emprunter. Et il égare, avec
une évidente délectation, les processus et les procédés ordinaires. (suite)
C'est un livre traître. Il
paraît léger, aérien, d'une parfaite innocuité.
On pourrait presque croire qu'il distille l'ennui et être sur le point
de le refermer quand tout à coup quelque chose se condense et se
cristallise, un charme étrange se met à agir, le texte prend corps et
on est pris, on embarque allégrement, on ne craint plus le long
cours. (suite)
C'est
une odyssée intérieure d'autant plus saisissante qu'involontaire. Une
expérience des confins. Une aventure sensorielle extrême à rebours de
ce que cette expression recouvre ordinairement.
Un étrécissement du monde. Une plongée dans des eaux plus que troubles, plus que saumâtres. A la suite d'une agression, l'auteur, peintre de son état, perd le sens du goût et de l'odorat, troubles qui répondent aux doux noms d'agueusie et anosmie. C'est là que débute son entreprise littéraire, laquelle s'apparente à une opération de survie. (suite)
Vous qui entrez ici,
abandonnez toute velléité de raffinement.
Ici, c'est du cru, du pulsant, du pulsionnel absolu. Ici le corps est
roi, d'une royauté déchue, il se commet avec l'ordure, l'abjection, il
n'écoute que ses humeurs, ses appétits, il a de constants démêlés avec
la peur, la faim, la violence, la souillure, il a sans cesse à en
découdre pour sa survie. Nous sommes à Cuba au début des années
90 et le narrateur, Pedro Juan, tenant une sorte de journal erratique
et ventral, orchestre une visite guidée du chaos, de la vie éclatée et
nous offre une chronique magistrale de Cuba en ses bas-fonds. (suite)
Ceci
n'est pas un livre, c'est une bombe, une déflagration continue. Et ce
n'est pas un journal intime, c'est un manifeste, un traité
révolutionnaire. C'est un foudroiement sans pareil, une claque
magistrale. Voici une jeune femme néerlandaise de 27 ans qui
évolue dans le tumulte de la seconde guerre mondiale. Elle se nomme
Etty Hillesum, elle est juive mais surtout dotée d'un prodigieux
appétit de vivre et d'une appétence spirituelle pareillement dévorante,
proportionelle aux désirs charnels qui la tenaillent. (suite)
La
barque est un peu
chargée. Jugez plutôt : dans un texte liminaire, on nous annonce que
les deux protagonistes, Baptiste et Steven, deux frères, ont fui la
France pour l'Angleterre. L'un des deux est un lâche, nous apprend-on,
l'autre un criminel. Ils sont en outre porteurs d'un secret qui les
désigne à la vindicte publique : ils sont amants. Ils débarquent dans
un port, Scarborough. (suite)
Le
texte de Victoria Horton est une savante et subtile traîtrise. Il
se déroule d'abord longuement comme un ruban pâle et soyeux, sans
aspérité repérable ou prononcée. On pourrait presque confondre et lui
confier un rôle dans une confite et assommante cérémonie familiale tant
il paraît tout d'innocuité. C'est un roman épistolaire à la mode
contemporaine c'est-à-dire qu'aux classiques missives se mêlent des
mails (ou courriels) et la célérité, l'instantanéité qui caractérisent
ces envois-là traduisent bien l'urgence dans laquelle se trouvent les
personnages. (suite)
C'est
un texte pur comme un cristal. Vibrant du souffle de l'extrême
jeunesse. Passé par le fil de l'épée. L'histoire est éternelle. C'est
l'amour. L'impossible. Le consanguin. La tragédie cent fois tissée au
fil de la littérature mais ici revirginisée. Olivier, jeune homme
ombrageux revient dans la bretonne
propriété familiale après deux ans passés au service militaire. (suite)
C'est
un texte de cruauté et de foudre fissile. Un texte qui n'épargne
personne, ni les protagonistes ni le lecteur. Tout est
coupant, sans douceur ni consolation possibles. Il
s'agit d'amour mais d'un amour noir et qui persécute. Une histoire
d'envoûtement,
de possession, de presque vampirisme. Nous sommes à Barcelone dans les
années 30 et dans un climat insurrectionnel. Et c'est, sur fond de
grondement révolutionnaire, le portrait fragmentaire d'une femme qui
demeure opaque, impénétrable dans toutes les acceptions du terme. (suite)
C'est un livre de folie
et de sagesse profonde. Un livre à l'os où la chair est reine et
muselée. Cest
une histoire à tordre l'âme dans un autrefois qui pourrait être
maintenant et toujours, dans une Espagne qui pourrait être ici et
ailleurs. C'est l'universalité, la grande prodigalité de l'amour
impossible condensé dans deux corps qui battent à l'unisson mais dont
l'un fait en sorte et sans trêve que ce soit à contretemps. (suite)
Ophélie
Jaësan évolue sur un fil si ténu que c'est le souffle retenu et parfois
coupé qu'on la suit, qu'on l'accompagne dans la crainte constante
qu'elle ne se brise. Sa voix est murmurée, c'est un chuchotement frêle,
une confidence sectionnée de partout et, en dépit de toute cette
apparente
fragilité, la violence amassée entre ces pages est extrême. (suite)
Voici un livre-événement,
