Le titre
est extrait d'un
psaume et le texte est irrigué par ce flux mystique, par ce désir de
transcendance. Mais il s'agit d'abord d'un amour fracturé et d'une
jeune femme qui va panser dans un monastère israëlien la désertion de
l'aimé.
Le récit se déploie sur deux fronts : on éprouve en alternance l'immersion dans la vie monastique et la remémoration de la défunte relation amoureuse.
La narratrice s'est éprise, sans mesure, d'un jeune romancier talentueux, doté d'un physique de colosse, doué d'une énergie vitale et créatrice peu communes mais peu apte à s'accommoder des scories du quotidien. Son grand corps malhabile se heurte aux parois du réel. C'est un voyageur, toujours en partance, il vit le regard rivé sur une ligne de fuite, il cherche perpétuellement à se dégager et échoue à s'engager entier dans l'amour ou peut-être s'alarme-t-il de ce trop- plein qui anime la jeune femme toute dédiée, offerte absolument. La voix de cet albatros moderne se fait entendre à travers les lettres qu'il adresse à celle qui l'exhorte à aimer et à qui il fait part de son impuissance voire de son indignité en regard de son aptitude à elle à brûler tout entière.
Car
la narratrice a beau s'esquiver frêle et délicate, elle apparaît bien
plus centrée et déterminée que l'élu, proie de violents mouvements
oscillatoires,
Lorsque la rupture est consommée, la jeune femme s'embarque pour Israël et se réfugie au sein d'une communauté de bénédictines : elle cherche l'adoucissement de sa blessure, elle entend épuiser le chagrin en le transcrivant et elle est surtout désireuse de mesurer l'amour humain qu'elle pleure à l'aune de celui, divin, qui anime les soeurs.
Elle rend compte du rayonnement que dégagent ces femmess consacrées lequel transparaît tant dans la joie cascadeuse qu'elles communiquent que dans les gestes dévotieux qu'elles accomplissent.
L'originalité de ce récit tient dans l'articulation peu courante, peu explorée, entre amour profane et amour sacré. Dans le voisinages de ces femmes dédiées à Dieu, la narratrice éprouve la grandeur et la misère de cet amour qu'elle a perdu mais dont elle sort grandie et affermie. Un souffle lyrique soulève ces pages. La phrase est cristalline, ciselée, empreinte d'un sens poétique aigu. Le sacré, partout présent dans ces pages leur confère une vraie grandeur.
Un très beau premier roman.
BH 11/08.
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Bénédicte
Heim sur le podcast des Contrebandiers
éditeurs.