un livre-somme, un choc prolongé, un
rapt continu, un lancinant et langoureux vertige. C'est
à une minutieuse scrutation que nous convie Frédéric-Yves Jeannet, il
s'agit pour le lecteur de s'engager dans le sillage de ce
spéléologue-explorateur-clinicien. Géologue du verbe et du sens qui
examine sans relâche les strates successives et entrechoquées de sa
propre vie. (suite)
Le
titre, éclair flagrant, tout du sublime fulgurance, sonne comme une
très évocatrice déclaration d'intention et presque de guerre. Et, de
fait, c'est un livre intimidant et qui intime de se soulever par-delà
l'ordinaire pour être à la hauteur de ce qui se joue en lui. Car c'est
un défi permanent que ce texte-là propose au lecteur, l'esprit dudit
étant soumis à des secousses, heurts, embardées, glissements et
dérapages qui chahutent en tous sens. (suite)
EnsorC'est
une transe circulaire et déambulatoire qui agit comme un puissant
hypnotique. Un hypnotique qui, dans le même temps qu'il soumet et
jugule, survolte. Le narrateur rapporte les monologues, les
soliloques hantés de son ami Jack Toledano lequel, au fil de leurs
pérégrinations à travers Londres, développe considérations et
réflexions qui s'entrechoquent, se catapultent, fermentent, se
ramifient et se déversent dans une prose torrentielle. (suite)
C'est
un texte dans lequel on entend respirer et battre les silences. Un
texte qui explore les ressorts et les ressources de la mutité. C'est
un bref texte comme craché mais aussi enlevé et ciselé qui ravive, au
creux d'un petit port breton, d'éternelles figures cependant saisies
dans toute leur subtile singularité. Au premier rang desquelles le
Capitaine, massif et charismatique personnage, qui détient la haute
main sur la parole propagée. (suite)
"Fever",
c'est l'effervescence adolescente, la fièvre des sens et de l'esprit
qui
s'empare de Damien et de Pierre , deux inséparables et exemplaires
élèves de terminale. Subjugués
par leur jolie et excellente prof de philo, Mme Martin, ils s'enivrent
de la capacité réflexive qu'ils se découvrent. Tournant autour des
notions de déterminisme et de hasard, ils s'échauffent, ils décident
d'accomplir un acte gratuit, régi par le seul hasard. (suite)
"Le pont de Brooklyn" c'est cinq personnages, quatre adultes et un enfant, pris dans le bouillonnement fiévreux de New-York. Il ya deux jeunes femmes, Mary et Anna et deux hommes jeunes Julien et Chico. Ey il y a Nathalie, l'enfant de Mary. Au début c'est une ballade, les uns et les autres se croisent, déambulent, se rencontrent au parc, au restaurant, dans leurs logements respectifs. (suite)
C'est un livre dont
les
phrases claquent comme des coups de fouet. Un récit mené à fond de
train, à plein régime, à bride abattue. Un texte sous haute tension
dont le voltage , la forte charge électrique jamais ne fléchit. C'est
un texte qui braque sa lumière sur les corps, les
projette en avant, les saisit dans leurs danses pulsionnelles, leurs
transes voltigeuses. Ce sont les corps marqués par les outrances et
outrecuidances adolscentes ou par les stigmates et déglingues d'une vie
cahotée. (suite)
Les
souvenirs d'enfance de Norah Lange sont des vitraux découpés à même le
gel. Ils brillent, scintillent et se détachent avec une précision
inouïe. Chaque détail est d'une netteté tranchante, un trait pur et
sans repentir. Cela, qui émerge, se passe en Argentine au début
du XX° siècle mais cela pourrait se produire à peu près n'importe quand
et sous n'importe quelles latitudes tant ce qui importe ce n'est pas
l'inscription dans le temps et dans l'espace mais l'essence même de
l'enfance que Norah Lange ressuscite avec une éblouissante maestria
doublée d'une économie de moyens impressionnante. (suite)
Il
faut le dire d'emblée : ni le texte ni le personnage ne sont plaisants.
Ils rebutent l'un et l'autre (probablement parce que le narrateur
s'énonce à la première pesonne et que c'est lui la voix du texte), ils
exaspèrent dans la même mesure. C'est une parole hirsute,
revêche, que déploie un homme incertain et faussement désinvolte. Et ce
dernier, donc, on pourrait hâtivement l'expédier dans la catégorie des
pauvres types si le texte entier ne s'ingéniait à le décliner sur le
mode ambivalent et complexe. (suite)
Vous qui franchissez le seuil de ce livre, abandonnez tout espoir. Préparez-vous à une plongée en apnée sans remontée aucune. Vous allez connaître une asphyxie progressive qui produit paradoxalement un effet de fascination et même d'hypnose. Lire ce livre équivaut à prendre une drogue violente : on est mal mais on est envoûté, on ne peut le lâcher. C'est un minutieux dépeçage, la scrupuleuse restitution d'une descente dans un enfer (qui est d'abord un enfermement) mental. On est immergé sans prévenir et sans ménagements dans l'intériorité distordue d'une jeune prostituée (suite)
C'est un roman qui
s'avance masqué. Un piège ensorceleur qui se referme sur le lecteur.
Des cailloux de petite poucette sont semés en grand nombre le long du
chemin, lovés au creux des phrases. On frémit parce qu'on sait avant de
savoir, l'art consommé du subliminal, les indices distillés en
filigrane, en transparence, agissent avec force et pourtant la
révélation finale produit l'effet d'un choc tétanique. (suite)
... l'intérêts principal du livre réside (à mon sens) dans le portrait, disséminé à travers les pages, qu'elle brosse de sa compagne de voyage, Annemarie Schwarzenbach. A l'époque où débute le récit (en juin 1939), cette dernière relève d'une cure de désintoxication, elle est encore très faible mais armée d'une volonté farouche : elle tient absolument à accompagner Ella Maillart dans son voyage ... (suite)
C'est
un livre précieux comme un secret offert, une donation fragile. C'est
une écriture de crête, la bride haut tenue par l'amour sacré de la
langue. Un phrasé délicat et ferme. Une odyssée intérieure, une prose
élégante qui en épouse les pics, les cieux, les vacillements. Un
texte brûlé, irradié en son centre par un miracle. Un style tendu,
sobre, tout de ferveur contenue. (suite)
C'est un roman qui n'a l'air de rien. Facture classique, écriture lisse (quoique raffinée), personnages assez stéréotypés, procédé éprouvé (4 parties, 4 personnages, chaque partie étant dédiée à l'une des figures qui intervient, satellisée, dans la partition des trois autres). Rien de novateur, donc et pourtant quelque chose. Quelque chose mais quoi ? (suite)
C'est
un livre double à un seul tranchant. Un seul tranchant dédoublé. La
piété filiale vue, visée et découpée sous un angle très singulier. Un
regard qui cadre, coupe et dissèque, un regard chirurgical qui
accomplit cependant le tour de force de n'être (pour une part, du
moins) pas dénué de compassion ni d'amour. Quelques
années après la mort de son père, l'auteur, Christoph Meckel, met la
main sur le journal intime dudit père et les mots qu'il découvre alors
manquent de l'anéantir tant ils exigent de lui un remaniement total,
une refonte intégrale de l'image paternelle. (suite)
Alizé
Meurisse a encore quelque chose de la petite fille facétieuse qui saute
à cloche-pied sur la marelle de ses rêves. Elle vise le ciel mais ne
dédaigne pas les pauses, les détours, elle aime à marauder au fil de
son écriture buissonnière. Son sens de l'observation est aiguisé
et elle excelle particulièrement dans l'art d'épingler les détails
insolites. Son texte est un drôle de tissage : elle entrelace les
saisies sur le vif et les réflexions teintées d'adolescence sur
l'amour, la dictature du paraître, la difficulté d'habiter un corps
féminin ... (suite)
Nous sommes à la
Rochelle le temps d'un été aux contours
indécis. L'horizon est délimité par la mer,
le temps est scandé par le visage et le corps d'une femme. Le monde est
vu à hauteur d'enfant. La femme, c'est Irène, l'enfant c'est Emile, son
fils.Emile observe, fasciné, les faits et gestes d'Irène. Mais
si le charme opère, si on frôle l'envoûtement, Emile ne quitte pas
sa position surplombante et critique d'observateur.
(suite)
C'est
un livre dont les phrases claquent et résonnent. C'est aussi un flux
ininterompu, un monologue intérieur qui restitue, au plus près de sa
source, le ressassement qui accompagne une crise amoureuse aiguë. La
parole se livre par saccades tumulteuses, éperdues. Elle est cependant
corsetée dans des phrases nettes ciselées, du cousu main. Comme si la
rigueur du style était appelée à compenser, à endiguer le désordre de
la pensée et des sentiments. On a presque affaire à un procédé
racinien. (suite)
Où il est question de retournement de l'être, de "l'homme métaphysique". On visite les abîmes, certes, mais il s'y fomente une accession à l'extase. Alertée par des expériences personnelles fondatrices voire transfiguratrices, l'auteur mène l'enquête, elle interroge des cas qui lui paraissent s'apparenter au sien. Car il lui a été donné, par deux fois pendant son enfance et une fois au cours de sa jeunesse, de connaître des états d'absolu dénuement qui mystérieusement se sont mués en allégement, en transport, en illumination..(suite)
Giulio Minghini est un
explorateur
des temps modernes, un
moraliste qui avance masqué, un fin limier qui nous conte les
mésaventures de
son double lequel s’est pris dans les rets d’une nasse qu’il pensait
contrôler. Son texte est un vertige, une transe
contemporaine, un
cauchemar qui vire et se développe à bas bruit. Au commencement, le
narrateur végète,
étrillé par une
rupture amoureuse qui l’a laissé sur le flanc. Sur les recommandations
d’une
amie pleine d’inquiète sollicitude au vu de son déclin, il
s’inscrit
sur un site de rencontres qui porte l’attrayant et peu offensif titre
de
« pointscommuns ». (suite)
Ce pourrait être une bluette ou la plainte irritante d'un enfant gâté qui échoue à trouver un emploi valable pour son énergie. Ce pourrait être une coquille vide.
Mais non. Dès les premières pages, il y a un ton, une voix, une présence qui requièrent. L'auteur, pourtant (Thibault de Montaigu, 28 ans), n'évite aucun des poncifs propres à la jeunesse dorée. Il y a là un jeune couple (Emmanuel et Camille) qui s'aime d'amour tendre et une vieille voiture qui a du cachet. (suite)
Dans "Journée américaine",
Christine Montalbetti nous joue
encore un des tours pendables
dont elle a le secret. Elle se joue de nous mais avec une grâce si
virtuose et un sens si consommé, si étincelant de la facétie qu'on
serait malvenu de lui en tenir rigueur et qu'on en arrive même à
désirer être plus souvent abusé et floué d'une façon si jubilatoire.
Encore une fois, Christine Montalbetti ne se contente de s'amuser des
codes et des clichés, elle ne se borne pas à broder des variations
autour de figures éprouvées et de thèmes éculés. (suite)
Christine Montalbetti
est une rouée qui nous balade et nous égare avec une souriante
virtuosité. Son
texte est tout entier une promesse non tenue qui opère par glissements
et réalise cette acrobatie de muer l'inaugural et superficiel sentiment
déceptif en émerveillement. Car elle nous initie et nous convertit à ce
que nous n'attendions pas et qui s'avère autrement plus stimulant. Le
titre est prometteur qui nous convie à des "petits déjeuners avec
quelques écrivains célébres" et donc, semble-t-il, et ainsi que
renchérit la quatrième de couverture, à "quelque chose de doucement
people". (suite)
Wajdi
Mouawad entre en littérature avec une belle candeur et un culot
mimétique de celui de Wahad, son narrateur adolescent. Ce qui est en
jeu dans son premier roman qui flirte allégrement avec la fable, c'est
"l'inquiétante étrangeté" qui s'empare du corps et de l'esprit lorsque
l'adolescence advient et frappe comme un foudroiement. Le roman
est divisé en trois parties qui couvrent trois périodes distinctes de
la vie du narrateur. (suite)
C'est
un roman empreint
d'une étrange grâce, d'une mélancolie rageuse, d'un élan déceptif, d'un
emportement blessé, désabusé. Le récit, très ancré dans l'époque qu'il
restitue est traversé de thèmes sans âge et il rejoint l'intemporel.Au
début nous suivons pas à pas un home et sa difficile
réimmersion dans sa ville, Paris, dans sa vie volée en éclats et
désormais privée de contours précis. Nous sommes en 1947. L'homme
s'appelle Elie, il n'a pas tout à fait 30 ans et il vient d'en passer
sept en captivité. (suite)
Eric
Paradisi doit aimer les défis, les marges, les états-limites du corps.
Il en fait la convaincante et troublante démonstration dans son dernier
roman "Un baiser sous X". Pour autant, s'il prise les extrêmes, il
opère en douceur. Il explore mais par touches légères, sans
appuyer, sans insister et sans prétendre à l'exhaustivité. Il
s'immisce en catimini, mais avec une belle droiture, une belle
intégrité, dans un corps interdit, un corps impensable. Impensable et
incompensable. Corps fantasme de plénitude que la société stigmatise,
dont elle fait une déficience, une solitude qui ne peut s'apparier. (suite)
C'est
l'histoire de deux vies qui, lentement, irrépressiblement, convergent
l'une vers l'autre à la manière de deux astres radioactifs, deux
étoiles noires. Un jeune professeur débutant et une femme, très
jeune. Lui est titulaire d'une vie apparemment des plus lisses
(campagne charmante, aussi ravissante qu'impeccable, métier qui
requiert vigilance et la plus totale maîtrise de soi) mais dynamitée de
l'intérieur et qui peu à peu se lézarde et se délite. Elle vient d'une
vie éventrée depuis la prime adolescence. Tous deux, pour des
raisons distinctes, tendent vers la mort. (suite)
C'est
un premier roman stupéfiant de beauté exténuée. Un souffle d'une
ampleur et d'une puissance mythologiques surgi comme de dessous la
terre. Chaque mot est d'une densité, d'une force de percussion et
d'une justesse telles qu'il s'égale au plus solennel, au plus sacré des
silences. Les
voix qui montent viennent des entrailles et de plus
loin encore, voix millénaires chargées de la légende des siècles et de
la douleur des peuples opprimés, douleur des offensés et des humiliés. (suite)
Jose
Luis Peixoto est un acrobate hors pair et aussi un écrivain d'une
infinie sensibilité. Que les deux se trouvent rassemblés en un même
être, la virtuosité et l'aptitude à restituer des émotions vibrantes,
est une chose si rare qu'elle mérite d'être mentionnée. Si Jose Luis
Peixoto brouille les pistes, s'il joue avec la chronologie et va
jusqu'à confondre les identités, ce n'est pas seulement pour éprouver
ses dons de créateur surdoué mais pour mieux faire jaillir l'émotion
brute. (suite)
Anne
Plantagenent écrit à l'économie et sur le fil d'une fièvre continue.
Elle resserre l'espace, raréfie l'air à mesure qu'elle dilate l'âme,
ouvre les portes de l'esprit. Elle maintient tout du long une cadence
haletée qui oblige à lire, à regarder à neuf . La tension qui jamais ne
décroît nettoie et annule les scories. On est happé par une force
centripète qui pulvérise le superflu. (suite)
Pour
ceux qui sont familiers de l'oeuvre de Laurence Plazenet,
"Disproportion de l'homme" peut faire office de clef de voûte,
d'éclairage cru jeté sur un dense mystère longtemps infissurable. Pour
les autres, les bienheureux qui découvrent, c'est encore
et tout de suite, le rapt, l'aspiration vers le haut. C'est le portrait
d'un homme, Simon qui, au seuil de la
quarantaine, traverse une crise sans précédent. Il
possède tous les attributs de l'homme moderne rassasié de biens, comblé
de tous les signes extérieurs de réussite. (suite)
C'est
un livre de fièvre sèche et d'air raréfié. De sarments qui brûlent si
haut que l'âme en est presque asphyxiée. Noblesse
native, noblesse de coeur, rudesse des exigences, vies taillées,
élaguées au plus dru, vies rougies, bronzées sous le fouet des
contraintes, sous l'aiguillon des pénitences, il n'y a là pas de place
pour aucun accommodement avec la tiédeur. (suite)
Comment
aborder un livre estampillé "culte" avec un regard virginal ? Difficle
... On craint que la réputation de chef-d'oeuvre ne soit surfaite et on
redoute pareillement de n'avoir pas la sensibilité, la perméabilité
requises pour apprécier ce joyau ... Autrement dit, le livre sera-t-il
à la hauteur et réciproquement, sera-t-on, soi-même à la hauteur ?
Quand,
au mépris de toutes ces appréhensions, on se lance, voilà ce qu'on
trouve : soit un homme, Siméon, disgracié, remarquable tant par sa
visible pauvreté que par sa repoussante laideur physique, qui arrive un
beau jour dans un bourg. Et quel bourg ! (suite)
C'est
une histoire d'étrangeté, une histoire voilée, un texte qui joue du
clair-obscur jusque dans ses phrases filtrées et tamisées.Une dureté
inouïe élimée, vaincue par le génie d'une petite fille. On
se trouve dans un ranch isolé en Australie. Il y a Chloé,
la narratrice, encore enfant, il y a sa mère, Linda, il y a
son père
très tôt
soufflé, expulsé du récit, mort à la suite d'un accident équestre,
alcoolisé et troublement familial. Il y a encore Ilana, demi-soeur
adolescente de Chloé, née d'une première noce de Linda. Et puis il y a
Rockie et Lorna, couple d'amis proches, débordants d'une sollicitude
embarrassée. (suite)
Noëlle
Revaz est une joueuse. Elle a l'esprit; le verbe, l'approche, l'accent
et la cadence ludiques. Elle joue des mots et des codes et
ses
phrases ont l'oeil qui frise et les pointes qui pétillent.On a,
au départ, les éléments suivants : une jeune femme, Efina, qui se rend
au théâtre et T., un comédien d'âge mûr, brillant semble-t-il. Efina
voit
T. se produire et s'entiche de lui. Il y a un échange de lettres. T.
répond aux emballements et embardées d'Efina avec complaisance et
condescendance. (suite)
Marie
Rivière a écrit un récit de désenchantement des plus originaux. Elle
orchestre une errance presque statique doublée d'une très mobile
cavalcade mentale, de ruades et d'embardées internes suraiguës. Rafaël,
l'ulysséen narrateur est un étudiant bordelais
en rupture. Avec ses études. Avec Bordeaux. Avec sa vie tout entière.
Il sort de trois semaines de prostration passées en tête à tête avec
son
canapé et il entend bien fuir à jamais la ville dans laquelle il
s'éprouve englué. (suite)
C'est une voix, d'abord, qui prend corps en vous. Une voix étrange, surplombante, comme blanchie, absente à elle-même et pourtant prenante, obsédante.C'est un adolescent qui nous parle depuis l'ailleurs où il vit et qui nous initie aux éclats insolites du monde qu'il habite. Racontant, il recense, il se fait témoin et mémorialiste des pratiques singulières, des rituels énigmatiques qui rythment sa vie et celle de la communauté à laquelle il appartient. (suite)
C'est
un livre de failles. Un livre de cris et chuchotements. Un cri qui
fulgure sans les allures trompeuses du chuchotement. C'est un texte de
l'éperdu, un tombeau qui prélève le plus vif et le plus vrai de la
femme
aimée et perdue. Le profil perdu peu à peu émerge, sort de
l'indistinction. Une jeune femme d'abord interchangeable qui
s'identifie, se singularise au fil des traits précis, saillants, dont
la
doue l'écrivain. Mais cette identification s'accomplit comme du
bout des doigts, du bout des mots. (suite)
Le
titre intrigue et escroque. On s'attend à une énième
facétie du maître, à un de ces tours pendables dont il avait le secret
(et la secrète jouissance) et qui l'égalaient à un irrécusable et
indécrottable polisson. L'escroquerie,
cependant, n'est pas totale. Car il sera question de violence autant
que de psychanalyse. Et il ne s'agit pas non plus seulement d'une
métonymie. Car le revolver de Lacan surgira bel et bien au cours du
récit et il s'illustrera de la plus éclatante façon. (suite)
C'est
un périple qui va comme un
cheval dételé et semble, par
moments, celui d'un train qui doucement déraille. C'est
l'histoire d'une rencontre insolite et d'un lien non moins singulier et
purement circonstanciel qui se tisse entre deux hommes, deux pérégrins.
C'est, depuis la Crimée, à bord d'un train soviétique cahotant
et poussif, une
traversée de l'espace russe, une plongée abrupte dans une durée
bringuebalée, chahutée par deux âmes qui se cognent. (suite)
Ce sont des esprits
feux-follets. Trop rapides, alertes et agiles pour les frêles corps qui
les abritent. Ce sont des corps au sortir de l'adolescence affligés
d'une intellignece si aiguë qu'elle en devient invalidante. Ils
perçoivent le monde à travers des prismes si complexes qu'ils leur
donnent le tournis. Ce sont Franny et Zooey, ils sont frères et soeur,
cadets d'une famille de sept enfants, tous dotés d'une intelligence
surdimensionnée, (suite)
C'est
un texte tout de langueurs et de volutes pâles et rosées. Un texte
comme tout en écharpes, en bandeaux veloutés de soleil couchant. Tout
en
douceurs pastel et en mélancolie contenue. Un texte trompeur. Traître
et fourbe comme un marécage, surface étale mais enfoncement garanti et
lame de fond abrasive. Un
texte qui, en un fabuleux et quasi imerceptible exercice de
prestidigitation, retourne plusieurs fois les apparences. Un texte aux
entrés innombrables, aux strates multiples, aux sédiments cachés qui
affleurent sans cesse. (suite)
Maïca
Sanconie est une orfèvre. De la langue et des sensations. Et, chose
plus rare, des lignes mélodiques qu'elle parvient merveilleusement à
transcrire en mots. C'est
un singulier récit de formation qui
dit la mue d'abord subie puis consentie d'un homme vibrant qui se
réapproprie sa vie. Il
faut savourer chaque page de ce texte car chaque page est une miniature
parfaite, une oeuvre d'art à part entière, un chef-d'oeuvre d'émotion
contenue, de beauté infiniment subtile et ciselée. (suite)
Deux livres hautement recommandables :
- "Annemarie S. ou les fuites éperdues" de Vinciane Moeschler aux Editions de l'Age d'Homme,
- "Elle, tant aimée" de Melinia G. Mazzucco aux Editions Flammarion..
pages_livres/souviraa.html#ParadesTous deux sont des biographies romancées d'un personnage d'exception, Annemarie Schwarzenbach (suite)
"La mort en Perse" Annemarie Schwarzenbach, Editions Petite Bibliothèque PAYOT.
"La mort en Perse" est un livre étrange, atypique. A l'image de son auteur, il déconcerte et exerce un charme singulier. Au sens strict du terme, il déroute car le lecteur ne s'y retrouve jamais en terrain connu (suite)
C'est un texte qui se referme sur vous comme un piège. Une bombe à retardement mais dont les effets ravageurs se font sentir tout de suite tant ils remplissent et intoxiquent l'atmosphère. C'est la réduction progressive des possibles la strangulation des espoirs à l'oeuvre même au coeur de l'apparente expansion. C'est un mélange explosif d'empathie et de cruauté. C'est une éblouissante réussite. (suite)
Voici l'abrupte confession d'un "médecin malgré lui". Vertigineuse plongée dans l'intimité d'un homme douloureusement familier de ses abîmes. Qui n'a de connaissance que par les gouffres. Un auto-portrait des plus féroces. Le narrateur est neurologue. On suit, chronologiques, les étapes de sa formation puis de sa vie professionnelle.(suite)
C'est un roman écrit comme une bombe amorcée par un observateur éclairé. C'est un compte à rebours qui fait sauter quelques battements de coeur. C'est prenant et bouleversant de bout en bout. Je ne sais si le médecin qui a commis ce livre est un grand neurologue mais il est sans nul doute un grand styliste. (suite)
C'est
un texte bancal et branque. A l'image des personnages plus que
cabossés, erratiques, qui semblent évoluer dans un no man's land,
projection de leur esprit post-apocalyptique où n'ont plus cours aucun
des repères normés qui jalonnent la vie béquillée du commun des
mortels. Deux
paroles lèvent et se déploient en deux monologues alternatifs. On ne
sait pas bien d'où venues ni vers quoi dirigées ni non plus dans quel
milieu elles évoluent. (suite)
On
ne sait pas où on est. Catapulté sans préambule dans la tête d'un type.
Un type qui déraille. Mais qui déraille avec une froide lucidité. A la
fois collé à son délire et distinct, détaché, observant, démontant et
trafiquant ses propres circuits avec une passion fanatique. Oui, on se
trouve dans un observatoire, un laboratoire psychique et verbal, témoin
privilègié d'une folie organisée - autant qu'organique - dont le
processus est méticuleusement restitué. (suite)
C'est
un récit qui plonge loin dans les racines de la mémoire. Loin non pas
tellement dans le temps mais dans ce qui fonde une personnalité et même
un destin. C'est l'histoire d'une de ces rencontres décisives qui
infléchissent le cours d'une existence, d'une fascination adolescente
qui resurgit vingt ans après avec une violence inouïe. (suite)
C'est l'histoire
d'une luxueuse déchéance. La trajectoire météorique d'une gamine
pourrie de dons, comblée de possessions matérielles, socialement
favorisée à outrance. Tout est donné à profusion et cependant le socle
fondateur fait défaut. C'est l'histoire d'une plaie béante qui fleurit
sur un sol trop riche en névroses, chargé de ferments
toxiques. (suite)
Ce
sont les carnets d'une fille de vingt et un ans, des notes prises sur
le vif qui, assemblées, forment une sorte de parcours initiatique. La
fille vit à Lisbonne, elle y dessine, hante les expositions, les bars,
les soirées. Des rencontres la réchauffent, des voyages l'électrisent,
des amitiés la galvanisent, elle se frotte aux garçons, s'essaie aux
jeux de l'amour et du hasard ... Elle est neuve et elle dit comment la
vie la traverse et la transforme. (suite)
Voici un roman débusqué
chez un bouquiniste et qu'il fait bon dépoussiérer. Publié en 1982 chez
Maurice Nadeau, ce livre est un kaléidoscope de scènes à la fois
tranchées et glissantes qui s'entrechoquent, s'additionnent, se
contredisent, avancent en boitant puis se propulsent au loin. Ces
fragments nous troublent, nous égarent mais pour mieux nous recentrer
sur une urgence, une évidence cruciale : quitter l'enfance, de corps et
d'âme, est une perdition sans retour. (suite)
Brina
Svit s'est lancée dans une étrange entreprise dont elle explique la
genèse complexe, semée de tribulations, agitée de moult convulsions
morales. Il
paraîtrait que (si toutefois nous sommes suffisamment centrés et
équipés pour) nous allons toujours vers ce qui nous fait le plus peur.
Question d'intensité mais aussi de sens à imprimer à notre terrestre
trajectoire, rapport aussi au nécessaire dépassement. C'est donc parce
qu'elle
croyait redouter au-delà de tout la rupture que Brina Svit s'est
attachée et attaquée à ce motif dont elle décline les différentes
figures explorant les configurations qu'elle a revêtues dans sa propre
vie. (suite)
C'est une prose
torrentueuse et syncopée à la fois. Un ovni littéraire comme il est
d'usage, désormais, de nommer les textes qui n'offrent pas de prise ou
d'aspect préfabriqué. C'est une langue cascadée, carambolée, qui
charrie avec un même bonheur fureurs vulcanisées, rageuses explosions
éructées et délicates floraisons poétiques. C'est cru et cruel,
emporté, lyrique, baroque et aussi très rock. C'est de la fièvre
concassée et cadencée, cavalant à fleur d'abîme. (suite)
C'est un livre vénéneux et
limpide à la fois. Un texte d'une sauvagerie contrôlée, cadenassée par
un style de haute tenue. Un texte d'une grande modernité bien qu'il ait
été publié dans
les années 60 et relate des faits survenus à Londres dans les années de
l'immédiat après-guerre. Un teste auto biographique d'une grande
impudeur. (suite)
Ce
roman se signale d'abords par sa langue. Dense, inventive, fleurie de
trouvailles inédites et saisissantes. C'est la langue de l'ailleurs, de
l'exil, une langue de haute solitude qui oblige à un surcroît de
créativité. Celui
qui la profère, c'est Hugues, un orphelin qui ne trouve pas dans sa
famille d'accueil de répondant. (suite)
Quand
on entre dans les "Cartnets" de Marina Tsvetaeva, tout autre journal
intime, et quelle que soit sa qualité, est instantanément frappé de
discrédit et même tombe en poussière. Car ces pages ne sont pas des
pages, ces écrits ne sont pas des écrits. C'est
une expérience physique qui frappe au plexus et transperce au plus
profond et laisse étourdi, le coeur gonflé, rempli et vacillant,
dansant sous les étoiles. Ce qui ressort de ces carnets, c'est que
Marina est un monstre au sens mythologique du terme. (suite)
C'est
une femme dont la vie fut une croisade incessante contre toute forme de
médiocrité. Une engagée volontaire sur les chemins de la plus haute
exigence. Une femme qui a brûlé ses vaisseaux sur l'autel de l'absolu.
Une forcenée du verbe. Une affamée d'amour. Une championne de
la démesure. Une athlète de l'âme. Une russe, une vraie de vraie ! Aux
prises avec les convulsions de son temps, elle a traversé
drames historiques et intimes avec une hauteur de vue peu commune. (suite)
Voici
une fille culottée. C'est son deuxième livre et elle s'attaque au roman
noir sans craindre de s'affranchir des lois du genre. Elle avance en
roue libre, elle fonce allègrement et nous déroute au fil d'une
intrigue drôlement bine troussée. Voici Jean, un homme lige, un
homme ligoté. Son existence ne va pas de soi. Il se répand en
remerciements inopportuns et en excuses intempestives. C'est pour son
innocuité qu'il a été promu, dans le magazine qui l'emploi, au poste de
rédacteur adjoint. (suite)
C'est une voix frêle et
penchée mais aussi fraîche et claire. C'est un petit, tout petit garçon
(il a cinq ans au début du récit, sept à la fin) qui fait
l'apprentissage de la sauvagerie du monde. Il vit entouré de sa mère et
de sa petite soeur, laquelle, à
ses yeux, relève du miracle : maigre, nerveuse, agile, souple,
gracieuse et farouche, elle a tout d'un chat sans en être un et cela ne
laisse pas d'émerveiller notre jeune poète. (suite)
Romain Verger nous joue,
dans son nouvel ouvrage, un air doux-amer, il nous enrobe dans une
grinçante suavité. Inaugurant
une structutre narrative inédite (une série de courtes proses qui se
répondent et communiquent par capillarité), il nous entraîne à la suite
du narrateur, chercheur en biologie, venu exercer ses talents au Japon,
au pied du Fuji-Yama. Notre homme est maintenu de force en lisière de
la forêt d'Aokigahara où il est censé opérer et la
proximité de cette masse impénétrable l'aimante jusqu'à l'envoûtement
et déclenche en lui des
réminiscences en cascade. (suite)
C'est
une histoire de corps métaphysique. C'est un texte pareil à une figure
aux arêtes précisément dessinées. Ce ne sont pas les phrases seules qui
sont ciselées mais le corps entier du récit. Le lecteur est projeté
dans un univers pour le moins déconcertant et dépaysant. Car nous voici
d'abord, il y a 35.000 ans, en compagnie d'Arcas, un homme isolé, seul
rescapé des guerres claniques et des épidémies qui ont décimé sa
tribu. (suite)
Il s'appelle Mathis mais on
le surnomme "La Houppette". Il a 37 ans et une altérité qui dérange.
Parce que ses perceptions sont étranges et qu'il use d'un langage qui
lui est propre, on le considère comme un simple d'esprit dans le bourg
norvégien où il vit aux côtés de sa soeur Hege la sage. Hege,
si sensée, si bonne, si commune, tout le monde la plaint et loue son
courage car elle tricote sans relâche, elle est condamnée à travailler
dur pour entretenir son frère qui vagabonde, pour assurer leur
subsistance à tous les deux. (suite)
C'est une
succession
de voix qui prennent du volume, de l'ampleur et aussi s'affûtent,
s'aiguisent comme autant d'instruments de précision à mesure que le
texte évolue. C'est un voyage qui déclenche le mouvement et le roulis
des âmes qui s'auscultent.C'est une réunion de famille presque
aléatoire, presque improvisée et qui se tient, suspendue dans l'espace,
à l'autre bout du monde (suite)
C'est
l'histoire d'un ravage. D'une possession. D'un père et de sa fille mais
funestement par le crime et par l'art. C'est une lutte à mort, un duel
qui emporte tout. Le père donne la vie, donne l'art et les reprend dans
le même mouvement. Le père est peintre, assez renommé et autocrate
redoutable.
Au début, la fille qui est aussi la narratrice a également une mère :
elle est douce, belle, talentueuse et entièrement assujettie.
(suite)
Ada
surclasse tellement les autres qu'elle s'ennuie à mourir. Seul le
professeur d'histoire, en homme d'une intelligence supérieure, trouve
grâce à ses yeux. Ada
s'étiole insensiblement jusqu'à
l'arrivée, dans sa classe et dans sa vie, d'Alev. Alev est d'origine
cosmopolite et il est le double, la part manquante, la part maudite
d'Ada. Il sera à la fois catalyseur et détonateur. (suite)